ASSOCIATION
DE DEFENSE DE LA QUALITE DE VIE ET DU TOURISME DANS LE
HAUT VAUCLUSE (ADQVTHV)
© Libération
Malaise dans l’armée de l’air après des crashs
en cascade
Faute d’explication, les militaires s’en tiennent à
la loi des séries
Par Jean-Dominique MERCHET
Mercredi 12 mai 2004Série noire dans l’armée de l’air.
En l’espace d’un an de mars 2003 à mars 2004, dix-sept
militaires ont été tués au cours de six accidents
aériens. C’est une dégradation subite de la sécurité
des vols, telle que l’aviation n’en a pas connu depuis une
dizaine d’années. Une situation que l’armée
de l’air est bien en peine d’expliquer, autrement que par
la loi des séries.
Des sanctions ont pourtant été prises et l’affaire
est suivie au plus haut niveau de l’état-major.
Le 10 mars 2003, deux Mirage F1 entrent en collision au-dessus de la base
de Reims. Les deux pilotes, particulièrement qualifiés,
trouvent la mort. Le 20 juin, un Mirage 200 D percute le sol au cours
d’une mission de nuit à Djibouti : deux morts. Le 19 septembre,
un avion d’entraînement Tucano s’écrase à
Salon-de-Provence avec un élève pilote à bord. Le
17 décembre, un avion de transport Casa percute la montagne dans
les Pyrénées, avec quatre personnels navigants et trois
passagers. Et l’année 2004 commence aussi mal : le 29 janvier,
un hélicoptère Fennec heurte une ligne électrique
vers Aix-en-Provence (trois morts). Le 23 mars, enfin, un avion d’entraînement
Epsilon s’écrase en Charente, tuant l’élève
et le moniteur. En une seule année, trois fois plus de morts qu’au
cours des six années précédentes ! D e 1997 à
2002, cinq militaires avaient été tués dans des accidents
aériens, alors que l’aviation française était
engagée au Kosovo et en Afghanistan. Tout a basculé au premier
trimestre 2003. « C’est statistique, explique à Libération
le général Richard Wolsztynski, chef d’état-major
de l’armée de l’air. Nous avons eu de très bons
résultats pendant plusieurs années mais, sur dix ans, notre
taux d’accidents reste comparable à celui des autres grandes
armées de l’air. »
Toutes les forces aériennes disposent du même indicateur,
le « taux d’attrition », qui mesure le nombre d’avions
perdus pour 100 000 heures de vol. Ce taux s’élève
en moyenne entre 0,1 et 0,3, la France se situant à 0,15 sur la
période 1994-2003. Seule l’US air Force (en Europe) fait
mieux, ainsi que le Danemark et la Suisse pour les avions de combat.
Négligences. Globalement, le nombre d’accidents est en chute
libre depuis les années 6O. « Il y a vingt-cinq ans, on perdait
un escadron de chasse [quinze pilotes, ndlr] par an », indique un
aviateur. « Lorsque le Mirage III C est arrivé dans les années
60, un pilote rentrait à pied toutes les semaines. Ou ne rentrait
pas du tout », ajoute un ancien.
Pourtant, quelque chose ne va pas dans l’armée de l’air.
Pour preuve, l’accident du Casa, le 17 décembre 2003. Ce
bimoteur de transport venait de larguer des parachutistes dans l’Ariège
lorsqu’il a percuté la montagne, au pic du Pioulou : sept
morts. Or, dès le mois de février, deux officiers sont relevés
de leur commandement : l’un commandait l’escadron Vercors,
auquel appartenait l’avion ; l’autre, le centre d’instruction
des équipages de transport (Ciet), d’où l’appareil
avait décollé. Mieux, le grand patron du transport aérien
militaire, le général Beck, avançait de quelques
semaines son départ à la retraite à la suite d’un
entretien en tête à tête avec son chef d’état-major.
Aujourd’hui encore, l’armée de l’air refuse de
commenter ses décisions.
Selon nos informations, cet accident a permis de révéler
des négligences et un vrai laisser-aller dans le fonctionnement
de certaines unités navigantes. « Il est apparu que, lors
de vols précédents, des fautes ont été commises,
explique-t-on en interne. Ainsi, un pilote a effectué des tonneaux
avec cet appareil qui n’est pas du tout prévu pour la voltige
! » D’autres cas auraient été portés
à la connaissance de l’état-major, mais aucun n’a
été rendu public.
Enquêtes. Chaque accident donne lieu à deux enquêtes
différentes. L’une relève de la justice, en l’occurrence,
du parquet militaire de la coure d’appel de l’endroit où
l’avion s’est écrasé. DANS LE CAS DU Casa, le
parquet de Toulouse n’a pas encore pris la décision de poursuivre
l’enquête pour établir s’il y a lieu de rechercher
des « manquements » de la part du personnel. « L’avion
n’est pas en cause » assure simplement le substitut Vignolles.
« On ne peut pas incriminer un problème technique particulier,
puisque les six accidents mortels ont impliqué six types d’appareils
différents », explique-t-on au Bureau de la sécurité
des vols de l’armée de l’air.
«Dans 75 % des cas, les accidents sont dus à des facteurs
humains », reconnaît pour sa part le général
Patrick Paimbault, qui dirige le Bureau enquêtes accidents de la
Défense (BEAD). Ce nouvel organisme, créé en 2002
et installé à Brétigny (Essonne), est en charge du
versant aéronautique et technique de l’enquête pour
les accidents concernant des avions de l’Etat (armées, douanes,
sécurité civile). Preuve du malaise qui entoure ces accidents,
le rapport du BEAD n’a toujours pas été rendu public,
contrairement aux promesses réitérées depuis un mois.
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