RAPPORT D'INFORMATIONsur la pollution de l'air Assemblée Nationale 23 mai 2001
PAR Mme ANNETTE PEULVAST-BERGEAL,
Extrait
2°) Les transports aériens
La particularité du problème posé par
les transports aériens en matière de qualité
de l'air tient aux effets cumulatifs de trois paramètres
: la rapidité de la progression du trafic aérien,
le
retard avec lequel furent prises les premières mesures
limitant les émissions et l'obligation d'édicter
des normes à caractère international.
Les transports aériens ont longtemps été
considérés comme de modestes contributeurs à
la dégradation de l'air en ville. L'éloignement
des plates-formes aéroportuaires, l'interdiction faite
aux aéronefs de survoler les villes centres, la faible
exposition des zones urbaines à chaque décollage
et atterrissage laissaient une impression trompeuse souvent corroborée
par des
statistiques qui auraient mérité un examen plus
attentif. Pendant longtemps, on s'est ainsi rassuré en
constatant que la part des avions dans les émissions dues
à la combustion de
produits fossiles variait, selon les polluants entre 1,5 % et
2,5 %. C'était sans compter sur la croissance du trafic
aérien. Aujourd'hui, on estime que pour la plupart des
polluants, les
émissions dues aux transports aériens progresseront
de plus de 110 % entre 1990 et 2010.
Des événements ont indirectement servi de révélateurs.
Ainsi, la mesure de circulation alternée appliquée
à Paris le 1er octobre 1997 a mis en évidence le
rôle joué par les aéroports
parisiens en matière de pollution atmosphérique.
Les cartes d'Airparif qui enregistrèrent ce jour là
une sensible amélioration de la qualité de l'air,
laissent aussi apparaître une tache de
pollution correspondant à Roissy (le site d'Orly ne ressort
pas aussi clairement). Cette tache, particulièrement visible
pour les concentrations d'oxydes d'azote n'est d'ailleurs pas
uniquement due aux transports aériens mais également
aux nombreux véhicules terrestres circulant sur la plate-forme
de l'aéroport.
L'industrie aéronautique a pourtant réalisé
d'importants progrès en réduisant fortement la consommation
de kérosène des avions et en limitant fortement
les émissions d'hydrocarbures et
d'oxydes de carbone. En revanche, sa volonté d'améliorer
les moteurs n'a pas permis d'enregistrer une évolution
comparable pour les émissions d'oxydes d'azote.
Cette prise de conscience tardive explique que ce n'est que
depuis 1982 que les émissions des moteurs d'avion sont
limitées. Quatre polluants mesurés à moins
de 3 000 pieds d'altitude
(hauteur au-delà de laquelle on estime que les rejets n'ont
plus d'influence sur la pollution locale) sont concernés
: fumées, hydrocarbures imbrûlés, monoxyde
de carbone et oxydes
d'azote. Les normes sont régulièrement révisées
; pour les oxydes d'azote par exemple, une nouvelle valeur limite
d'émissions a été arrêtée en
1999 pour les moteurs produits à partir de
2004.
En raison du caractère international du transport aérien,
c'est l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI)
qui est chargée d'arrêter les normes d'émissions
(elles figurent à
l'annexe XVI de la Convention sur l'aviation civile internationale).
Toute révision des normes doit faire l'objet d'un consensus
des Etats membres de l'OACI, ce qui entrave sérieusement
l'efficacité de l'action environnementale de cette organisation.
Il est en effet déjà arrivé que la commission
pour la protection de l'environnement de l'OACI (organe chargé
de la définition
des normes au sein de l'organisation) ajourne ses travaux faute
d'accord et ne parvienne à un consensus que plusieurs années
plus tard.
Les leviers efficaces sont rares. Ne pouvant intervenir directement
sur les normes, l'Union européenne cherche d'autres moyens
d'action. C'est ainsi qu'est actuellement en préparation
une directive prévoyant des restrictions à l'immatriculation
pour les avions subsoniques les plus polluants.