VIVRE PRES D'UN AEROPORT

Note établie a l'intention des magistrats participant aux journées de formation continue organisées les 17 et 18 mars 1997 a ORLY-OUEST par l'école Nationale de la Magistrature.

Sommaire

- Réglementation
- Pollution sonore / pollution de l'air
- Urbanisme
- Aide financière accordées aux riverains
- Rôle de la Commission Consultative d'aide aux riverains
- Transparence de la gestion de la taxe bruit

Réglementation


Loi du 19/7/1976 sur les installations classées pour la protection de l'environnement
Les aérodromes ne sont pas des installations classées, l'arrêté relatif au bruit émanant des installations classées n'est pas applicable (CE 25/1/89 Liblin et autres)

Loi 92-1444 du 31/12/1992 relative a la lutte contre le bruit

article 6 :

Les activités bruyantes exercées dans les entreprises,les établissements, centres d'activité ou installations publiques ou privées établis a titre permanent ou temporaire et ne figurant pas dans la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement peuvent être soumises a prescriptions générales, ou lorsqu'elles sont susceptibles, par le bruit qu'elles provoquent de présenter les dangers ou de causer les troubles mentionnes a l'article 1er, a autorisation

article 8 :

les dispositions de l'article 6 ne sont pas applicables aux .... aérodromes dont la création est soumise a arrêté ministériel .
Selon le Code de l'aviation Civile (titre III chapitre 1er article D231.1) seuls les aérodromes non ouverts a la circulation aérienne publique et a usage prive sont autorises par arrêté préfectoral. Est considéré comme aérodrome a usage prive un aérodrome crée par une personne physique ou morale de droit prive, pour son usage personnel ou celui de ses employés et
invites (article D233-1).

Décret 95408 du 18/4/1995 relatif a la lutte contre les bruits de voisinage

article R48-1 :

Les dispositions des articles R48-2 a R48-5 s'appliquent a tous les bruits de voisinage, a l'exception ... des aéronefs ...

En fait l'aviation jouit du privilège exceptionnel de n'être soumise a aucune législation réglementant les nuisances qu'elle génère. Elle évolue ainsi dans un no man's land juridique qui lui permet tous les excès et la dispense de l'aiguillon nécessaire a toute évolution technique positive rapide.

Réflexion sur la non application de certaines dispositions relatives a l'aviation

1 . Les hélicoptères

Un décret en Conseil d'État devait fixer les modalités d'application de l'article 7 de la loi 92.1444 du 31/12/1992. Bien que le Conseil National du Bruit ait rendu son avis depuis plus d'un an, après un long travail de commission : curieusement la parution de ce décret tarde.

2 . Arrêté du 6/10/1994 relatif aux créneaux horaires sur l'aéroport d'Orly

La finalité de ce texte promulgue sous la pression de la rue (manifestations suite aux acrobaties de l'Airbus A320 de la Compagnie Roumaine TAROM dans le ciel de Villeneuve-le-Roi) était de limiter le trafic a 200.000 mouvements par an environ en application des dispositions du SDAURIF approuve par décret du 26/4/1994.

Ce texte limitait aussi en les réduisant les possibilités de trafic aux heures proches du couvre-feu (avant 7 heures - après 22 heures) - couvre-feu - 23h30 / 6h.

A Orly, en 1993, le nombre de mouvements totaux enregistres étaient de 214.543, en 1994, il fut de 211.907, en 1995 il a été de 239.529 et en 1996 250.703 !!!

En fait, le trafic a évolué librement, l'arrêté qui devait protéger tant soit peu les riverains n'a pas été applique. Le Ministre de l'équipement saisi le 1er février 1996 (voir courrier 156/96) se contentait d'avoir pris note des préoccupations des riverains l'examen attentif de la situation par le Directeur General de l'Aviation Civile et sa réponse ne nous étant toujours pas
parvenue a ce jour !!!

Quant au Ministre de l'environnement (voir son courrier), il constatait le dérapage mais estimait que les nuisances générées par le surcroît de trafic étaient compensées par la diminution de l'emport moyen, en effet selon Lui un avion moins charge a besoin d'une puissance moindre donc provoque moins de bruit !!!

(emport moyen de passagers par appareil : 1993-126,3 ;1994-127,3 ; 1995-114,5 ; 1996-117,5)

NB : l'arrêté du 6/10/1994, en application du règlement CEE 2408/92 du Conseil du 23/7/1992 article 9-2 cessera de s'appliquer sauf renouvellement le 6/10/1997.

3 - Sonate

Aéroport de Paris a crée a grands frais sur les deux aéroports parisiens des maisons de l'environnement . Ces outils dits de communication doivent permettre aux riverains de mieux comprendre le fonctionnement de l'aéroport.

Un dispositif appelé sonate permet de visualiser en temps réel ou différé sur un fond de carte routière, toutes les trajectoires au départ ou a l'arrivée de l'aéroport.

Sur écran on peut voir l'aéronef (non identifie en clair mais a l'aide d'un code) la trajectoire suivie, le niveau de bruit enregistre au passage sur la balise, la date et l'heure.

Ces renseignements visibles sur écran aux heures d'ouverture de la Maison de l'environnement ne sont pas communicables sous forme de listes informatisées qui permettraient par exemple aux associations concernées de vérifier la bonne application de l'arrêté du 6/10/1994 (restriction de circulation aux heures proches du couvre-feu) la répartition des aéronefs selon la classe
acoustique, l'assiette de perception de la taxe bruit destinée aux fonds d'aide aux riverains ...

Les conditions matérielles imposées a la communication des informations sont tellement dissuasives que le dispositif n'a aucune utilité sinon que celle reconnue a un instrument de propagande.

4 - Les commissions consultatives de l'environnement

(instituées par décret 87.341 du 21/5/1987)

Aux termes de la circulaire du 23/7/1987 ces commissions doivent être consultées chaque fois que des modifications ou des conditions d'exploitation ont une incidence significative sur l'environnement.

A Orly, cette commission a été réunie pour la dernière fois le 23 avril 1990 !!!

Tous les courriers adresses au Préfet de Région sont restes lettre-morte a ce jour.

5 - La balise d'Antibes


La ville d'Antibes est survolée par les avions atterrissant sur l'aéroport de Nice Cote d'Azur.

Pour limiter les nuisances une balise a été installée sur l'hippodrome de Cagnes-Sur-Mer. Cette balise permet sous certaines conditions de détourner de 40 a 50% du trafic par la mer. Cette procédure est difficilement appliquée par les équipages et les contrôleurs aériens de Nice (voir note jointe Association CAPSSA).

La pollution de l'air



Selon les avis des autorités officielles, l'aviation ne serait responsable que de moins de 1% de la pollution globale.

Pourtant, un article paru dans Aéroport Magazine (ADP) - 267 avril 1996 - intitule demain des avions propres dans un air pur signe James SARAZIN, indique je cite ´ les énormes quantités d'essence brûlées finissent par donner lieu a des accumulations significatives. Rien qu'en attente avant le décollage, un Boeing 747 consomme 45 kilos de kérosène a la minute. Aux heures de pointes, les émanations prennent des proportions considérables.
Dans le temps aussi, le montant des émissions devient impressionnant. En une année, les deux moteurs d'un Airbus A320 crachent pas moins de 901.876 kilos d'un cocktail d'hydrocarbures imbrulés, de monoxyde de carbone et d'oxyde d'azote .

La plate-forme internationale contre la pollution et le bruit des avions dénonce les risques de l'aggravation de l'effet de serre, du réchauffement de la planète et de la destruction de la couche d'ozone, imputables au trafic aérien (voir manifeste ci-joint).

Urbanisme au voisinage des aéroports


(Loi 85.696 du 11/7/1985)

L'article R 147-3 du code de l'urbanisme a permis de fixer la zone de bruit modéré C entre la courbe isopsophique 89 et la courbe correspondant a une valeur d'indice choisie entre 84 et 78.


A Orly, c'est la valeur 84 qui a été retenue : c'est-a-dire que depuis la décentralisation, les maires ont toute latitude pour moduler leurs P.O.S. et inscrire des densités de construction invraisemblables au voisinage immédiat des limites extérieures de la zone C.

Il y a la une situation anormale a laquelle il convient de mettre fin très rapidement (voir note rédigée par M. Buis association ADNVC Longjumeau). Voir aussi projet de décret qui permettrait d'étendre les limites des PEB de l'indice 78 a 73 (communication au Conseil des Ministres sur la politique de lutte contre le bruit - Ministre de l'environnement 29/1/1997).

Aide aux riverains - Rôle de la Commission - Transparence de la gestion de la taxe

Nous retrouvons ici le particularisme aéronautique. Pollueur, il s'est exonéré des contraintes de la loi bruit, mais a institue une taxe qu'il perçoit, qu'il gére et qu'il repartit auprès des ayants droits.
Les associations se sont élevées contre ce particularisme et ont obtenu que ce soit un organisme différent qui gère cette taxe, en l'occurrence le gouvernement de l'époque a désigné l'ADEME.
Toutefois l'ADEME a sous-traite a Aéroport de Paris, la perception de la taxe et l'instruction des dossiers des ayants droits.
La commission prévue a l'article 19 de la loi du 31/12/1992, est consultée sur l'utilisation du produit de la taxe destinée a atténuer les nuisances subies par les riverains. L'arrêté du 21/9/1994 a définit la composition et les règles de fonctionnement de cette commission ou les associations de riverains reconnues représentatives sont représentées.
Cette représentation devait ouvrir droit de regard sur la gestion de cette taxe (accès au bilan). Or il n'en est rien puisque deux demandes successives formulées en 1996 sont restées sans réponse. Quant au rôle de la Commission, j'invite les participants a prendre connaissance d'un courrier adresse au Ministre de l'environnement le 6/1/1996 ref. 573/97 ci-joint.

R. Vayrac
Président de l'UFCNA