Résumé du rapport remis en septembre 1996
à M. Ie Préfet d'Alsace, rédigé à sa demande par:

A.Muzet
Docteur en médecine. Directeur de Recherche au CNRS.

M. Vallet
Docteur en psychologie. Directeur de Recherche à l'I.N.RE.TS


Ce rapport aborde les problèmes de la gêne et des effets physiologiques prévisibles chez les personnes exposées au bruit des avions à l'exception de tout autre effet environnemental tel que la pollution de l'air ou risque d'accidents.

Ce rapport a été rédigé pour le cas D.H.L en Alsace. Nous ne reprenons dans ce résumé que les informations qui peuvent être transposées au cas de l'aéroport Roissy Charles de Gaulle.
Toutes les données indiquées s'appuient sur des rapports scientifiques publiés durant les 25 dernières années.

Sommaire

- Caractéristiques du bruit des avions
- Génes exprimées par les populations exposées au bruit
- Effets physiologiques du bruit sur le sommeil
- Conséquences possibles de la gêne sur la santé
- Conclusions

Caractéristiques du bruit des avions

Le bruit est une valeur subjective. L'oreille humaine peut percevoir des sons aussi faibles que le tic tac d'une montre et peut supporter sans détérioration irréversible, pendant un temps très court, le bruit d'un réacteur d'avion .
L'oreille humaine n'a pas la même sensibilité selon les fréquences et ne va pas percevoir les sons avec la même intensité. Aussi quantifier le bruit, c'est tenir compte de la sensibilité de l'oreille selon les fréquences.

L'unité utilisée est le décibel (dB), mais afin de mesurer la sensation qu'il procure à l'oreille humaine selon les fréquences, on a créé trois échelles de bruit dites subjectives » qui sont les dB(A), dB(B) et dB(C).

Lorsque par contre la source du bruit est connue (ex: un réacteur d'avion ), le constructeur peut fournir le spectre caractéristique en matière de bruit. A partir de cette donnée supplémentaire on peut donc évaluer non seulement la sensation mais également la gène qu'apporte un bruit.
Cette nouvelle échelle de niveau de perception a pour unité le Pn.dB.

Dans le cas du bruit des avions autour d'un aéroport ( notamment à Roissy ) on utilise l'indice psophique. Cet indice est calculé sur une période ( 24 h ) en tenant compte de la moyenne des niveaux sonores maximum produits individuellement par les avions, du nombre de mouvements aériens pondéré d'un coefficient multiplicateur de 10 pour les mouvements entre 22h et 6h du matin.
Cet indice est cependant contesté pour les aéroports à fort trafic. Les spécialistes explique qu'un autre indice, le Leq, est plus approprié car le nombre de mouvements prend une part plus importante dans le calcul de l'indice.

Gênes exprimées par les populations exposées au bruit

La perturbation du sommeil par le bruit ainsi que la nécessité de fermer les fenêtres pour éviter toutes perturbations lors de la communication ( conversation, téléphone, télévision ) sont les principaux effets exprimés avec insistance par les riverains.

Des enquêtes statistiques servant à décrire les différents aspects de la perturbation du sommeil ainsi que leur fréquence ont été réalisées dans plusieurs pays.
Ces enquêtes portent sur les effets du bruit sur les riverains ou sur des aspects comportementaux des personnes soumises au bruit.

Sur Roissy, les dernières enquêtes statistiques sont relativement anciennes, et datent du début des années 80.
Il est d'ailleurs surprenant que sur l'extension souhaitée de Roissy par les pouvoirs publics, ceux-ci n'aient fait réaliser aucune enquête statistique permettant d'évaluer les répercutions actuelles du bruit sur la santé des riverains.

Les enquêtes de l'époque avaient révélé que la proportion de personnes déclarant être parfois réveillées pendant la nuit ou le matin ou approuvant la phrase " mon sommeil est agité et troublé ", croit nettement en fonction du niveau de bruit.
La gêne est ressentie le plus fortement pendant la soirée, cependant elle paraît fortement liée à l'individu car elle ne progresse que faiblement en fonction du niveau de bruit.

Que font apparaître les enquêtes réalisées en dehors de l'hexagone ?

Une étude anglaise permet de déterminer que près des aéroports le taux de personnes dormant la fenêtre fermée en été, est supérieur à la moyenne constatée pour une même zone géographique, dans des zones non bruyantes. Ce taux augmente en fonction du niveau de bruit.

Les suédois ont travaillé sur la qualité du sommeil et concluent que lorsque 32 bruits de plus de 45 dB(A) se produisent dans le lieu de repos, la qualité du sommeil (estimée par les dormeurs) est réduite de 9% par rapport à une nuit calme, alors que 128 éléments bruyants par nuit ( cela risque d'être le cas de Roissy ) provoquent une réduction de 19% du confort et du bien être.

Les hollandais ont analysé les effets du bruit sur la consommation médicale près de l'aéroport d'Amsterdam. Ces études mettent en évidence que le taux de consultation et donc de prescriptions médicales varie de 8 à 9.3% dans les zones bruyantes alors qu'il est de 5.7% dans les zones calmes.
La consommation de médicaments anti-hypertenseurs jugée sur le volume total des achats annuels augmente autour de l'aéroport d'Amsterdam en relation avec l'activité de ce dernier.

L'utilisation des boules auriculaires varie de 0 à 14% selon les zones de bruit autour de l'aéroport de Zurich alors que la consommation en zone calme varie entre 0 et 4%.

Enfin une étude danoise très alarmante fait apparaître que 19% de la population située autour de l'aéroport de Copenhague, dans les zones fortement exposées au bruit, a consulté un psychiatre ou un psychologue au cours des 5 dernières années alors que le taux comparable dans des zones non bruyantes est de 12%.

L'ensemble de ces constats, scientifiquement très recevables sur l'existence de troubles liés au bruit, doivent cependant tenir compte des qualités propres de chaque individu et notamment de sa capacité à l'accoutumance au bruit. Ce dernier paramètre semble très important car il serait effectivement à l'origine de la plupart des troubles.

Certaines personnes se sont penchées sur les moyens possibles de réduire la gêne sonore. Des enquêtes réalisées dans plusieurs pays ont conclu que les riverains ont du mal à percevoir la baisse du niveau de bruit apportée par les nouvelles générations de moteurs, ceci étant certainement dû à l'augmentation parallèle du nombre de mouvements aériens.
Pour que les riverains perçoivent une amélioration, il faudrait baisser le niveau de bruit d'au moins 6 dB(A) mais aussi par des moyens d'information, faire réduire psychologiquement la peur d'un accroissement ultérieur du bruit.

On comprend mieux, le fameux plan d'exposition au bruit présenté lors de I'enquête publique de Roissy qui avec 4 pistes, réduit de moitié la surface actuelle impactée par le bruit avec les 2 pistes existantes.

Effets physiologiques du bruit sur le sommeil

Le sommeil est un état physiologique vital à l'organisme. S'il est de quantité et de qualité suffisante, il permet à l'homme, de récupérer ses capacités physiques et mentales affaiblies par la fatigue accumulée pendant l'état de veille.

Une nuit normale de sommeil correspond à une succession d'un certains nombres de cycles. Chaque cycle est divisé en 4 stades lents » qui aboutissent à un stade rapide » appelé sommeil paradoxal. Ce dernier stade (environ 15 à 20 minutes par cycle) est très important dans la qualité du sommeil.

Le bruit nocturne peut entraîner des éveils, en fonction de son intensité et de sa durée, mais cette réactivité au bruit peut varier de façon importante d'un individu à l'autre.

Une compilation de plusieurs études indique que des réactions d'éveil apparaissent pour des niveaux de bruit de l'ordre de 50 dB(A) à l'intérieur de la chambre.

Le bruit pendant le sommeil peut provoquer:

- une réduction importante du sommeil paradoxal à laquelle est associée une multiplication de mouvements corporels et des changements de posture du dormeur.

- des réactions végétatives se traduisant le plus souvent par des modifications du rythme cardiaque, une contraction des petits vaisseaux sanguins ou parfois une modification du rythme respiratoire du dormeur.

De telles réactions peuvent être observées pour des niveaux de bruit dépassant 40 dB(A) et leur amplitude est proportionnelle à l'intensité du bruit.

Il est à noter que le phénomène d'accoutumance de l'homme au bruit n'a pas pour effet d'atténuer et de dissiper à terme les réactions végétatives.

M.Vallet démontre dans une enquête réalisée sur Roissy en 1983 qu'aucune disparition des réponses cardiaques induites par le bruit n'apparaît, même après une période d'exposition au bruit de plus de 5 ans.

Conséquences possibles de la gêne sur la santé


En dehors des conséquences sur la qualité du sommeil et sur les troubles végétatifs, d'autres conséquences comme les troubles hormonaux ont été mis en évidence.

Le bruit peut entraîner une élévation du taux nocturne de certaines hormones ( adrénaline ) ce qui peut provoquer des effets cardio-vasculaires tels que l'augmentation de la fréquence cardiaque et de la pression artérielle

Des enquêtes réalisées en Allemagne ont montré que, comparée à une population identique sur le plan sociodémographique, celle exposée au bruit des avions présente une élévation du taux des hormones de stress associée à l'élévation de la pression artérielle.

Une autre enquête similaire associe l'augmentation des hormones liées au stress chez les enfants exposés au bruit avec une détérioration des capacités de mémorisation et de réalisation de tâches complexes.


D'autres enquêtes rapportent une élévation du taux nocturne de cortisol sous l'effet du bruit. Le cortisol est une hormone qui traduit le degré d'agression de l'organisme et il joue un rôle essentiel dans les défenses immunitaires de ce dernier.

Ces troubles hormonaux sont suffisamment importants pour exiger que des études plus nombreuses soient réalisées dans ce domaine.

Conclusions

Dans la population générale, le niveau de crête ( niveau de bruit mesuré à la tête du dormeur ) pouvant être considéré comme susceptible d'entraîner les premières réactions physiologiques chez le dormeur est de l'ordre de 40 dB(A).

La Communauté Européenne considère que des niveaux de crêtes de l'ordre de 45 dB(A) n'affecte pas le sommeil de sujets normaux.

Des réactions physiologiques plus marques et les premiers éveils provoqués sont susceptibles de se manifester pour un niveau de crête de 48dB(A).

Au delà d'une intensité de crête de 60 dB(A), les effets du bruit risquent d'être beaucoup plus fréquents et de perturber fortement le sommeil de la majorité des personnes exposées. Cette dernière valeur doit être réduite à 55dB(A) dans le cas des personnes âgées ou de personnes particulièrement sensibles au bruit

Le rapport recommande de ne pas dépasser le niveau de crête de 48dB(A) dans la chambre, afin de préserver la continuité du sommeil et de ne pas risquer des éveils pouvant se traduire par une privation chronique du sommeil, avec toutes les répercussions décrites précédemment.

Chez les hommes en bonne santé, le nombre de bruits atteignant ce niveau ne doit pas dépasser 10 à 15 par nuit. Ce nombre doit être réduit pour les personnes présentant déjà des troubles de la santé tels que ceux décrits dans le présent rapport.

Correspondance entre les niveaux de crête du bruit mesurés

- dans la chambre--------- r 40 dB(A)

- en façade fenêtre fermée----- r 47dB(A)
- en façade fenêtre ouverte------ r 60-75dB(A)

Comme vous le constaterez avec ce résumé, les conséquences du bruit sur la santé sont réelles. Il est important que sur _ sujet, des enquêtes complémentaires soient réalisées. Malheureusement pour nous val d'oisiens, les pouvoirs publics qui veulent coûte que coûte, l'extension de Roissy, privilégient la rentabilité économique au détriment de la santé et du bien être des individus.

Le prolongement du regroupement des collectifs d'associations du 26 octobre 1996 à Goussainville a donné naissance à une commission SANTE dont les buts sont, d'interpeller l'ensemble des professions médicales en leur faisant signer un manifeste dénonçant les conséquences du bruit sur la santé, puis d'organiser un colloque regroupant des spécialistes dans _ domaine.

Nous sommes bien entendu intéressés par tout document ou toute information traitant de ce sujet.