AUDITION DU PRESIDENT DE L'U.F.C.N.A.

POUR LES RIVERAINS D'ORLY AU CONSEIL REGIONAL D'ILE DE FRANCE - 16/10/1998


Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,

 

Tout d'abord je vous remercie, Monsieur le Président, de me permettre d'exprimer devant les membres des commissions des transports, de l'aménagement du territoire, du développement économique et de l'emploi de l'Assemblée Régionale, le point de vue des riverains de la plate-forme aéroportuaire d'Orly.

L'Union -Française Contre les Nuisances des Aéronefs &laqno; U.F.C.N.A. », dont je suis le Président est une structure associative qui fédère et coordonne aujourd'hui les actions de 45 associations de défense de riverains réparties sur le territoire national, dont 14 autour d'Orly (Val de Marne et Essonne) : je suis aujourd'hui leur porte-parole.

Pour conclure cette brève présentation j'ajouterai que je suis au titre de ma fonction associative, membre du Conseil National du Bruit, de la Commission Nationale de Prévention des Nuisances, de la Commission Consultative d'Aide aux Riverains de Paris-Orly, organismes où je représente aussi les riverains.

Je voudrai tout d'abord m'inscrire en faux sur le matraquage opéré par le lobby aéronautique et ses alliés naturels, largement et complaisament relayés par les médias, qui voudraient accréditer dans l'opinion publique l'idée que les contraintes d'environnement (par ailleurs mal respectées) seraient la cause &laqno; du soi-disant déclin de la plate-forme d'Orly décrite comme étant en phase de quasi fermeture ».

Qu'il me soit permis de rappeler ici que :

· Ie trafic est en hausse pour les 6 premiers mois de l'année 1998 avec 1 19 795 mouvements l.F.R. + 1,6% par rapport à la même période de 1997. Ceci malgré une grève d'Air France qualifiée de longue et dure.

Que selon le Ministre de l'Equipement 56000demandes de créneaux resteraient insatisfaites. Si des compagnies déménagent, le vide sera donc immédiatement comblé.

· Que les effectifs d'ADP restent stables à Orly 29 682 en 1994 . 29 710 en 1998

Les seules pertes d'emploi résultent des restructurations opérées par les compagnies aériennes pour faire face à l'ouverture à la concurrence. Les riverains ne sont en rien responsables des conséquences d'un libéralisme sauvage ouvert par la dérèglementation, ils n'entendent pas plus en subir les consequences.

Pour en venir aux véritables problèmes posés et pour être clair, Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, je dois vous dire que les organisations de riverains que je représente ici, ne demandent pas la fermeture de la plate-forme d'Orly, mais je dois vous préciser qu'elles sont toutes favorables au transfert des longs courriers. Pourquoi ? Parce ce que les compagnies longs courriers basées à Orly exploitent souvent des avions d'anciennes générations qui appartiennent aux catégories les plus bruyantes (B747 - 100 - 200 / B707 / DC10-30). Parce que le décollage à masse élevée fait que ces appareils survolent des zones à fortes densités d'urbanisation à très basse altitude, d'où plus de bruit et plus de risques pour les populations.

En fait, les riverains d'aéroports en général et ceux d'Orly en particulier considèrent qu'il n'est pas de leur rôle d'entrer dans la définition des vocations des sites aéroportuaires et des stratégies commerciales des entreprises dans la mesure où les partenaires, Etat / Entreprises, prennent en compte tous les impératifs d'environnement.

Ainsi, I'utilisation à Orly d'avions gros porteurs modernes et performants tel que l'Airbus A340 pourrait changer totalement la donne. De même le maintien d'Air France Industrie à Orly ne soulève aucune objection dans la mesure où les essais moteurs sont réalisés dans des cellules prévues à cet effet et interdits la nuit

Je dois aussi vous le dire, ce ne sera pas une surprise mais les riverains d'Orly sont et resteront très vigilents, car l'Etat a rarement jusqu'à ce jour tenu ses engagements, et les compagnies aériennes sont pour le moins peu respectueuses des quelques réglementations existantes destinées à protéger tant soit peu l'environnement, quant aux élus locaux leur position est souvent contradictoire, voir déroutante.
Je rappelerai à ce sujet que le SDRIF IDF 2015 approuvé par décret le 26/4/1994 avait fixé pour protéger les riverains des nuisances sonores un objectif de 200000 mouvements annuels pour cette plate-forme. Ce schéma directeur s'impose à tous y compris à l'administration de l'aviation civile, pourtant il est largement dépassé puisque le trafic était à Orly de 205 000 en 1993, 209000 en 1994, 233000 en 1995, 245000 en 1996, 237 000 en 1997 pour les seuis vols commerciaux IFR. En 1998 il sera au dessus de 240 000.

Depuis quatre ans avec une parfaite mauvaise foi l'Etat, Aviation Civile ès-qualité, répond imperturbablement qu'il respecte la règlementation en ne délivrant pas plus de 250 000 créneaux en application de l'arrêté du 6/10/1994, feignant de ne pas comprendre que le nombre de créneaux était le moyen d'atteindre l'objectif des 200 000 et qu'il convenait à partir du moment où les prévisions se révélaient inexactes de corriger les termes de l'arrêté.

Deuxième exemple : mon expérience de membre de la CNPN me montre que les compagnies aériennes ne respectent pas les limitations d'exploitation des avions bruyants (chapitre 2 et HK) la nuit à Roissy et au Bourget (seuis aérodromes parisiens où la réglementation est applicable). Ces limitations font l'objet de contrôles depuis le 1/1/1998, et sont sanctionnées par des procèsverbaux relevés par les services de la navigation aérienne.

- 94 PV relevés au 1er trimestre 1998

- 175 PV relevés au 2ème trimestre 1998

- et selon le responsable de la navigation aérienne d'ADP la cadence des infractions commises et relevées ne faiblit pas au troisième trimestre

Troisième exemple : les avions du chapitre 2 sont interdits sur les aéroports de France métropilitaine depuis le 1/4/1995 dès qu'ils ont atteints 25 ans d'âge. Dans les infractions relevées sur Roissy, nous trouvons des aéronefs de 28, 30, 33 et même 35 ans d'âge qui continuent à emprunter les aéroports parisiens en cumulant ici la double infraction.
Quelles que soient les options choisies en finalité, nous vous demandons, M. Ie Président, Mesdames et Messieurs, d'user des pouvoirs de l'Assemblée Régionale pour préserver et améliorer les conditions de vie des riverains de l'aéroport d'Orly.

· Maintien et respect scrupuleux du couvre-feu nocturne.

· Maintien du système d'exploitation des pistes préférentielles.

· Respect du SDRIF IDF 2015 et retour au trafic limité à 200 000 mouvements environ pour des raisons de protection de l'environnement et de sécurité.

· Mise en place de sanctions pour non respect des procédures destinées à réduire le bruit (comme à Roissy).

· Mise en place dès 1999, de restrictions d'exploitation pour les avions certifiés selon chapitre 2 et HK, qui ne devraient plus être autorisés à faire mouvement qu'entre 9hO0 et 19hO0 (cela est déjà en place à Hambourg, Genève et depuis deux ans à Zurich) avant leur totale éviction programmée au 1/4/2002.

· Etendre le réseau de contrôle du bruit Sonate, qui ne dispose à Orly que de quatre stations sous les axes d'envols (2 à l'est, 2 à l'ouest) contre 10 à Roissy, plus 3 pour les essais moteurs.

· Mise en place d'un réseau de contrôle de la pollution de l'air dans les villes proches de l'aéroport.

· Enfin révision et extension du PGS pour ouvrir le droit à l'insonorisation à des habitations très exposées et aujourd'hui encore exclues.

La politique du toujours plus a ses limites. L'aéroport d'Orly est inséré dans une zone très urbanisée qui concerne plus de 600 000 personnes. La santé et la sécurité des populations résidant à proximité est une priorité. Les pollueurs doivent savoir en payer le prix ou s'amender.

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, les riverains d'Orly vous seront gré de les avoir entendu.


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