Transports. L'Europort de Vatry, dans la Marne, reste très sous-utilisé. Cette plate-forme espère toujours récupérer le trafic de fret de Roissy et d'Orly. Les riverains d'Ile-de-France, en quête de tranquillité, en rêvent, mais les décisions politiques tardent.
L'Europort de Vatry sonne le creux. A l'écart des vignobles d'Epernay et de Reims, en plein cur de la Champagne pouilleuse, cette ancienne base militaire de l'Otan devenue un aéroport ultramoderne est en service depuis deux ans. Mais elle s'est vite fait une liste de surnoms peu glorieux, comme « aéroport fantôme » ou « aéroport des champs ». Une piste de près de 4 km, une aérogare de fret high-tech, une tour de contrôle sophistiquée, un échangeur relié à l'autoroute presque achevé, Vatry n'attend plus qu'une chose : les avions
Depuis le début de l'année, seuls 290 mouvements d'avions cargos ont été enregistrés sur cette plate-forme qui fut un temps candidate pour abriter le fameux troisième aéroport. Le reste du trafic (environ 5 000 mouvements) repose sur les vols d'essai de plusieurs compagnies aériennes comme Air France, Swissair ou DHL, qui utilisent Vatry pour leurs élèves pilotes. Un peu décevant pour un aéroport qui n'a jamais caché son ambition de devenir la capitale du fret aérien.
« Nous sommes déjà le troisième aéroport », continuent d'ailleurs de clamer ses gestionnaires, qui n'en finissent plus d'inaugurer le moindre mètre carré d'entrepôt ou d'aérogare et d'organiser des voyages de presse pour « exister » enfin. Car le temps presse. L'Europort est géré par des capitaux privés et les investisseurs pourraient bientôt baisser les bras. « Nous sommes favorables à une vraie libéralisation du transport aérien et à une décentralisation concrète, lâche Youssef Sabeh, qui gère l'aéroport. Tout a été concentré sur Paris et ses deux aéroports, qui sont maintenant saturés. » Le rêve de Youssef Sabeh est d'accueillir des avions qu'une décision obligerait à se poser ailleurs qu'à Roissy et Orly.
Faute d'avions, des tonnes de marchandises pourrissent
Mais le chemin est encore long. La Direction générale de l'aviation civile continue à traîner les pieds en refusant presque systématiquement d'accorder un « droit de trafic » aux compagnies qui souhaitent se poser à Vatry. Motif non avoué : ne pas concurrencer Air France. Résultat, Youssef Sabeh ne compte plus les tonnes de marchandises qui pourrissent au pied des hangars faute d'avions pour les expédier : « C'est un protectionnisme d'un autre âge, personne ne joue le jeu. »
Dernier coup dur en date pour Vatry, la mise en service d'une plate-forme pour le géant américain du fret, FedEx, à Roissy, il y a deux ans. « Une énorme erreur », selon Youssef Sabeh, rejoint par les riverains de l'aéroport déjà saturés de bruit. Mais qui a aujourd'hui le pouvoir de déménager FedEx et les centaines d'emplois qu'il engendre ? Les partisans de Vatry attendent beaucoup d'un Etat qui leur a pourtant beaucoup promis depuis dix ans. Le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, parle souvent de décentralisation, son ministre des Transports, Gilles de Robien, a déjà gelé le projet de nouvel aéroport à Chaulnes (Somme). Du coup, les « pro-Vatry » se remettent à espérer. En attendant, l'Europort reste une curiosité : « Vatry, il y a plus de gens qui en parlent que d'avions qui s'y posent », conclut un spécialiste du transport aérien.
Damien Delseny. Le Parisien, samedi 6 juillet 2002.