Trafic aérien : l'incident qui inquiète les riverains de Roissy

"MOINS d'un cas sur 10 000 décollages. " Air France reconnaissait hier après-midi que la manoeuvre d'urgence réalisée vendredi dernier à Orly (Val-de-Marne), par l'équipage d'un Airbus A-320 était un fait rarissime au sein de la compagnie. L'incident qui s'est déroulé sur le vol Paris-Strasbourg de 15 h 25 a fait bondir les associations de riverains de l'aéroport de Roissy qui mettent une nouvelle fois l'accent sur les risques liés au trafic aérien. Vendredi, l'avion qui s'élançait avec à son bord 80 passagers a connu un défaut de puissance sur l'un de ses deux réacteurs. Les pilotes ont alors décidé de stopper l'appareil en bout de piste, en appliquant la procédure dite d'arrêt-décollage.

" Nous demandons plus de transparence " " S'il avait franchi la vitesse au-delà de laquelle le freinage était impossible, il aurait quand même pu s'envoler, en utilisant un seul de ses réacteurs ", assure la direction de la compagnie aérienne. " Nous sommes étonnés que les autorités réagissent avec autant de légèreté ", regrette Sébastien Trollé, membre de l'ADVOCNAR, l'Association de défense du Val-d'Oise contre les nuisances aériennes. Les premiers résultats de l'enquête interne ouverte par Air France sur les causes de la panne permettaient hier d'exclure " complètement " l'hypothèse de l'objet qui serait venu percuter le réacteur. Certains des voyageurs de l'A-320 ont en effet affirmé avoir entendu un choc suivi d'un bruit assez violent, juste avant que le commandant de bord n'entame sa manoeuvre d'urgence. Ce scénario faisait immanquablement penser au crash du Condorde, survenu le 25 juillet 2000, sur Gonesse, au cours duquel 113 personnes avaient trouvé la mort. C'est en effet une lamelle métallique de 44 centimètres présente sur l'une des pistes de Roissy qui avait déchiqueté un des pneus du supersonique et déclenché l'enchaînement dramatique. Air France n'était hier pas encore en mesure d'expliquer la panne du réacteur de l'A-320, vendredi dernier. Au final, Aéroports de Paris et la compagnie qualifiaient l'événement de " mineur " et de " sans gravité ". Pour l'ADVOCNAR, il convient au contraire de prendre l'incident au sérieux " Il ne faut pas oublier qu'une catastrophe a déjà été évitée de justesse le 17 juin dernier, au départ d'Orly, rappelle Sébastien Trollé. Plusieurs dizaines de milliers d'habitants de la région parisienne ont été survolés à très basse altitude par un A-330 de la Corsair alors qu'un de ses réacteurs venait de prendre feu juste après le décollage. "

" Un observatoire de la sécurité aérienne " L'avion qui transportait 342 passagers à destination de la Réunion a fort heureusement pu faire demi-tour et atterrir à Orly, sans encombre. Les représentants des riverains réclament la mise en place d'un " observatoire de la sécurité aérienne ", comme le suggère Karim Ouchikh, un des avocats des parties civiles dans l'affaire du Concorde et également président de l'association Ciel bleu. " Pour un incident connu, combien restent sous silence ", s'interroge-t-il. " Nous demandons plus de transparence de la part des compagnies aériennes et d'Aéroports de Paris. Pour l'incident de vendredi, il me paraît normal que le Bureau enquêtes-accident fasse un communiqué pour confirmer ou non la version d'Air France. " 

Claire Guédon. Le Parisien, mardi 13 août 2002.