En Champagne, Vatry-David joue contre Roissy-Goliath

A la sortie de l'autoroute, des champs et des herbes folles à perte de vue. Soudain, 200 000 m2 d'entrepôts surgissent. Une piste de 3 860 mètres, la troisième de France, une tour de contrôle de 45 mètres de haut, 4 200 m2 d'aérogare. Bienvenue à l'Europort multimodal de Vatry, aéroport de fret international en Champagne-Ardenne.

Selon ses promoteurs, cet aéroport de 1 800 ha est au centre de la plus importante zone de trafic de marchandises en Europe. A 150 km de Paris, moins de deux heures par la route, il jouxte les grands centres économiques, à la croisée d'axes autoroutiers nord-sud (A26) et est-ouest (A4). 75 % du trafic européen de marchandises circulerait dans un rayon de 800 km.

Après avoir fugitivement caressé l'idée d'être candidat pour devenir le troisième aéroport du Bassin parisien, Vatry s'est finalement fixé un objectif plus limité : accueillir une partie du fret de Paris et de sa grande région.

Privée, mais liée au conseil général de la Marne par un contrat de délégation de service public, la Société d'exploitation de Vatry Europort (SEVE) s'appuie sur des études de la délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale (Datar) et du groupe d'études parlementaires sur les vols de nuit et nuisances aéroportuaires (Le Monde du 13 février). Implanté au sud de Châlons-en-Champagne, sur une des zones les moins peuplées de France (7 habitants au km2), Vatry pourrait développer un trafic important dans le respect des contraintes environnementales et soulager d'autant les riverains excédés de Roissy-Charles-de-Gaulle.

Freiné par ADP.

Aujourd'hui, 70 % du fret débarqué à Orly et à Roissy repart en province par camion. " Nous ne réduirions en rien l'économie de Roissy, qui ne perdrait que 6 % à 7 % de son trafic et conserverait 1 million de tonnes de fret au minimum. Il y a du travail pour tous ", note Youssef Sabeh, PDG de la SEVE, qui plaide pour une répartition du fret entre les différents aéroports français.

Le développement de Vatry se heurte à deux obstacles. D'abord, Aéroports de Paris (ADP), qui protège son trafic : " Les compagnies aériennes qui veulent travailler avec nous n'obtiennent pas les autorisations auprès de la direction générale de l'aviation civile ", affirme M. Sabeh. Seconde difficulté, près de 80 % du trafic de fret aérien français est actuellement combiné au transport de passagers.

Mais, malgré sa forte croissance - 1 780 tonnes en 2001, et déjà 3 092 tonnes au premier semestre 2002 -, Vatry joue encore à David face à Goliath : en 2001, trafic postal compris, Roissy a traité près de 1,6 million de tonnes de marchandises.

Aude Fayolle. Le Monde, jeudi 11 juillet 2002.