L'Europort part en guerre contre les " technocrates " de l'administration aéronautique

Pour un beau coup de pub, c'était un beau coup de pub. Jeudi dernier, une délégation de riverains des aéroports parisiens visitait Vatry escortés par de nombreux journalistes de la presse nationale. Objectif de cette échappée en terre marnaise organisée par l'ADVOCNAR - association de défense contre les nuisances aériennes - : montrer à la presse parisienne que l'Europort reste toujours une piste largement sous employée alors qu'elle est en mesure de répondre au moins partiellement au désengorgement des aéroports parisiens Mission accomplie. La réunion fournit, en effet, l'occasion à Youssef Sabeh, président de la Seve, la société chargée d'exploiter la piste marnaise, et à Albert Vecten, président du conseil général de s'en prendre avec vigueur à l'attitude de la DGAC qui refuse avec obstination de délivrer des droits de trafic aux compagnies aériennes qui souhaitent travailler à Vatry Et Albert Vecten de dénoncer : " l'attitude des élus qui manquent de courage et de volonté face aux technocrates du transport aérien ".

Et Albert Vecten de rappeler en substance : les hommes politiques disent tous qu'il faut désengorger Roissy, ils disent tous qu'il faut inciter les compagnies à faire du fret sur Vatry. Et dans les faits, d'un gouvernement à l'autre, rien ne change. En aparté, Youssef Sabeh confiait, " si la direction générale de l'aviation civile avait accordé les droits de trafic aux compagnies qui voulaient venir ici, nous ferions cette année près de 20.000 tonnes de fret. Alors que nous ferons probablement qu'un peu plus de 7.000 tonnes dans une hypothèse basse ". Et le président Vecten de surenchérir : " j'ai rencontré récemment Gilles de Robien, le ministre des transports, je luis ai amené six dossiers de demandes de droits de trafic pour l'Europort de Vatry Espérons que cela va changer rapidement ", concluait un tantinet désabusé le président du conseil général. De son côté, Youssef Sabeh enfonçait le clou : " Pour sortir d'un système où tout le trafic est concentré à Paris et où ailleurs, c'est le désert, il faut libéraliser le trafic aérien. La France est le seul pays européen où sévit un tel protectionnisme au bénéfice d'Air France Le résultat c'est que le Bénélux qui en 1990 accueillait un trafic fret de 5 % inférieur à celui de la France traite aujourd'hui 54 % de tonnes de fret de plus que la France ". Les compagnies qui ne peuvent pas travailler sur des aéroports de province à cause de la DGAC et qui ne veulent pas aller à Paris prennent le chemin de la Belgique avec des emplois en moins pour les Français.

Les riverains de Vatry pas d'accord

Inutile de dire que toute cette agitation laissait de marbre les quelques représentants de riverains de Vatry qui participaient à cette réunion. Ainsi, Pascal Foy du collectif " Non au 3ème aéroport " soulignait : " les vols de fret de nuit qui réveillent les gens, c'est non, d'ailleurs les communes concernées ont toutes voté des délibérations symboliques interdisant ces vols de nuit Et puis il faut quand même dire que même si des vols de fret étaient orientés de Roissy vers Vatry, cela ne soulagerait pas beaucoup les riverains parisiens, car les vols seraient aussitôt remplacés par d'autres sur les aéroports parisiens ". Du côté d'un représentant du collectif Orly on remarquait : " les nuisances en Ile-de-France ont atteint un niveau inacceptable. Et d'ici 2015 avec les nouveaux couloirs aériens, le trafic pourrait doubler. Nous sommes affolés ". Plus calmement, Youssef Sabeh essayait de remarquer : " Si l'on retire de la région parisienne 30.000 vols, cela fera quand même des nuisances en moins. A Vatry, nous existons pour répondre en partie à ce désengorgement du trafic fret. Dans deux ans, nous aurons une vraie petite aérogare, de quoi traiter 30.000 passagers par an, c'est à peu près tout ". Et tous les locaux de répéter en chur : " Vatry n'a pas vocation à devenir le troisième aéroport de la région parisienne mais ce qui est sûr c'est que Vatry, sans une ferme volonté politique ne pourra pas se développer ". Avec toutes les conséquences que cela pourrait impliquer pour le conseil général obligé de verser à nouveau des millions d'euros pour assurer l'équilibre financier de la Seve, la société chargée d'exploiter l'aéroport de Vatry.

Marne Hebdo, jeudi 11 juillet 2002.