A Vatry, un aéroport international attend dans les champs

A milieu des champs crayeux de la plaine champenoise, une tour futuriste de 46 mètres de haut tend vers le ciel. C'est le symbole de la modernité de l'Europort de Vatry, qui ambitionnait, lors de son inauguration en 1999 de devenir une plate-forme logistique européenne de fret.

A 150 kilomètres de Paris et 20 kilomètres de Châlons-en-Champagne, on a donc construit une des plus grandes pistes d'Europe, un ruban de béton de près de quatre kilomètres qui s'étend dans les cultures de luzerne, de blé et de betteraves. Tout autour, de gigantesques entrepôts de fret ont été érigés. Ici les nuisances d'un trafic dense n'auraient eu qu'un impact limité tant la zone est faiblement peuplée (7 hab. au km2). Mais en cette douce après-midi de juillet, l'avion-cargo de DHL qui tourne dans le ciel se contente encore d'un vol d'entraînement. A l'image de Vatry qui ne prend encore son envol qu'au ralenti.

Après trois ans d'activités, à peine plus de 15 000 mouvements d'avions ont été enregistrés. De l'avis de tous, cet aéroport " international " (lancé à l'initiative du conseil général de la Marne et détenu majoritairement par une société canadienne) reste sous-exploité. " Le plan d'exposition au bruit limite le nombre de rotations à 33 000 par an. Même si de nouveaux contrats devraient bientôt être signés, on a de la marge ", explique la SEVE, la société qui exploite le site. Un constat qui n'a pas échappé aux associations franciliennes de lutte contre les nuisances aériennes, qui ont pour Vatry les yeux de Chimène.

" C'est la solutions de compromis et de bon sens, estime l'UFCNA (Union française contre les nuisances aériennes). Le gouvernement doit inciter le transfert d'une partie du fret parisien, des charters et des avions de plus de 20 ans. " Dans deux ans, Vatry sera en effet doté d'un bâtiment polyvalent de 3 700 m2 permettant l'accueil de vols charters passagers. En choisissant de développer le site, le gouvernement satisferait les opposants à la construction d'un troisième aéroport puisque " Vatry existe déjà ", remarque Pierre Feuillastre, vice-président de l'ADVOCNAR (Association de Défense Contre les Nuisances Aériennes). " Cela permettrait aux riverains de Roissy et Orly de dormir un peu. Les rotations des avions-cargos de fret sont essentiellement nocturnes ", poursuit-t-il.

Mais la Direction générale de l'aviation civile, qui n'accorde les autorisations de vol qu'au compte-gouttes, et les pouvoirs publics ne montrent à ce jour qu'un intérêt limité pour Vatry. " Sous la pression des lobbies aériens ", assure Pierre Feuillastre. Qui compte pourtant sur la fibre décentralisatrice du gouvernement Raffarin pour inverser la tendance.

Maxime Blondet. France-Soir, vendredi 26 juillet 2002.