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Une science cran pour une impasse politique ?
rtrospective de la recherche sur la gne due au bruit des avions et sur ses indicateurs
version Mai 2001
Bernard Barraqu
LATTS-ENPC
A la demande du Conseil National du Bruit, une grande enqute de gne sonore a t conduite en 1998-1999 autour de Roissy-CdG et dĠOrly. Elle a cot fort cher, mais ses rsultats semblent dcevants pour la communaut de politique du bruit des aronefs. En tant que membre du comit scientifique de suivi de cette enqute, jĠavais exprim le souhait quĠon prenne du temps pour dfinir une dmarche nouvelle, car dj, de nombreux collgues sociologues et psycho-sociologues avaient exprim des doutes sur lĠapproche par sondages qui avait t retenue plusieurs reprises par le pass. Le relatif chec de lĠenqute confie au Laboratoire Energie nuisances de lĠINRETS, et en son sein Michel Vallet, me conduisent ici proposer une analyse de comment on en est arriv l. Il ne sĠagit pas de retracer lĠhistoire de lĠensemble de la recherche sur le bruit, des travaux ayant dj t raliss ce sujet (Lvy-Leboyer, 1988 ; Augoyard, 2000). On a cependant d remettre la connaissance de la gne due au bruit des aronefs et des aroports en contexte plus large.
Etant donn que les lignes qui suivent prsentent lĠhistoire de la connaissance des effets du bruit au voisinage des aroports sous un angle diffrent de ce qui est fait dĠhabitude, il convient en premier lieu dĠavertir le lecteur quĠil ne sĠagit pas ici de remettre en cause ni des scientifiques, ni des administrateurs, ni des lus titre personnel, mais de montrer comment lĠimpossibilit actuelle dĠapaiser le conflit entre aroports et riverains sĠenracine en fait dans une certaine articulation entre dmarche technico-scientifique et dcision publique ; en sĠtayant rciproquement, ces deux dimensions de la politique, celle qui a trait la connaissance et celle qui a trait lĠaction, ont produit une sorte de rfrentiel quĠil convient de discuter pour pouvoir sortir du blocage. La rticence de la communaut de politique de lutte contre le bruit devant le genre dĠapproches dont ressortit lĠanalyse ci-dessous a t exprime maintes reprises, au point de provoquer le dcouragement de nombre de chercheurs en sciences sociales au fil des trente dernires annes ; elle sĠexplique en partie par lĠenjeu qui sĠalourdit progressivement, puisque la dmarche prconise, au lieu dĠapaiser les conflits, semble aggraver les frustrations : ainsi, priodiquement, lĠaugmentation du trafic et la cration de nouvelles trajectoires dĠapproche relance la colre des riverains, qui sont alors en quelque sorte obligs de prouver que le bruit a des effets sur leur sant physique et mentale ; et comme cela reste difficile, voire impossible, ils nĠarrivent pas se faire entendre avant quĠune nouvelle routine des mouvements dĠavion ne se soit installe, et que leur militance ne soit dcourage. En dfinitive pratiquement rien nĠest fait pour eux, part lĠinsonorisation des logements. Mais celle-ci se fait trs lentement, parce quĠon multiplie les rgles restrictives (antriorit, prise en charge partielle du cot, difficult boucler les dossiers sur une base individuelle pour beaucoup). Et cette aide ne rgle pas la dimension collective de la gne et lĠimpact sur les espaces publics extrieurs.
La frustration est partage par dĠautres acteurs que les victimes elles-mmes : par exemple, la commission du Conseil National du Bruit (CNB) runie la demande de la Ministre pour donner un avis sur le projet de Directive europenne sur le bruit en prparation au printemps 2000, a mis des rserves expresses sur la logique sanitaire, et mme co-toxicologique quĠon souhaitait y dployer pour quantifier la gne ; or, on lui prsentait la version 28 du projet, et il tait en fait trop tard pour changer le projet autrement quĠ la marge ; et cela dĠautant plus que les meilleurs experts franais de la gne due au bruit des transports faisaient partie du groupe de prparation de la Directive Bruxelles. En fait, tout tait jou dĠavance, car la Commission europenne avait pens quĠelle ne pouvait mettre cette nouvelle Directive sur lĠagenda politique sans partir de la problmatique de la sant publique o elle a une comptence pour intervenir ; surtout si elle peut y ajouter la sacro-sainte question de la distorsion de concurrence pour lĠindustrie du fait de politiques dĠenvironnement trop diffrentes. Sans ces deux lments, les pays membres auraient pu rejeter le principe dĠune Directive sur le bruit au nom de la subsidiarit. Comme dans dĠautres champs de lĠenvironnement, on se retrouve alors dans lĠidologie sanitaire, mais aussi consumriste et librale qui fonde la construction europenne , et donc celui qui dclare que le bruit des transports nĠest pas une affaire de sant publique, mais dĠurbanisme, appelant des solutions ngocies plus communautaires que consumristes, sera probablement considr comme un blasphmateur, malgr les preuves quĠil peut apporter de ce quĠil dit. Par exemple, les spcialistes du bruit ont consacr un atelier du colloque international de Nice, Internoise 2000, la confrontation des tudes dĠeffets du bruit du trafic routier ou arien sur la sant physique et mentale, qui conclut des rsultats trs mdiocres et peu significatifs (Stansfeld, 2000) ; pourtant, ils prsentent le bruit comme une affaire de sant la communaut de politique du bruit (colloque du CNB Le bruit en Europe, dcembre 2000) ; communaut qui lĠaccepte sans broncher puisque cela donne de lĠimportance une question environnementale qui reste traite de faon mineure par tous les pays, alors mme que le bruit des transports apparat dans tous les sondages comme un lment central de la dgradation de la qualit de la vie. Mais, Ò jouer Ó ainsi le registre de la sant (mme en disant avec lĠOMS que cĠest au sens le plus large), ne risque-t-on pas de payer un succs court terme par une dfaite long terme ?
A force de constater que ses interlocuteurs sont fortement choqus quand il leur dit que les effets du bruit sur la sant ne sont pas vidents , le chercheur doit essayer dĠexpliquer comment sĠest impose une conception sanitaire et psycho-acoustique et pourquoi elle semble jouer un rle si important. Entendons-nous bien : cĠest prcisment parce que nous pensons, comme les autres membres de la communaut de politique du bruit, que le bruit des avions est une source de gne importante et que la politique mene son endroit jusquĠici nĠtait pas bonne , que la discussion doit tre conduite de faon la plus ouverte en sĠappuyant sur une analyse de la gense et du dveloppement des points de vue en prsence.
Une origine amricaine dans un contexte de progrs conomique
Ce sont les Amricains qui se sont intresss les premiers au bruit des avions, dĠabord du fait de lĠantriorit dĠun trafic propuls par des moteurs raction, et aussi parce que leur aviation militaire tait puissante et active (donc trs bruyante pour les riverains des bases). Or, lors de la deuxime Guerre mondiale, la lutte contre les maladies tropicales des soldats engags dans la guerre du Pacifique avait conduit lĠmergence du gnie de lĠenvironnement partir et en prolongement du gnie sanitaire (AEEP, 1990), avec en particulier un dveloppement sans prcdent de lĠpidmiologie. A lĠarme comme dans les grandes entreprises, les conceptions tayloriennes triomphantes conduisaient mobiliser des mdecins, des psychologues et des psychosociologues dans des dmarches ergonomiques et de sant au travail. En particulier, le bruit tait connu pour provoquer des surdits professionnelles en cas dĠexposition continue des bruits levs. Il nĠest donc pas surprenant que, confronts aux premires rcriminations des riverains des arodromes militaires et civils, les responsables se soient naturellement tourns vers lĠexpertise pidmiologique et mdico-acoustique qui offrait la promesse dĠune rponse en termes de dose et dĠeffet. On sĠest donc dĠemble tourn vers des enqutes au voisinage des aroports qui Ò objectiveraient Ó la gne en fonction des dcibels reus ; mais, comme on ne pouvait pas soumettre les riverains une expertise mdicale sans leur (improbable) accord, on les a interviews sur la gne en pensant quĠon pourrait corrler celle-ci des effets sur la sant. Or, ds quĠon sĠloignait un peu des abords immdiats des pistes, il devenait plus difficile, voire impossible de trouver des effets et des corrlations. On pouvait alors en dduire que le bruit nĠtait pas trs gnant, et que les riverains sĠaccoutumeraient. Mais les conflits au voisinage des aroports se sont multiplis, et prolongs (cf Nelkin, 19--). Aux Etats-Unis comme en Europe, ils sont priodiquement relancs lĠoccasion dĠagrandissements ou de modifications de trajectoires dĠapproches. CĠest le projet dĠagrandissement de lĠaroport de Schiphol qui a conduit le parlementaire europen De Roo (Verts, NL) se battre pour faire passer la Directive adopte en 2001.
A lĠpoque, cependant, on pouvait penser que lĠaffinement des enqutes permettrait de fournir une expertise plus indiscutable, et, tant donn la domination intellectuelle amricaine dans le champ de lĠenvironnement, cette dmarche psycho-acoustique et sanitaire a t importe en France au milieu des annes 1960. En particulier, un professeur dĠanthropologie applique la facult de Mdecine, Axel Coblentz, qui faisait pour des socits dĠaviation des travaux ergonomiques, fut sollicit sur la question du bruit au voisinage alors quĠil conduisait une tude ergonomique de lĠarogare dĠOrly (Laboratoire dĠAnthropologie Applique, avec mademoiselle Xydias). Il impliqua dans cette affaire un doctorant de son collgue le professeur Raveau (futur premier prsident du Comit de Recherches sur le Bruit), Ariel Alexandre, qui avait lĠavantage de parler couramment anglais, et qui pouvait ainsi importer les connaissances et le savoir faire des Etats-Unis. A. Alexandre se souvient quĠ la fin de 1964 ou au dbut de 1965, le Centre Scientifique et Technique du Btiment avait command une grande enqute sur la gne due au bruit dans plusieurs villes, qui permettait notamment de tester la validit en France des tudes anglaises et amricaines ralises ds 1961 sur le bruit des avions. Recourant la mthode psycho-behavioriste anglo-saxonne, lĠquipe rendit un rapport en 1965 qui fut transmis lĠAviation Civile. Ds ce moment, on pouvait constater une grande dispersion des rsultats, ce qui permettait aux uns de dire quĠil fallait compltement isoler les logements sur le plan acoustique (le bruit est un ennemi liminer, position dfendue par certains au CSTB) ; et aux autres, de conclure quĠil nĠtait pas ncessaire de faire quelque chose pour les riverains, puisque seulement une minorit dĠentre eux tait gravement gne. LĠAviation Civile aurait plutt adopt ce point de vue, alors que cependant les procs avec les riverains avaient dj commenc (Nice, 1960, Orly, dbut 1967). Souvent en France, les institutions para-tatiques ne veulent plus rien ngocier en attendant le verdict des juges. Mais, comme dans les pays anglo-saxons, lĠide fut retenue dĠlaborer un indice synthtique reprsentant la gne, ce qui impliquait de conduire une enqute spcifique sur le bruit.
Cependant, A. Alexandre, convaincu que le bruit tait une affaire grave, mais que le professeur Coblentz tait trop proche dĠun lobby arien qui voulait seulement btir un argumentaire face aux riverains , partit lĠOCDE en janvier 1968, o il a fait ensuite toute sa carrire sur les problmes dĠenvironnement urbain. On lui doit dĠavoir anim de nombreux travaux comparatifs sur les politiques de bruit des pays membres (dont le dernier a amen, en 1985, lĠauteur de ces lignes retravailler sur le bruit). Il a dvelopp ses changes avec les Amricains, en particulier Monsieur Schultz qui a ralis une impressionnante synthse dans un cabinet de conseil en acoustique. Mme encore aujourdĠhui, il reste du quĠon nĠait pas fait de vrais travaux comparatifs sur les indices des diffrents pays et leur cadre de validit.
Au LAA, Alexandre fut remplac par ... Manuel Periaez, qui est aussi connu dans le monde du bruit. Espagnol dĠorigine, form lĠarchitecture aux Pays-Bas, ce chercheur est assez reprsentatif des Ò drives Ó qui se sont produites chez les consultants en amnagement en direction des sciences sociales la fin des annes 1960 et dans les annes 1970. Tout en participant lĠenqute conduite autour dĠOrly et Toulouse en 1969-1970, Il poursuivait une formation en psycho-sociologie, puis en psychanalyse, qui allaient le conduire sĠintgrer une quipe reconnue de la Ò recherche urbaine Ó, la CEP, dirige par Guy et Jacqueline Palmade et Franoise Lugassy. Il se souvient de sa surprise, lors de cette premire enqute de bruit autour des aroports, de ne pas constater dĠeffets sur la sant ni de surconsommation mdicale, ce qui est confirm par un autre enquteur de cette poque, Grard Ignazi, aujourdĠhui professeur Cergy-Pontoise. Plus fondamentalement, il fait partie de ceux qui pensent que si la gne et le bruit mesur corrlent plutt mal, cĠest parce que les enqutes devraient tenir compte du contexte de la vie personnelle et collective dans lequel se trouvent les riverains de la source de nuisance. Rebondissant sur la relative faiblesse des rsultats des enqutes psycho-acoustiques qui traitent plus ou moins les individus comme des Ò botes noires Ó recevant des stimuli extrieurs et y ragissant, il a profit des conditions exceptionnelles dĠenqute qui taient donnes la CEP, et surtout cette mme quipe une fois quĠelle a t intgre au CSTB en 1977 en tant que service des sciences humaines, pour conduire une recherche sur la signification des bruits dans le logement ; il a propos et test la notion de Ò paysage sonore interne Ó, forg dans la prime enfance, et par rapport laquelle le sujet valuerait les sons de son environnement. Ses ractions seraient donc largement inconscientes, et donc impossibles saisir dans des enqutes de type sondage. Il est clair que cette approche tait particulirement adapte pour tudier le bruit dans le logement, cause des relations de voisinage (qui restent souvent dans lĠordre du non-dit, de lĠimplicite, et donnent donc lieu des projections parfois trs irrationnelles). Mais elle conduisait dplacer la question et sĠintresser lĠhistoire psycho-sociologique des sujets davantage quĠ la question des normes acoustiques du logement. Les rapports et compte rendus de recherche soulevrent dĠailleurs un toll chez les acousticiens, qui nĠacceptaient pas que la gne soit explique autrement que par lĠintensit sonore mesure en dcibels. Ce genre de recherches tait reprsentatif de lĠaffrontement intellectuel des annes 1965-1975 entre lĠadministration de lĠEquipement et les chercheurs en sociologie et psycho-sociologie urbaine. En effet, en ce qui concerne les grandes sources de bruit Ò anonyme Ó comme le trafic routier et arien, cette approche centre sur lĠhabiter des sujets et non sur leur habitat pouvait paratre assez choquante, en donnant penser ceux qui ne voudraient pas entendre la problmatique, quĠil suffirait que les sujets Ò aillent bien Ó pour que le bruit ne soit plus un problme.
En tout cas, selon les approches, les mthodes et les budgets de recherches ne sont videmment pas les mmes. Par exemple, quelle place donner la mesure fine du bruit reu ? Alors que certains veulent se contenter de mesures moyennes sur la dure, Ariel Alexandre pense toujours quĠon doit affiner la mtrologie du bruit au point de doter les enquts de sonomtres miniaturiss et portables (comme des dosimtres) afin de mesurer le bruit subi rellement dans la varit des situations de la vie quotidienne : on pourrait ainsi prouver quĠil y a bien un effet. Il voyait donc, et voit toujours, les approches psycho-sociologiques de toutes tendances (behavioristes, cognitivistes et socio-psy) comme autant de faons de Ò noyer le poisson Ó, approches alibi conduisant mousser la volont publique de rduire la nuisance (ce qui coterait cher lĠEtat). Inversement, on pouvait imaginer une rptition dĠenqutes psycho-acoustiques classiques permettant de montrer le caractre rel mais limit des phnomnes de gne, et de les objectiver dans des zonages autour des sources de bruit o on insonoriserait les logements : au del dĠun certain seuil, la majorit des riverains est gne ou trs gne, et donc l on agit. CĠest ce qui a t fait, du moins jusqu' la mise au point dĠun indicateur synthtique de gne li aux mouvements dĠavions, ce qui permettrait dĠviter de refaire chaque fois des enqutes. CĠest ainsi quĠen 1995, quand on a dcid dĠagrandir Roissy CdG, il nĠy avait plus eu dĠenqute de gne depuis 20 ans sur le site du premier aroport franais.
Les autres approches, de psychosociologie cognitive, de socio-psychanalyse, ou de sociologie applique, visant la rationalit plus globale des sujets, ou leur irrationalit, ou encore des logiques sociales, sont conduites rinsrer la question du bruit du trafic dans lĠensemble de la vie quotidienne, ainsi que dans la mise en Ïuvre des politiques publiques territoriales. Les connaissances quĠelles apportent peuvent donc tre particulirement utiles dans une approche dĠurbanisme ou dĠamnagement qui traite le bruit sans le sparer du reste. Ainsi, par exemple, ce dont on a besoin dans les logements dĠune certaine taille, ce nĠest pas dĠune isolation acoustique uniforme, mais dĠune ou deux pices o on peut sĠisoler dans un grand silence, ou inversement faire du bruit sans gner, selon les moments. Du fait de lĠanciennet des Ò quartiers de cheminots Ó, le bruit ferroviaire a longtemps t mieux accept que le bruit routier. Certains de nos collgues travaillent sur les ambiances sonores qui Ò signent Ó la vie quotidienne de certains quartiers, et qui sont intgres par les habitants. Et si on arrive tablir une certaine communication entre les gestionnaires dĠune grande source de bruit et ses riverains, on doit pouvoir trouver des solutions bien plus intressantes par un amnagement appropri de lĠespace et du temps. Bien sr, on nĠest pas dans la mme situation que dans les conflits de bruit de voisinage qui ont souvent, en fait, dĠautres origines que le bruit, et qui peuvent recevoir des solutions dans un autre champ. Mais on peut nanmoins penser que si lĠadministration de lĠAviation Civile campait moins sur le terrain de lĠintrt gnral quĠelle reprsenterait, des solutions bases sur le ramnagement rciproque des trajectoires et des abords seraient davantage possibles.
Mais il faut bien admettre que dans le contexte de lĠpoque, lĠadministration dans son ensemble nĠtait gure prte se lancer dans des expriences de participation du public. En particulier en ce qui concerne les aroports, elle prfrait se cantonner la logique de lĠintrt gnral et une approche Ò automatique Ó, dĠune part des zonages o le droit de construire serait limit, et dĠautre part de lĠaide aux riverains bnficiant de lĠantriorit (le terme de compensation tait mme interdit dĠemploi). LĠAviation Civile a donc utilis les enqutes alors sa disposition pour fabriquer un indicateur synthtique de la gne : cĠest lĠindice psophique, qui cumule les bruits de crte des avions (rpartis en catgories) dans lĠanne, rajoute dix dcibels pour ceux qui sont passs la nuit, puis tablit la pression acoustique en fonction de la distance en trois dimensions par rapport la trajectoire dĠapproche ou de dcollage. Cela permet dĠtablir des courbes Ò isopsophiques Ó o lĠintensit acoustique reue est identique ; puis, en fonction dĠune part du trafic prvu lĠhorizon du plan dĠurbanisme, et dĠautre part de la corrlation avec la gne tablie par les enqutes, de fixer les seuils des diverses zones de limitation des droits de construire (trois zones avec de plus en plus de contraintes quand on sĠapproche des pistes).
Sans entrer ici dans le dtail, on peut dire que lĠindicateur nĠest pas intrinsquement mauvais, mais que les pondrations et paramtres adopts en France taient diffrentes de ceux adopts dans les autres grands pays, et quĠau grand regret dĠA. Alexandre, il nĠy a jamais eu de confrontation entre les indicateurs. Plus gnralement, lĠAviation civile nĠa jamais vraiment souhait quĠon diffuse les enqutes et les choix dĠindicateurs. Le secrtaire du Comit Bruit de lĠpoque, Jean Claude Oppeneau, se souvient quĠil avait fallu faire appel lĠUTAC pour obtenir des mesures de bruit autour dĠOrly, car Aroport de Paris refusait de cooprer avec le comit. DĠemble cependant, les riverains organiss ont critiqu lĠindice psophique : dĠune part, il ne pouvait pas tenir compte des situations relles, o les avions sont plus anciens et plus bruyants que ce qui tait prvu, ou sĠcartent en fait des trajectoires thoriques, ou sont en situation de drogation par rapport au couvre-feu, etc. Plus on sĠloigne des pistes, et plus il y aura de diffrence entre le calcul et la mesure sur le terrain ; dĠautre part, les riverains reprochaient au lobby arien dĠavoir tabli des zones de gne trop petites, pour viter dĠavoir, symtriquement, insonoriser beaucoup de leurs logements, et pour se concilier les bonnes grces des lus locaux qui ne voulaient pas voir leurs communes Ò condamnes la fermeture Ó. En dfinitive, juste derrire la limite de la zone C, les enqutes passes montraient quĠil y avait encore une majorit de gens qui se dclaraient Ò gns ou trs gns Ó. Entre 1971 et 1981, date de lĠarrive de la Gauche au pouvoir, il sĠest alors dvelopp une situation dĠincomprhension et de dfiance rciproque lie la non transparence et au refus de dialoguer avec les diverses parties en prsence.
Pendant 25 ans, jusqu' lĠexplosion de colre des riverains face lĠagrandissement de Roissy CdG, lĠAviation Civile sĠest contente de son indicateur, alors mme que celui-ci cristallisait en partie la mfiance des riverains, et elle est reste hors des rflexions sur la mtrologie du bruit et de la gne . Or, en France, comme partout dĠailleurs, on cherchait amliorer la mesure du bruit, en particulier pour le bruit des transports terrestres. On voulait commencer les tudes qui permettraient de valider, pour les transports terrestres, un autre indicateur que celui du bruit arien, le Leq, ou niveau mdian pondr par la variabilit dans le temps. Cet indicateur existait depuis 1972, mais il fallait le mesurer, et le corrler avec la gne. Il tait logique que des recherches acoustiques se dveloppent dans les ministres techniques, car le thme correspondait davantage aux connaissances et aux capacits des ingnieurs. CĠest ce moment quĠa t cr le ministre de lĠEnvironnement, et, en son sein, le service des problmes du bruit, ainsi que le premier comit de recherches. Mais on va voir que le champ couvert ne concernait quĠune partie assez faible des sciences de lĠhomme et de la socit.
La gne due au bruit au Ministre de lĠEnvironnement
Si lĠon revient un peu en arrire, le bruit est en bonne place dans le programme dit des Cent mesures du Premier Ministre Jacques Chaban-Delmas (1970), avec la mesure nĦ8 visant faire voter une loi-cadre sur le bruit. Cette ide aura constitu un vritable serpent de mer pendant plus de 20 ans, jusqu' ce que la loi Royal soit mise en chantier par Brice Lalonde fin 1990. Pourtant, le Ministre sĠest occup du bruit ds sa cration, et le rapport dĠactivit de 1971 indique que des groupes de travail ont t constitus pour prparer la loi. LĠanne suivante est publi un rapport dĠactivit du Conseil de la Recherche Scientifique sur lĠEnvironnement, qui comporte une section sur le bruit. Le comit scientifique Bruit et Vibrations est cr le 30 mai 1972 ; prsid par le professeur Raveau, il lance une double concertation, dans le cadre du Ò Plan de la Recherche Ó (VIme Plan) avec le ministre de lĠEquipement (sur les transports terrestres dĠune part, sur le bruit dans le logement avec le Plan Construction dĠautre part) pour y stimuler des recherches et des approches innovantes (le bruit des aronefs nĠest pas mentionn) ; par ailleurs, le Comit prpare ses propres appels dĠoffres sur un ensemble de sujets discuts lĠoccasion dĠun premier colloque Aix-en Provence (16-21 oct. 1972) : bruit et sommeil, cot social du bruit, bruit urbain, et surtout, mtrologie. Le budget prvu est consquent, avec 2 MF dĠAP pour 1973 !
Le Comit tait compos dĠune part de reprsentants de lĠadministration et des tablissements publics de recherche, en particulier Messieurs Josse du CSTB et Lamure de lĠIRT, dĠautre part dĠuniversitaires majoritairement situs dans lĠacoustique, la psychologie et la psycho-sociologie comportementaliste (Raveau, Mme Levy Leboyer, Dr Muset) ou la mdecine (Dr Leroy), et enfin de spcialistes du bruit de quelques bureaux dĠtude (Bertin, BETURE, CEBTP). Ariel Alexandre et Jean Philippe Barde de lĠOCDE taient membres galement, car ils venaient de publier le premier ouvrage de synthse sur le bruit chez Flammarion. Le premier appel dĠoffres tait sur la Ò gne due au bruit Ó, et le rapport dĠactivits de 1973 mentionne que la comprhension dĠensemble du phnomne serait facilite par la confrontation de spcialistes divers : Ò neuro-physiologistes, bio-physiciens, acousticiens, conomistes et spcialistes du btiment Ó. Cette liste donne lĠimpression quĠon voulait dvelopper une approche de science exprimentale. Le Comit Bruit et Vibrations finana par exemple des recherches en laboratoire sur les effets du bruit sur le sommeil. LĠune dĠentre elles a t conduite Roissy par un professeur de Lyon, mais nous nĠen avons pas retrouv la trace. En revanche les approches psycho-sociologiques et sociologiques semblent ne pas avoir eu de place importante. DĠailleurs, en 1974 ou 1975, un projet prpar par un bureau dĠtudes et le professeur Raymond Ledrut, lĠun des chefs de file de la sociologie de la ville, fut rejet alors quĠil proposait une dmarche nouvelle : suivre un chantillon reprsentatif de population dans sa vie quotidienne pour replacer la gne due au bruit vcue au domicile dans lĠensemble des conditions de vie . Comme on lĠa dj crit dans un rapport de conjoncture du CNRS sur lĠenvironnement et les sciences de lĠhomme et de la socit, il y avait donc une certaine distance entre le Conseil de la recherche scientifique sur lĠEnvironnement et la sociologie urbaine ; le premier, cr par Serge Antoine, haut fonctionnaire (narque) qui a fait natre lĠadministration de lĠenvironnement, comptait essentiellement des ingnieurs et tait logiquement tourn vers des approches technologiques ; la seconde avait sa place auprs du ministre de lĠEquipement, o nombre de responsables taient dj en quelque sorte vaccins contre la croyance en des solutions techniques des Ò problmes sociaux objectivables Ó.Un lieu de mdiation essentiel existait entre lĠadministration et les chercheurs, avec la Mission de la Recherche Urbaine (MRU). Suivant lĠexemple, lĠEnvironnement devait crer en 1976 un comit scientifique spar pour les sociologues (Comit Espace et cadre de vie). En 1978, la cration du grand ministre commun (Environnement et Cadre de Vie) devait conduire confier ce comit Andr Bruston qui tait dj chef de la MRU. Mais le comit nĠa pas survcu lĠarrive de la Gauche au pouvoir, pour diverses raisons : sparation de lĠEnvironnement et de lĠEquipement, cration dĠun grand ministre ayant vocation couvrir lĠensemble de la recherche, etc. DĠailleurs, A. Bruston qui tait rentr au comit Bruit en 1979, partait ce nouveau ministre. De toutes faons, le bruit nĠintressait pas beaucoup les sociologues, et part quelques travaux, en particulier ceux de Jean Franois Augoyard Grenoble, le bruit est rest une question mineure pour leur discipline. Alexandre Nicolon tait lĠpoque DR CNRS au CIRED, un laboratoire dĠconomie de lĠenvironnement fond par Ignacy Sachs. Il avoue aujourdĠhui nĠavoir pas pens lĠpoque demander des crdits de recherche au Comit ni dĠautres financeurs, alors mme quĠil animait la lutte de la fdration des associations de riverains Roissy (lĠURANA) contre Aroports de Paris. Certains y verront un souci dontologique, dĠautres le signe dĠune auto-censure. De toutes faons, lĠostracisme nĠtait-il pas rciproque ? le monde des ingnieurs et des acousticiens tait fondamentalement hostile aux approches de sciences sociales, sauf ventuellement la psychologie exprimentale. Et des conflits de problmatique et de mthode existaient aussi au sein des sciences sociales. Bien des annes plus tard, crivant un bilan des recherches sur la gne due au bruit, Claude Lvy-Leboyer, une psychologue qui justement avait longtemps reprsent les sciences de lĠhomme dans le comit Bruit et Vibrations, analyse une priode commenant en 1976 : cĠest dire juste aprs que les travaux de la CEP de Guy et Jacqueline Palmade (future quipe de sciences humaines du CSTB) aient t conduits, et elle nĠen fait pas mention (Lvy-Leboyer, 1988). Il est vrai que lĠquipe sciences humaines du CSTB avait fini par se rorganiser entirement, et que les chercheurs qui sĠtaient intresss lĠespace sonore taient partis. Jean Franois Augoyard estime de son ct avoir souffert de lĠhostilit des psychologues du comit, et avoir mis dix ans pour faire accepter lĠide dĠune tude des paysages sonores, des contextes socio-culturels du bruit, des pratiques sonores dans lĠhabitat, etc. Grenoblois comme Andr Bruston et nombre de chercheurs de ce quĠon a appel la recherche urbaine (une approche interdisciplinaire soutenue lĠpoque par la DGRST et lĠaile dynamique du ministre de lĠEquipement), Augoyard avait fait une thse de micro-sociologie sur les cheminements urbains, et ds 1976, il dcidait de dvelopper des recherches sur les pratiques sonores dans lĠhabitat. Dans la configuration spcifique de la recherche urbaine et environnementale lors du ministre commun Environnement-Equipement, il obtint des financements sur les pratiques dĠhabiter travers les phnomnes sonores, et put progressivement constituer une quipe de recherches lĠcole dĠArchitecture de Grenoble, qui devint une des principales nouvelles quipes associes au CNRS ds que fut cre la section Architecture Urbanisme et Socits (aussi appele interdisciplinaire) en 1984. Section qui a aussi embauch lĠauteur de ces lignes et associ son laboratoire, le LATTS. A force de patience et de travail, J.F. Augoyard et le CRESSON ont russi imposer leur dmarche et leur prsence au comit Bruit (cf infra).
Mais revenons en 1973. Pour valuer le cot social du bruit, autre priorit, le Comit Bruit et Vibrations jugeait ncessaire de partir des problmes de sant, et donc de conduire dĠabord une tude pidmiologique : lĠouverture de lĠaroport de Roissy offrait un site idal, puisquĠon pouvait conduire une tude avant-aprs. Un march de gr gr fut pass lĠIFOP, et une enqute trs consquente fut conduite. Il est particulirement important dĠen rappeler les rsultats. Mais cĠest facile, grce la prsentation qui en a t faite par son responsable, Jacques Franois (1976) .
LĠenqute Ò bruit au voisinage des aroports Ó de 1974-75
En utilisant la technique des interviews en tte--tte, lĠIFOP a dĠabord ralis un talonnage sur un chantillon national de 1000 personnes. Puis on a conduit une enqute sur 1000 personnes Orly, et enfin on a interview 500 riverains de Roissy avant lĠouverture de lĠaroport, puis un an plus tard (moins la moiti de ceux qui avaient dmnag dans lĠanne, et quĠon nĠa pas retrouv). Il sĠagissait de tenter de corrler lĠanxit et le Ò nvrotisme Ó personnel (ou au contraire lĠextraversion) la relation lĠenvironnement, et au bruit en particulier. En ce qui concerne dĠventuels effets sur la sant, lĠenqute a recouru une demande dĠauto-valuation sanitaire par les interviews plutt quĠ une expertise mdicale. Cela pouvait introduire un biais, mais, dĠaprs J. Franois, cĠtait plutt dans le sens dĠune surestimation de lĠimpact par rapport une tude Ò objective Ó. Or, lĠauteur indique clairement quĠil ne trouve pas de corrlation entre bruit et sant. A Roissy, la mise en service de lĠaroport nĠa pas entran une dtrioration de la sant physique ou mentale des riverains. A Orly, ce sont les personnes dj anxieuses et malades qui voient leurs problmes sĠaggraver cause du bruit. En revanche, contrairement aux ides reues (dans le lobby arien ?) il nĠy a pas dĠaccoutumance au bruit, au contraire. Plus les gens restent longtemps dans les zones de bruit, et plus ils souffrent de la nuisance. Et lĠauteur de conclure, par rapport des rsultats plutt modestes, mais finalement bien rassurants pour les vritables destinataires (lĠAviation civile) : Ò dans divers pays, on a men des tudes qualitatives dĠinspiration purement psychologique et des enqutes psychosociologiques. De telles dmarches semblent actuellement dans une impasse et lĠon peut penser que des recherches sur les effets du bruit ne pourront progresser de manire sensible que par un recours de plus en plus grand des approches pluridisciplinaires.
Ò La prsente tude marque une tape dans cette direction. CĠest, notre connaissance, la premire fois dans une tude sur le bruit ambiant que la technique des sondages dĠopinion, issue de la sociologie et de la psychosociologie, a pu tre associe une technique psychologique : les tests de personnalit. Mais lĠanalyse de la sant des populations tudies repose ici seulement sur les rponses un questionnaire de sant relativement simple, toutes les prcautions mthodologiques tant prises pour garantir la sincrit des rponses. Une telle approche tait justifie dans une recherche visant essentiellement dfricher un champ encore peu explor. Un pas dcisif sera franchi lorsque lĠon adjoindra aux techniques dj employes une approche purement biologique, mdicale, qui donnera une dimension pidmiologique aux tudes sur les nuisances. CĠest dans cette direction que, avec le soutien du Ministre de la Qualit de la Vie, nous envisageons de prolonger la prsente recherche Ó. De notre point de vue, cette fin de la conclusion est tout fait dcevante, car elle propose un prolongement dans la mauvaise direction, celle de la technicisation mdicale. Et pourtant, mme Orly dans les zones A,B et C o a eu lieu lĠenqute, Ò il semble bien que dans une population expose un bruit particulirement lev, se dveloppe un certain malaise sans consquence nette sur les facteurs profonds de la personnalit tudis, mais li une plus grande vulnrabilit la maladie Ó. Autrement dit, lĠauteur se demande en fait si ce ne sont pas tout bonnement les gens malades, qui ne sont gure statistiquement plus nombreux que dans une population de rfrence, qui souffrent davantage du bruit. Et on peut se alors demander sĠil sĠagit pour lĠexpert, comme souvent, de flatter son commanditaire, ou si cĠtait vraiment lĠambiance gnrale du moment. On penchera pour la deuxime solution, puisque lĠide dĠun effet du bruit sur la sant quĠil conviendrait de dmontrer est encore omniprsente.
De toutes faons, avec le recul du temps, on peut imaginer bien dĠautres prolongements cette enqute, en ragissant aux biais et aux manques quĠon y dcle, au del de sa qualit indiscutable. DĠabord, elle ne concerne Orly que des habitants situs dans les zones officielles de gne, A, B et C, ce qui revient implicitement lgitimer lĠindice psophique comme indicateur pertinent, et surtout ne pas questionner les niveaux adopts pour tracer les limites des zones. Certes, les zones retenues par cette mthode sont de toutes faons des zones de bruit fort, mais si lĠon suppose que la gne est aussi lie un sentiment de frustration de la part de riverains qui ne se sentiraient pas couts, peut-tre quĠon trouverait de lments intressants en interrogeant des riverains vivant au del de ces zones.
De manire lie cette observation sur Orly, on remarque, dĠailleurs avec lĠauteur lui-mme, que la gne due la mise en service de Roissy Ò a t infrieure ce que les riverains craignaient Ó, et en tout cas nettement infrieure la gne ressentie dans la zone C dĠOrly, la plus loin des pistes. CĠest, dit-il, parce que la mise en service a t plus lente que prvu, et donc que le trafic a t bien moindre. Or, il admet que les courbes isopsophiques nĠtaient pas encore tablies pour la priode, et donc il ne peut pas vraiment corrler un bruit correspondant la ralit, bien que calcul, et la gne. Ce qui conduit a contrario regretter que lĠon nĠait pas justement mesur lĠindice psophique sur le terrain lĠaide de sonomtres, l o rsidaient les interviews. Il peut en effet y avoir dĠimportantes diffrences de bruit quelques centaines de mtres de distance. Et de toutes faons, si lĠon veut savoir si cĠest le volume sonore reu au total dans la journe ou dans lĠanne, ou plutt la rptition de survols ventuellement peu bruyants individuellement, mais de plus en plus incessante, on ne coupe pas mesurer le bruit sur le terrain. Il aura fallu attendre 1997 pour que soit mise en place un rseau permanent de mesure du bruit sur le terrain (Sonat), rendant possible la liaison bruit rel au sol et gne ; et il aura fallu aussi lĠinsistance du Conseil National du Bruit pour quĠune enqute nouvelle soit faite en profitant du systme Sonat, et en le compltant par dĠautres points.
En dĠautres termes, partir du moment o le bruit subi par les riverains nĠest pas connu avec prcision, mais dtermin par un logiciel de calcul, il est possible que lĠabsence de corrlation avec la gne (surtout si elle est quantifie en termes de sant publique), provienne dĠun biais dĠenqute. Nous ne le croyons pas, mais lĠpoque les partisans de la mdicalisation de la gne pouvaient alors garder leurs croyances.
Mais la principale critique faire lĠenqute est sa faiblesse sur le plan sociologique. En effet, lĠauteur nous explique que Ò les personnes les plus sensibles au bruit auraient tendance quitter la zone expose. Les personnes les plus inquites dmnageraient avant mme lĠouverture de lĠaroport ; dĠautres le feraient ds que possible aprs avoir constat lĠintensit du bruit Ó. Mais comme il nĠa pas conduit une enqute vritable sur les mouvements migratoires et leurs raisons, il ne peut gure constater, que, malgr un rythme de dmnagement environ deux fois plus lev que Ò la moyenne nationale Ó, la population de sĠest pas modifie sur le plan psychologique interne. Dj, il aurait fallu comparer aux mouvements migratoires en rgion parisienne et non pas au niveau national. Ensuite, J. Franois constate que ceux qui ont vraiment dmnag ne reprsentent que 12% contre 55% qui lĠenvisageaient avant lĠouverture de Roissy. On peut en dduire soit que la gne a t finalement plus acceptable, ce que fait lĠauteur, ou au contraire que les gens nĠont pas pu dmnager parce quĠils nĠen avaient pas les moyens ; ou encore que lĠacte de dmnager est li des vnements plus importants que le bruit : changement de travail, de statut familial, accession la proprit, etc. Or il ne peut pas le voir compltement, puisquĠil nĠinterroge que des riverains qui sont rests, et une partie de ceux qui ont dmnag et quĠon a retrouv. En grande majorit, ceux-l dĠailleurs nĠont pas dmnag vraiment cause du bruit de Roissy. Il nĠinterroge pas ceux qui sont arrivs. Il lui est alors impossible de tester un scnario pourtant vident : au fil du temps, les riverains les plus aiss sĠen vont parce que cela leur est plus facile. Ils sont remplacs par des gens qui doivent habiter l parce quĠils travaillent prs, ou qui veulent rester prs de parents, et qui peuvent le faire davantage quĠailleurs parce que loyers et prix lĠachat baissent. Et ils baissent dĠautant plus que les plus favoriss partent et que sĠaccrot lĠimage ngative et sinistre de la commune concerne. CĠest un scnario qui pourrait typiquement concerner des communes assez proches comme Gonesse ou Villeneuve Saint Georges, mais qui pourrait de surcrot rester masqu par lĠaugmentation gnrale de la population de lĠpoque, un phnomne de construction de banlieue commenc avant que les aroports fonctionnent plein rgime, mais que le bruit des avions aurait inflchi. Les urbanistes anglo-saxons qualifient ce type de processus de filtering down.
Il est vident alors que cĠest un tout autre type dĠenqute qui permettrait de savoir si les conditions mmes dĠvolution parallle des populations et activits riveraines, et des mouvements et trajectoires dĠavions, ne rentrent pas lourdement en jeu dans lĠapprciation de la gne, le fatalisme ou lĠauto-censure. Ce nĠest probablement pas par des sondages quĠon peut saisir une ralit aussi complexe. Et encore moins par des approches pidmiologiques. Il est alors ncessaire de remarquer quĠ cette poque, une autre partie du ministre de lĠEquipement, celle charge de lĠurbanisme, finanait la recherche en sociologie urbaine, et quĠil devenait vite vident que le discours administratif fondant lĠurbanisme et lĠamnagement du territoire sur une prtendue libert de choix de leur vie par les individus tait trs loin de la ralit. Mais cĠtait justement dans les Directions des Transports (routes, aviation civile) quĠil sĠtait dploy le plus, et jusque dans la modlisation (voir le modle de trafic urbain FABER et les critiques dont il a fait lĠobjet : Dupuy, 1978 ; GRETU, 1980 ; Barraqu, 1997).
On peut alors se demander si le fondement scientifique de lĠtude de la gne ne venait pas en fait sĠarticuler avec une certaine conception de la gestion urbaine, celle des annes 1970, o coexistaient le culte de la libert et de lĠirrationalit qui lĠaccompagne, et la rationalisation sociale de politiques de dveloppement conomique dj dcides. Ce qui conduisait ne pas vouloir faire les Ò bonnes enqutes Ó.
Pourtant, cette enqute sur Roissy reste assez unique. Comment alors ne pas sĠinterroger, sur le fait que vingt ans aprs, on nĠait mme pas pens accompagner le doublement des pistes de Roissy CdG dĠune enqute avant/aprs qui rebondisse sur les acquis et limites des travaux prcdents, en tout cas jusqu' ce que le CNB nĠexige que ce travail soit fait ? Et ensuite de quoi il a t fait dans lĠurgence, et donc dans de mauvaises conditions scientifiques. Nous reprendrons de point plus loin, mais il faut maintenant expliquer comment la recherche sur le bruit sĠest dveloppe, et pourquoi celui des aronefs a t laiss de ct.
Le dveloppement des recherches sur le bruit
Un certain nombre dĠinflexions se sont produites au fil du temps, notamment parce que la recherche se devait de rpondre lĠvolution de la demande de lĠadministration. Or, un Service des Problmes du Bruit avait t cr en 1973, et lĠintrt de certains de ses membres pour la recherche, en particulier Jean Claude Serrero, ont conduit des inflexions conjointes avec lĠlargissement des activits du service (devenu plus tard la Mission Bruit que nous connaissons aujourdĠhui). En afit tout avait commenc bien mal, avec la nomination suivie dĠune dmission clair dĠun Ò monsieur silence Ó, lĠingnieur des Mines Yves Martin, qui constatait que dans ce domaine les administrations techniques ne voulaient pas laisser lĠinitiative lĠEnvironnement. Son remplaant, M. Cazadjan, fut lui mme remplac par un ingnieur de lĠArmement, Monin. Celui-ci obtint de pouvoir dvelopper son service, en obtenant deux ingnieurs TPE et en recrutant en novembre 1975 J.C. Serrero, titulaire dĠun doctorat en holographie acoustique, dj expert auprs des tribunaux pour les conflits de bruits, et qui quittait son poste de matre-assistant au CNAM pour devenir contractuel du Ministre. Trs vite, Monin se fit reprsenter par Serrero au comit Bruit et Vibrations, ce qui permit ce dernier de connatre lĠquipe de Serge Antoine et plus tard de devenir son tour secrtaire du Comit.
Celui-ci poursuivait ses travaux dans le domaine de la mesure et de la prvision du bruit, car on voulait intgrer la dimension acoustique dans les tudes dĠimpact auxquelles taient soumises les nouvelles infrastructures routires. La loi-cadre sur la Protection de la Nature et de lĠEnvironnement, de 1976, considrait le bruit comme une nuisance grave, ce qui impliquait que la responsabilit de lĠadministration pouvait tre engage dans les conflits de bruit. Daniel Hasley se souvient que le dpartement acoustique dĠun des principaux bureaux dĠtudes dĠurbanisme, le BETURE, se trouva engag en 1977-1978 dans une comparaison de la prcision de 4 mthodes diffrentes de prvision du bruit routier en faade de logements . Il se souvient quĠ cette poque, Aroport de Paris faisait faire des tudes de faon spare, sans contact avec le Comit, et sans communiquer de rsultats.
De toutes faons, le service et la recherche sur le bruit allaient connatre une inflexion du fait des volutions administratives et de lĠchec de la loi sur le bruit. Mise en chantier ds le dbut, celle-ci nĠa pas pu aboutir dans les annes 1970. CĠest une des raisons de la dmission rapide dĠYves Martin. Mais un travail patient sĠtait poursuivi et le service avait un projet faire circuler en 1978. A ce moment, il a t regroup avec divers services du grand ministre de lĠEnvironnement et du Cadre de Vie (ministre Michel dĠOrnano) dans la nouvelle Dlgation la Qualit de la Vie, et devenait la mission Bruit ; son chef, Monin, tait remplac par un narque, Mouget, qui voulait dvelopper une dmarche contractuelle, conformment au nouvel intitul du service (mission). DĠailleurs, cĠest ce moment quĠa t cr le Centre dĠInformation et de Documentation sur le Bruit (CIDB), et quĠa t lance la dmarche des Ò villes pilotes contre le bruit Ó, une approche typiquement contractuelle (mais modeste comme les crdits du Ministre ...) qui a concern environ 25 villes entre 1978 et 1985.
Mais comme la loi en projet comprenait dĠimportantes modifications rglementaires, elle pouvait susciter lĠhostilit des grandes Directions du Ministre. Pierre Schmeltz, arriv sur lĠun des postes de TPE, et futur chef de la Mission pendant 15 ans, nĠa pas russi faire accepter une partie qui visait lĠacoustique des btiments anciens : le Snat de lĠpoque voulait limiter la rglementation aux btiments neufs. Mais surtout, le Secrtaire dĠEtat aux Transports, Jol Le Theule, suite au succs des communes riveraines contre les Compagnies ariennes en Cour de Cassation en 1974, voulait que lĠarticle de loi qui leur avait permis de gagner soit modifi, afin de Ò canaliser Ó tous les plaintes des riverains contre les seuls aroports et donc vers la voie administrative. Certains juristes proches du lobby arien, comme Franois Legrez (1980), leur apportaient lĠargument que cĠtait la seule voie raisonnable. Mais le monde des riverains, craignant que les tribunaux administratifs soient plus hostiles leur gard que les tribunaux civils, a russi mobiliser des snateurs et des prsidents de conseils gnraux pour bloquer cette partie de la loi, puis un nouveau projet de loi spcifique aux aroports en 1979 . La situation resta bloque jusqu' lĠarrive de la Gauche au pouvoir. Pour la mission Bruit en tout cas, il pouvait paratre attirant de se tourner davantage vers un champ jusque l peu couvert, le bruit de voisinage : cĠtait dans ce domaine que les plaintes de loin les plus nombreuses arrivaient tous les niveaux. Et le manque de crdits interdisait de rver une solution pour le bruit des infrastructures de transport, la mission Bruit tant de toutes faons marginale dans cette affaire.
En 1981, lĠarrive de la Gauche au pouvoir a correspondu une autre volution, avec une recomposition du comit. Le nouveau prsident tait Claude Lamure, ingnieur des Ponts et Chausses, qui dcida de relancer la recherche avec une programmation de 10 ans, en sĠappuyant sur les travaux du colloque de Compigne, dont le recul du temps a conserv la mmoire. Serge Antoine, ayant lui-mme t charg de rorganiser la recherche au Ministre, avait cr deux grands comits, lĠun sur les milieux physiques, et lĠautre sur les tablissements humains. Le comit Bruit se retrouvait dans celui-l, ce qui permettait une ouverture nouvelle vers les sciences sociales. Or, il nĠy avait pas davantage de sociologues dans le comit, et Alexandre avait dcid de le quitter. J.C. Serrero se souvient de son impression de renforcement du poids des administrateurs lĠpoque.
Trois appels dĠoffre ont t lancs : celui sur le bruit et la sant, confi un responsable de la recherche expriment du comit Antoine, le docteur Yana, a attir de nombreuses quipes. Mais celui sur la multi-exposition et les multi-nuisances semble avoir t un relatif chec, car les acousticiens nĠavaient pas trouv de partenaires en sociologie. Ce nĠest pas surprenant compte tenu de la dcennie de distance voque plus haut. Un troisime appel dĠoffres fut lanc sur le thme nergie et acoustique.
Au bout de trois ans, au colloque dĠAix les Bains (1984), on ne pouvait tirer quĠun bilan mitig. Lucien Chabason prenait la succession de Serge Antoine, qui partait la retraite, et nommait J.C. Serrero au poste de secrtaire du comit. Ensemble ils dcidaient de renouveler le tiers des membres environ tous les deux ou trois ans, et notamment, le prsident Lamure quitta le Comit et fut remplac par son collgue de lĠIRT (devenu INRETS) Michel Vallet, un ancien enseignant dĠducation physique devenu, force de travail, un spcialiste du bruit des avions et de ses effets, mais clairement situ dans la psycho-acoustique comportementaliste. Mais Madame Lvy Leboyer et Monsieur Muset partirent, ainsi que Pascal Bar, un ingnieur des Routes trs qualifi sur la mesure du bruit routier. Inversement Jean Franois Augoyard rentra. Le nouveau prsident, Jacques Delcambre, chef du service acoustique de lĠEDF, dcidait dĠarrter les recherches sur bruit et sant, puisque les rsultats nĠtaient toujours pas convaincants. En revanche, il tait suffisamment ouvert, malgr sa formation et son orientation personnelle de recherche, pour laisser se faire des recherches en sociologie, et sur la dimension qualitative du bruit. Par ailleurs, avec J.C. Serrero, il tablissait des rgles plus strictes pour la passation des contrats ; plus de gr gr, et plus de contrats passs aux membres du Comit sans valuation en leur absence. A la suite du colloque dĠAvignon en 1986, malgr lĠopposition des membres originaires des sciences de lĠingnieur, Augoyard fut rejoint par un gographe de lĠurbain, Antoine Haumont. Grce des spcialistes du bruit au travail (professeur Josserand de Toulouse, docteur Arbey de lĠINRS), la question des effets du bruit sur la sant fut roriente vers le bruit au travail, qui pouvait attirer acousticiens, mdecins, ergonomes et sociologues du travail. Un autre axe fut dvelopp sur un thme trs innovant, le contrle actif du bruit . Augoyard fut charg dĠanimer un axe de recherche sur le bruit de voisinage, qui sĠest ensuite dvelopp dans la direction de lĠtude des ambiances sonores : le bruit nĠest pas que gne, il est aussi lĠexpression de la vie, et la plupart des gens ont besoin de calme et de bruit selon les moments. Certains bruits peuvent faire partie du paysage dĠun quartier. Aprs discussions et rcritures, il russit lancer un appel dĠoffres, dont malheureusement peu de gens savent quĠil a conduit financer plusieurs recherches qui ouvraient de nombreuses perspectives nouvelles. Pascal Amphoux, collgue dĠAugoyard travaillant en Suisse, membre du comit, estime que cette priode a t trs intressante, et regrette quĠelle se soit termine trop vite. Enfin, un appel dĠoffres sur les aspects socio-conomiques du bruit, prpar par Jean-Philippe Barde de lĠOCDE, a constitu un chec, faute dĠavoir pu intresser assez dĠquipes candidates. Et madame Lvy Leboyer obtint un financement pour crire une synthse de douze ans de travaux sur la gne (1988).
Le CNB a t mis en place en 1984. LĠide tait de runir les administrations concernes, les associations de dfense, les lus de divers niveaux territoriaux, les professionnels de lĠacoustique, les reprsentants des sources de bruit, etc. Depuis le dbut il compte des personnalits qualifies, et en tout cas, il peut tre le lieu dĠexpression dĠune demande de recherches. Or, il ne semble pas y avoir eu dĠchanges et de discussions avec les comits Bruit. NĠest-ce pas un signe dĠune difficult dĠarticuler connaissance et dcision dĠune faon adapte lĠenvironnement ?
Deux prsidents ont succd J. Delcambre aprs sa dmission en 1988 : Perulli, un professeur dĠacoustique lĠUTC de Compigne, puis Henri Arbey, de lĠINRS, en 1990 au colloque de La Rochelle. Le Comit changea alors de nom pour sĠappeler Bruit Environnement, Socit et Territoire (BEST). Il lana deux programmes successifs sur le thme Gestion de lĠEnvironnement Urbain Sonore (GEUS). Le colloque suivant, tenu Strasbourg en 1994 sĠintitula mme Assises de lĠEnvironnement Sonore. Mais la dcision de crer lĠADEME et de lui confier la gestion de la redevance sur le bruit des avions, recre par la loi Royal, conduisit remettre indirectement en cause tout cet acquis : il fut dcid que la recherche sur le bruit serait conduite lĠADEME, Nice, o pourtant il nĠy avait gure de comptences ce moment, surtout en sciences sociales. Paradoxalement, cĠest donc au moment o une nouvelle approche plus ouverte aux sciences sociales avait russi sĠimposer que le dispositif tait repli sur le monde des ingnieurs et de lĠacoustique ; et, si au milieu des annes 1990, J.C. Serrero put obtenir des crdits spcifiques pour la recherche sur le bruit au sein du grand appel dĠoffres Transports (PREDIT), Pascal Amphoux estime devoir regretter le comit BEST. Et puis, le PREDIT tait tourn essentiellement vers les transports terrestres, pas vers le trafic arien.
En dfinitive, au moment o lĠagrandissement de Roissy CdG faisait ressurgir la question de la gne due aux aroports, le monde scientifique tait assez dmuni pour rpondre aux questions poses par les riverains et les administrations. CĠest donc dans dĠassez mauvaises conditions quĠon dut faire la grande enqute de 1998-1999.
LĠenqute sur le bruit au voisinage des aroports de 1998-1999
Face la colre des riverains, qui a entran lĠchec de la plupart des dputs de droite au profit de la Gauche plurielle lors des lections conscutives la dissolution de lĠassemble de 1997, le nouveau gouvernement a voulu leur donner des gages. Or en ralit, le dcret dĠextension de lĠaroport avait dj t pris, et dĠailleurs le dveloppement de ce dernier ne faisait que respecter un calendrier prvu depuis le dbut ! On peut mme dire que ce respect conduisait avoir du retard par rapport lĠexplosion du trafic se produisant depuis le dbut des annes 1990.
En revanche, ds la fin du gouvernement prcdent (Jupp), il avait t dcid dĠaccompagner lĠextension de Roissy de la mise en place dĠune Ò charte de lĠenvironnement sonore Ó, et des runions des commissions consultatives de lĠenvironnement (CCE) et de lĠaide aux riverains (CCAR) avaient commenc. Pour le nouveau gouvernement, il sĠagissait donc de reprendre le processus, mais en le faisant modifier et valider par le Parlement. Ce dernier nĠa pas remis en cause le doublement des pistes, mais a vot une loi crant lĠACNUSA (Autorit de contrle des nuisances aroportuaires), et il a maintenu lĠexistence dĠune autre autorit de contrle, interne lĠAviation Civile, visant spcifiquement le non respect des trajectoires ou des horaires par les avions. En ce qui concerne la charte, dĠun ct, les riverains et leurs lus avaient dcid de constituer un groupe de travail permanent au sein de la CCE de Roissy, ce qui tait nouveau : cre la suite du groupe de travail prsid par le conseiller dĠEtat Gabolde en 1983, elle nĠtait jusque l runie quĠ lĠoccasion dĠune modification des zonages lie lĠaugmentation du trafic et le cration de nouvelles trajectoires dĠapproche et de dcollage. Les riverains disaient quĠau moment de lĠagrandissement de Roissy CdG, elle nĠavait pas t runie depuis 7 ans. DĠun autre ct, alors quĠon pouvait penser que le ministre de lĠEnvironnement serait charg de grer la prparation de la charte, un arbitrage des services du Premier Ministre rendu en Septembre 1997 confiait cette tche au ministre des Transports. Et, les services du ministre J.C. Gayssot tant les mmes que ceux de son prdecesseur, le projet de charte resta fond sur un point crucial et controvers : lĠadministration sĠengagerait mesurer le bruit en permanence autour de Roissy, et compenserait lĠaugmentation du trafic par une diminution du bruit mis par chaque avion en moyenne. Ainsi le volume sonore annuel resterait le mme.
Or, des enqutes conduites dans dĠautres aroports, notamment Dusseldorf, tendaient montrer quĠune succession plus rapproche dĠavions moins bruyants individuellement tait plus gnante que des avions plus bruyants mais plus espacs. Et de toutes faons, les riverains ne voulaient plus entendre parler de lĠindice psophique, et lĠadministration sĠtait engage en trouver un autre, qui permette notamment une comparabilit avec le bruit routier. Enfin, la Directive europenne visant lĠensemble des transports tait en prparation, et elle cherchait prendre un indicateur unique sur la base duquel les pays membres devraient faire une cartographie assez dtaille. Pour toutes ces raisons, il semblait opportun de faire une nouvelle enqute de gne Roissy, en prenant Orly comme base de rfrence, puisque le trafic nĠy volue plus gure .
Saisi enfin par les ministres de lĠEnvironnement et des Transports, le Conseil National du Bruit, multipliant les runions pour compenser les retards pris, russit donner un avis sur le projet de charte en Dcembre 1997, et cet avis tait globalement ngatif, bien quĠassorti de nombreuses propositions de modification et dĠamlioration de la charte. En fait, lĠarrive dĠun nouveau reprsentant des dputs suite aux lections, en la personne de Jean-Pierre Blazy, dput-maire de Gonesse (qui allait devenir le nouveau prsident du CNB six mois plus tard), avait permis de fdrer les bonnes volonts et de parvenir une position collective et ferme. En particulier, le Conseil disait quĠil ne pourrait donner un avis plus complet quĠaprs la conduite de cette enqute de gne que beaucoup dĠacteurs rclamaient. Le point essentiel tait lĠexigence que le bruit soit mesur (et non pas calcul par un logiciel) dans les endroits mmes o les personnes taient interroges. On pouvait esprer que le profil acoustique une fois bien connu sur le terrain, il serait plus facile de savoir si cĠtait le volume sonore global ou la succession dĠmergences rapproches qui gnait le plus, et si par ailleurs la gne tait le fruit dĠune accumulation dans le temps long, ou si elle tait lie au bruit du Ò dernier avion pass Ó, ou quelque chose entre les deux.
Le Conseil ne voulait cependant pas une enqute bcle, et souhaitait quĠelle soit prpare, accompagne et contrle par un comit scientifique comprenant lĠauteur de ces lignes, en tant que personnalit qualifie du Conseil.
Lorsque jĠai t nomm en Mars, jĠai dcouvert que le comit scientifique avait dj commenc travailler sans mĠattendre, quĠil avait dfini le principe dĠun grand sondage, et mme confi lĠtude Michel Vallet de lĠINRETS. De plus, le comit scientifique ne comprenait aucun scientifique part Michel Vallet et moi-mme, mais une large majorit dĠingnieurs de divers services de lĠAviation Civile, et seulement un reprsentant de la Mission Bruit. Cette dernire avait connu plusieurs dparts rcemment (dont celui de son chef, Pierre Schmeltz, retourn son ministre dĠorigine, le Direction des Routes). Enfin et surtout, on nĠavait pas pens associer au comit le secrtaire du Comit BEST, Jean Claude Serrero, alors quĠil tait finalement le seul avoir une vritable comptence sur le sujet ! Il ne mĠa pas t difficile de convaincre Yves Meusburger, qui dirigeait le comit en tant que directeur adjoint du service des Bases Ariennes, que le comit en question est ce quĠon appelle un comit dĠorientation, et que jĠallais constituer le comit scientifique avec Jean Claude Serrero. Nous lĠavons fait en 15 jours, soit en un temps record . Mais il tait trop tard, du point de vue des commanditaires, pour modifier lĠenqute de gne et surtout son calendrier. On invoquait lĠurgence lie la pression exerce par les riverains la commission charge de prparer la charte de matrise des nuisances sonores, et par les deux ministres des Transports et de lĠEnvironnement qui sĠtaient engag apporter des rponses lĠanne suivante. La seule chose que nous avons obtenue, cĠest que lĠenqute serait prpare par une enqute plus en profondeur, qui serait conduite en parallle par trois quipes ayant des orientations psycho-sociologiques diffrentes, afin de se donner le maximum de chances dĠidentifier les questions qui seraient les plus pertinentes. En fait, nous avions identifi cinq quipes, mais celle du CSTB nĠavait pas le temps, et lĠquipe du CRESSON avait propos une approche trs intressante, mais hors sujet par rapport la dpendance o nous tions dj vis vis du commanditaire. Restaient M. Vallet et son collgue Vincent de Lyon, psycho-sociologue ; une autre quipe de lĠINRETS, compose de psycho-sociologues ayant travaill sur les problmes de scurit routire (Europsyt), et Manuel Perianez, qui pouvait ainsi revenir travailler sur le bruit aprs quasiment vingt ans dĠostracisme.
En fait, le calendrier retenu avant mon arrive ne permettait pas dĠattendre que les acquis de cette phase exploratoire soient pleinement tirs pour lancer le sondage . Le comit dĠorientation voulait absolument que les interviews soient faits avant lĠhiver, pour quĠon saisisse un moment o les riverains vivent en partie dans leur jardin et sont donc plus gns. Michel Vallet utilisa donc au mieux les lments communiqus par ses collgues et construisit un sondage qui devait porter sur 1000 personnes, dont un tiers Orly. Ds juin 1998, un cabinet spcialis fut retenu pour conduire le sondage, et une quipe dĠacousticiens fut choisie pour faire les mesures juste aprs les enqutes. Le comit scientifique accepta de travailler directement avec lĠquipe charge du sondage pour amliorer au mieux le questionnaire. En contrepartie de sa bonne volont, elle demandait quĠun budget de recherche soit allou au comit BEST pour quĠun vritable appel dĠoffres de recherche soit organis, tant il paraissait vident que lĠtude en cours ne rsoudrait pas tous les problmes mme en ce qui concerne la connaissance de la gne et de ses causes. Mais au budget suivant, et conformment la logique adoptele comit de J.C. Serrero ne reut aucun moyen financier, alors que 2 million de F taient attribus lĠADEME, o seul un jeune ingnieur sĠoccupait du bruit, Emmanuel Tibier. CĠest dĠailleurs sur ces crdits que la recherche laquelle je participe ici est finance. Mais il sĠagit dĠune exception puisque la recherche est conduite pour un autre comit ; il me semble ncessaire de reconstruire un comit scientifique, et on peut se demander pourquoi faut-il toujours recommencer zro ...
Dans ces conditions, jĠai dcid de ne pas accepter la demande qui tait faite aux membres du comit spcifique de lĠenqute de 1998, par ses commanditaires, de poursuivre leur participation au del de la fin de celle-ci. Mais la plupart des membres ont galement refus, soit pour des raisons de disponibilit (ils avaient accept de Ò faire a Ó pour J.C. Serrero et moi, mais pour une opration limite dans le temps), soit par mfiance vis vis dĠun commanditaire qui, cause de lĠurgence invoque, les enfermait en fait dans une logique de justification de lĠenqute conduite, et mme dans un rle de Ò couverture Ó vis vis des riverains du comit de la charte (Ò on vous promet que lĠenqute est objective et irrprochable puisquĠelle est suivie par un comit scientifique Ó), soit encore par simple dsintrt.
Pourtant, lĠenqute est intressante, malgr ses limites. DĠabord, il faut dire que la fixation du dispositif entre les administrations et lĠquipe de Vallet lĠINRETS avant la constitution du comit scientifique impliquait quĠon ne ferait rien de bien diffrent de ce qui avait toujours t fait jusque l, et que les chercheurs de lĠINRETS connaisaient : il paraissait vident quĠil fallait conduire une srieuse campagne dĠinterviews individuels quĠon chercherait corrler la gne. Michel Vallet a lui-mme fait son travail semble-t-il sans passion. NĠa-t-il pas dclar au comit de suivi quĠil ne fallait pas faire une enqute trop coteuse, parce que Ò bien davantage de gens sont concerns par le bruit routier que par le bruit des aronefs Ó ? LĠenqute confirme ce quĠon savait dj, savoir que la corrlation reste faible entre exposition et gne. Pourtant, le fait nouveau est que cette fois, on a mesur le bruit au sol, et pas recouru un calcul ou un modle. Mais il faut dire que les mesures ont t faites dans des conditions diffrentes des enqutes, car la campagne a commenc en octobre, aprs les interviews, et sĠest poursuivie dans lĠhiver. De plus, pendant les mesures, AdP a remplac la piste 2 par la piste 4, pour cause de rparations. Je me souviens que lĠAviation Civile a convoqu le comit scientifique pour lui demander sĠil voulait bien valider un corrlation de la gne avec un bruit reconstitu, comme sĠil nĠy avait pas eu changement de piste en cours de mesure. Personnellement, je pense que cĠest possible, mais que dans ces conditions on ne peut pas faire autre chose que de fabriquer un indicateur de gne moyen sur une longue priode. Et la question de la gne spcifique due une succession ininterrompue dĠavions individuellement peu bruyants, intervenant ponctuellement, ne peut alors plus tre couverte.
DĠautres remarques ont t faites par les divers membres du comit scientifique, et ont t synthtises par J.C. Serrero et moi-mme dans un avis qui est annex au prsent texte. Mais ce quĠil faut surtout retenir, cĠest que cette enqute, utilisant en gros les mmes mthodes que celle de 1974, aboutit des rsultats aussi limits. Et elle nĠexplore pas mieux les deux dimensions qui pourraient expliquer les faibles corrlations : celle qui concerne le rapport inconscient des individus au bruit ; et celle qui vise la dimension collective et territoriale du conflit. Dimensions qui pourraient expliquer que la principale gne des riverains, cĠest de sentir quĠils ne sont pas pris en compte, ni considrs, par une socit qui leur impose un intrt gnral sans contrepartie vritable.
Or, la thse de Guillaume Faburel, finance par lĠADEME et soutenue en Dcembre 2000, semble aller dans ce sens. Il a dcid de ne pas limiter lĠvaluation du cot social du bruit la perte de valeur des logements, comme le suggrait son directeur de thse. Et grce un financement du PREDIT, ainsi que, fait exceptionnel, dĠune aide du Conseil Gnral du Val de Marne, il a pu conduire une enqute importante et originale en recourant lĠvaluation contingente : sans entrer dans le dtail, disons quĠon demande aux gens combien ils seraient prts payer pour que la nuisance cesse. Cette mthode, employe de manire rigoureuse et rflexive, a montr non seulement sa propre supriorit par rapport la mthode dite hdoniste des prix du foncier, mais aussi ses propres limites : au del du refus de rponse quĠont manifest un nombre important dĠinterviews, une dimension territoriale de la gne a pu tre dcouverte par une deuxime mthode dĠenqute, base sur un travail en groupe (focus group). Et l, une nouvelle dimension de la gne apparat, mais aussi les formes de rsistance collective qui aident les individus vivre.
On peut alors faire lĠhypothse que dans lĠaffaire du bruit au voisinage des aroports, on est dans une situation dĠanomie, car la distance sociale entre riverains et lobby arien serait trop grande pour quĠon puisse introduire de la rationalit dans le dbat. Or, bien y rflchir, les mthodes conomiques ne peuvent sĠemployer que dans des situations o un certain consensus social dĠensemble permet de poser les enjeux dans la problmatique de lĠacteur rationnel (qui est celle de toute valuation montaire). Ce qui revient mon avis lgitimer lĠapproche ici dfendue : aucune rationalisation des rapports entre aroport et territoire nĠest possible sans quĠune ngociation sincre ne soit envisageable. Ce qui implique de voir dĠabord si les reprsentations que les parties en conflit se font du phnomne sont compatibles ou non, et si elles sont ventuellement susceptible de rapprochements.
Pendant ce temps, la demande des riverains de Roissy, Michel Vallet propose de faire une enqute des effets de lĠaroport sur la sant, thme qui avait t largement exclu de lĠenqute de 1998. On inclurait aussi la pollution atmosphrique dans les causalits tester. Par ailleurs, jĠai appris de la bouche mme du directeur des Bases Ariennes quĠune nouvelle enqute des effets du bruit sur la sant avait t confie au professeur Coblentz en 1998, et quĠelle nĠtait pas concluante É
Une autre recherche mene pour le mme comit CDE que celle-ci, par Yann Laurans, et qui porte sur les nouveaux mcanismes de concertation au voisinage des incinrateurs (les CLIS), aboutit dire que cĠest dans les cas les plus conflictuels que la problmatique dominante des argumentaires des riverains est justement centre sur la sant publique ... SĠil est alors possible de croire que la mobilisation de thme de la sant est significatif des blocages et de lĠirrationalit profonde dans laquelle on conduit le lutte contre le bruit, on peut se demander si la Directive europenne sera un succs. Mais on peut aussi vouloir aller de lĠavant en adoptant une autre approche scientifique correspondant lĠeffort, souhait par bien des acteurs sur le terrain, pour tenter de sortir de lĠimpasse actuelle.
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ANNEXE
AVIS DU COMITE SCIENTIFIQUE
SUR LES RESULTATS DE LĠENQUETE
MENEE AUTOUR DE ROISSY ET DĠORLY
CONCERNANT LĠEXPOSITION DES RIVERAINS AU BRUIT DES AVIONS
PREAMBULE
Lors de la runion du 2 mai 2000 initie par le comit de pilotage (DPPR + DGAC), les rsultats de lĠtude INRETS concernant la gne due au bruit des avions autour des aroports de Roissy et dĠOrly, ont t prsents. Le comit de pilotage, aprs avoir communiqu le rapport dĠtude, a demand au comit scientifique de formuler un avis pour pouvoir lĠannexer lĠtude qui doit tre transmise officiellement lĠACNUSA (Autorit de Contrle des Nuisances Sonores Aroportuaires) .
Le comit scientifique sĠest runi le 5 juillet 2000 pour analyser lĠtude et mettre des observations et recommandations qui seront transmises au comit de pilotage ainsi quĠau CNB.
Le comit scientifique tient rappeler les missions qui lui ont t confies (relev de dcisions du 12 mars 1998) :
CONCLUSION
La qualit du travail fourni par lĠINRETS est reconnue par lĠensemble des membres du comit scientifique. Toutefois, le comit estime ncessaire que lĠensemble des donnes recueillies (questionnaires dĠenqutes et mesures acoustiques) soit stock en un lieu public (IFEN par exemple) pour tre rendu disponible la communaut des chercheurs et ceux qui tiennent tre informs (riverains, lus, syndicats de communes, associations, ...). La constitution dĠun observatoire permettant dĠune part dĠanalyser dĠune faon continue ou par chantillonnage la situation de lĠenvironnement sonore, et dĠautre part de prendre en considration de faon plus exhaustive des critres psycho - sociologiques suscitant un dbat dmocratique, devient une ncessit.
LĠexploitation devrait faire lĠobjet dĠune extension dĠtude car le Ò matriau Ó peut tre analys par des approches diffrentes et pourrait conduire soit la convergence des rsultats obtenus, soit lĠlaboration de nouveaux objets de recherche. Le travail produit confirme ce que le comit a toujours soulign, savoir que la prcipitation engager lĠtude a conduit un rsultat dont la valeur ajoute nĠest pas aussi grande quĠon pouvait lĠesprer. Les faibles corrlations la rendent difficilement exploitable .Le comit scientifique se demande comment lĠACNUSA va pouvoir laborer un nouvel indicateur si ce nĠest en introduisant la marge quelques critres quantitatifs.
Le rapport de lĠINRETS dont on ne peut nier la pertinence sur certains points, ne rpond pas lĠattente des riverains et manque dĠinnovation pour faire voluer la situation actuelle vers des processus de concertation et de mdiation efficaces. LĠexprience de GENEVE - COINTRIN o une vritable concertation sĠest dveloppe, est une des voies explorer car lĠtude des reprsentations collectives en situation de conflit mrite une attention particulire.
Paris 17 juillet 2000
Membres du comit scientifique : Mme LUGASSY ; MM BARRAQU , BOUTTES, HAUMONT, HOEPPE, NICOLON, PLASSARD, SERRERO,TANTAWY
Dans la version soumise au CNB, la Directive prvoyait quĠ terme on mesurerait, dans chacune des zones (tablies de 5 en 5 dB autour des sources de bruit), des effets sur la sant en termes de relations doses-effets. Pourtant, la sant est ici entendue au sens trs large puisquĠelle comprend le bien-tre gnral. Mais alors, comment mesurer les doses et les effets ? Les zones de bruit intense sont qualifies de Ò zones de conflit Ó, alors quĠaucune enqute nĠest prvue pour mesurer dĠventuels conflits lis au bruit. Cela revient Ò aplatir Ó les conflits et les tres humains derrire des mesures acoustiques. A plusieurs reprises, lorsquĠil a prsent la Directive au colloque de Dcembre 2000 du CNB sur le Bruit en Europe, son responsable la DG Environnement, Prudencio Perera, a expliqu que le but tait de forcer les pays membres faire des cartes et de les publier. Alors dĠaprs lui, les logements situs dans les zones de bruit perdraient de leur valeur, et les propritaires se retourneraient contre leur Etat ou leur maire pour obtenir une politique de rduction du bruit. CĠest un bel exemple de la judiciarisation potentielle dans laquelle lĠapproche co-toxicologique conduira lĠEurope, la suite des Etats Unis. Et ce sera bien pire que pour lĠeau, car les indicateurs de gne sont encore bien plus fragiles que ceux pour le plomb, les pesticides ou les nitrates.
Les effets du bruit sur la sant sont vidents dans le monde professionnel, et la surdit constitue le premier poste de dpenses de la Scurit sociale en maladies professionnelles, alors mme que la plupart des surdits ne sont pas reconnues, ni mme ressenties par les intresss eux-mmes. Nombre de jeunes ont aussi maintenant une perte dĠaudition par suite dĠcoute de musique trop forte. Mais le bruit des transports, lui, ne rend pas sourd.
Par rapport dĠautres politiques dĠenvironnement, comme lĠeau ou les dchets, le bruit se distingue par le fait que les budgets consacrs ne sont tout simplement pas lĠchelle du problme. Ainsi par exemple, on peut estimer que chaque anne, plus de 20.000 personnes partent la retraite avec une surdit professionnelle partielle, et seulement quelques centaines sont reconnues, ce qui fait pourtant du bruit le premier poste de dpenses en maladie professionnelle pour la scurit sociale ! A ce niveau, la prvention devrait tre bien plus dveloppe quĠelle ne lĠest. De mme, au dbut des annes 1990, nous avons tabli avec les experts de la Direction des Routes quĠau rythme de financement actuel, il faudrait environ 60 ans pour rsorber les Ò points noirs Ó, cĠest dire les zones o des logements collectifs reoivent plus de 70 dBA en faade, soit 5 de plus que la norme de bruit maximum ! NĠimporte quel sociologue se demande alors lĠenvers quoi peut servir la norme lorsquĠelle est ce point transgresse.
LĠauteur de ces lignes tait impliqu dans ce projet. CĠest Ariel Alexandre qui le lui a rappel 20 ans plus tard, lors de lĠvaluation OCDE. Il se souvient que le projet avait donn lieu une discussion assez vive, mais que les mdecins et psycho-acousticiens avaient emport un rejet de la proposition.
Ce numro de la Revue Franaise dĠOpinion Publique contient galement une prsentation des effets du bruit dans le logement par Madame Claude Lvy-Leboyer (membre du Comit bruit et vibrations) et Gabriel Moser. Ce qui permet dĠavoir une bonne prsentation des travaux de lĠpoque bass sur la psychologie comportementale.
Les mthodes taient celle fonde sur des maquettes du CSTB (MM. Rapin et Josse) ; celle du Laboratoire Central dĠHydraulique de France (en fait un centre de recherches dĠEDF bas Clamart ; celle de lĠInstitut de Recherches des Transports (Laboratoire Energie Nuisances de Lyon, dirig par Claude Lamure) ; et celle du BETURE. Le dpartement acoustique de ce dernier avait t cr en 1973 et confi Jean Dreyfus. Hasley y est rentr en 1975, et a succd Dreyfus qui partait la retraite. Il le dirige encore aujourdĠhui, au moment o il va fermer ses portes. Une capacit dĠexpertise accumule pendant 25 ans sera ainsi probablement perdue.
Il nĠest pas possible ici de traiter aussi lĠhistoire du conflit et de la bataille juridique auquel il a donn lieu. Ce sera lĠobjet dĠun autre texte. Les snateurs en question sont MM. Chauvin, prsident du conseil gnral du Val dĠOise, et Collin, snateur-maire de Longjumeau.
Il sĠagit notamment dĠutiliser lĠnergie acoustique pour gnrer automatiquement un bruit en opposition de phase, afin que les deux bruits sĠannulent.
Les ministres Barnier et Bosson sĠtaient engags en 1994 profiter du dpart dĠAir France vers Roissy pour diminuer le nombre de mouvements par an 200.000, mais depuis, on est toujours rest autour de 250.000, avec malgr tout un couvre feu de 11 :30 6 :30.
Les membres taient Madame Lugassy, professeur de psychosociologie retraite ; MM Jean Claude Bouttes, professeur lĠENTPE et ex-charg du bruit des avions le mission Bruit ; Antoine Haumont, gographe et urbaniste membre du comit BEST ; Alexandre Nicolon, socio-conomiste CNRS retrait, et ancien responsable des riverains de Roissy ; Franois Plassard, directeur du LET Lyon ;Talaat Tantawy, spcialiste de mesures acoustiques ; et Jean Claude Serrero et moi-mme. Le secrtariat fut assur par un jeune ingnieur de lĠAviation Civile, Hoeppe.
DĠautant plus que le responsable des enqutes dans lĠquipe Europsyt dcdait dĠune rupture dĠanvrisme alors quĠil commenait dĠcrire son rapport. Ce dernier fut achev par A. Barjonnet un an plus tard, aussi parce quĠil y avait eu de grosses difficults administratives pour passer le contrat.
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