Une science Žcran pour une impasse politique ?

Une science Žcran pour une impasse politique ?
rŽtrospective de la recherche sur la gne due au bruit des avions et sur ses indicateurs
version Mai 2001

Bernard BarraquŽ
LATTS-ENPC

A la demande du Conseil National du Bruit, une grande enqute de gne sonore a ŽtŽ conduite en 1998-1999 autour de Roissy-CdG et dĠOrly. Elle a cožtŽ fort cher, mais ses rŽsultats semblent dŽcevants pour la communautŽ de politique du bruit des aŽronefs. En tant que membre du comitŽ scientifique de suivi de cette enqute, jĠavais exprimŽ le souhait quĠon prenne du temps pour dŽfinir une dŽmarche nouvelle, car dŽjˆ, de nombreux collgues sociologues et psycho-sociologues avaient exprimŽ des doutes sur lĠapproche par sondages qui avait ŽtŽ retenue ˆ plusieurs reprises par le passŽ. Le relatif Žchec de lĠenqute confiŽe au Laboratoire Energie nuisances de lĠINRETS, et en son sein ˆ Michel Vallet, me conduisent ici ˆ proposer une analyse de comment on en est arrivŽ lˆ. Il ne sĠagit pas de retracer lĠhistoire de lĠensemble de la recherche sur le bruit, des travaux ayant dŽjˆ ŽtŽ rŽalisŽs ˆ ce sujet (LŽvy-Leboyer, 1988 ; Augoyard, 2000). On a cependant dž remettre la connaissance de la gne due au bruit des aŽronefs et des aŽroports en contexte plus large.

Etant donnŽ que les lignes qui suivent prŽsentent lĠhistoire de la connaissance des effets du bruit au voisinage des aŽroports sous un angle diffŽrent de ce qui est fait dĠhabitude, il convient en premier lieu dĠavertir le lecteur quĠil ne sĠagit pas ici de remettre en cause ni des scientifiques, ni des administrateurs, ni des Žlus ˆ titre personnel, mais de montrer comment lĠimpossibilitŽ actuelle dĠapaiser le conflit entre aŽroports et riverains sĠenracine en fait dans une certaine articulation entre dŽmarche technico-scientifique et dŽcision publique ; en sĠŽtayant rŽciproquement, ces deux dimensions de la politique, celle qui a trait ˆ la connaissance et celle qui a trait ˆ lĠaction, ont produit une sorte de rŽfŽrentiel quĠil convient de discuter pour pouvoir sortir du blocage. La rŽticence de la communautŽ de politique de lutte contre le bruit devant le genre dĠapproches dont ressortit lĠanalyse ci-dessous a ŽtŽ exprimŽe ˆ maintes reprises, au point de provoquer le dŽcouragement de nombre de chercheurs en sciences sociales au fil des trente dernires annŽes ; elle sĠexplique en partie par lĠenjeu qui sĠalourdit progressivement, puisque la dŽmarche prŽconisŽe, au lieu dĠapaiser les conflits, semble aggraver les frustrations : ainsi, pŽriodiquement, lĠaugmentation du trafic et la crŽation de nouvelles trajectoires dĠapproche relance la colre des riverains, qui sont alors en quelque sorte obligŽs de prouver que le bruit a des effets sur leur santŽ physique et mentale ; et comme cela reste difficile, voire impossible, ils nĠarrivent pas ˆ se faire entendre avant quĠune nouvelle routine des mouvements dĠavion ne se soit installŽe, et que leur militance ne soit dŽcouragŽe. En dŽfinitive pratiquement rien nĠest fait pour eux, ˆ part lĠinsonorisation des logements. Mais celle-ci se fait trs lentement, parce quĠon multiplie les rgles restrictives (antŽrioritŽ, prise en charge partielle du cožt, difficultŽ ˆ boucler les dossiers sur une base individuelle pour beaucoup). Et cette aide ne rgle pas la dimension collective de la gne et lĠimpact sur les espaces publics extŽrieurs.

Une dŽmarche scientifique dominante en Europe

La frustration est partagŽe par dĠautres acteurs que les victimes elles-mmes : par exemple, la commission du Conseil National du Bruit (CNB) rŽunie ˆ la demande de la Ministre pour donner un avis sur le projet de Directive europŽenne sur le bruit en prŽparation au printemps 2000, a Žmis des rŽserves expresses sur la logique sanitaire, et mme Žco-toxicologique quĠon souhaitait y dŽployer pour quantifier la gne ; or, on lui prŽsentait la version 28 du projet, et il Žtait en fait trop tard pour changer le projet autrement quĠˆ la marge ; et cela dĠautant plus que les meilleurs experts franais de la gne due au bruit des transports faisaient partie du groupe de prŽparation de la Directive ˆ Bruxelles. En fait, tout Žtait jouŽ dĠavance, car la Commission europŽenne avait pensŽ quĠelle ne pouvait mettre cette nouvelle Directive sur lĠagenda politique sans partir de la problŽmatique de la santŽ publique o elle a une compŽtence pour intervenir ; surtout si elle peut y ajouter la sacro-sainte question de la distorsion de concurrence pour lĠindustrie du fait de politiques dĠenvironnement trop diffŽrentes. Sans ces deux ŽlŽments, les pays membres auraient pu rejeter le principe dĠune Directive sur le bruit au nom de la subsidiaritŽ. Comme dans dĠautres champs de lĠenvironnement, on se retrouve alors dans lĠidŽologie sanitaire, mais aussi consumŽriste et libŽrale qui fonde la construction europŽenne , et donc celui qui dŽclare que le bruit des transports nĠest pas une affaire de santŽ publique, mais dĠurbanisme, appelant des solutions nŽgociŽes plus communautaires que consumŽristes, sera probablement considŽrŽ comme un blasphŽmateur, malgrŽ les preuves quĠil peut apporter de ce quĠil dit. Par exemple, les spŽcialistes du bruit ont consacrŽ un atelier du colloque international de Nice, Internoise 2000, ˆ la confrontation des Žtudes dĠeffets du bruit du trafic routier ou aŽrien sur la santŽ physique et mentale, qui conclut ˆ des rŽsultats trs mŽdiocres et peu significatifs (Stansfeld, 2000) ; pourtant, ils prŽsentent le bruit comme une affaire de santŽ ˆ la communautŽ de politique du bruit (colloque du CNB Le bruit en Europe, dŽcembre 2000) ; communautŽ qui lĠaccepte sans broncher puisque cela donne de lĠimportance ˆ une question environnementale qui reste traitŽe de faon mineure par tous les pays, alors mme que le bruit des transports appara”t dans tous les sondages comme un ŽlŽment central de la dŽgradation de la qualitŽ de la vie. Mais, ˆ Ò jouer Ó ainsi le registre de la santŽ (mme en disant avec lĠOMS que cĠest au sens le plus large), ne risque-t-on pas de payer un succs ˆ court terme par une dŽfaite ˆ long terme ?

A force de constater que ses interlocuteurs sont fortement choquŽs quand il leur dit que les effets du bruit sur la santŽ ne sont pas Žvidents , le chercheur doit essayer dĠexpliquer comment sĠest imposŽe une conception sanitaire et psycho-acoustique et pourquoi elle semble jouer un r™le si important. Entendons-nous bien : cĠest prŽcisŽment parce que nous pensons, comme les autres membres de la communautŽ de politique du bruit, que le bruit des avions est une source de gne importante et que la politique menŽe ˆ son endroit jusquĠici nĠŽtait pas bonne , que la discussion doit tre conduite de faon la plus ouverte en sĠappuyant sur une analyse de la gense et du dŽveloppement des points de vue en prŽsence.

Une origine amŽricaine dans un contexte de progrs Žconomique

Ce sont les AmŽricains qui se sont intŽressŽs les premiers au bruit des avions, dĠabord du fait de lĠantŽrioritŽ dĠun trafic propulsŽ par des moteurs ˆ rŽaction, et aussi parce que leur aviation militaire Žtait puissante et active (donc trs bruyante pour les riverains des bases). Or, lors de la deuxime Guerre mondiale, la lutte contre les maladies tropicales des soldats engagŽs dans la guerre du Pacifique avait conduit ˆ lĠŽmergence du gŽnie de lĠenvironnement ˆ partir et en prolongement du gŽnie sanitaire (AEEP, 1990), avec en particulier un dŽveloppement sans prŽcŽdent de lĠŽpidŽmiologie. A lĠarmŽe comme dans les grandes entreprises, les conceptions tayloriennes triomphantes conduisaient ˆ mobiliser des mŽdecins, des psychologues et des psychosociologues dans des dŽmarches ergonomiques et de santŽ au travail. En particulier, le bruit Žtait connu pour provoquer des surditŽs professionnelles en cas dĠexposition continue ˆ des bruits ŽlevŽs. Il nĠest donc pas surprenant que, confrontŽs aux premires rŽcriminations des riverains des aŽrodromes militaires et civils, les responsables se soient naturellement tournŽs vers lĠexpertise ŽpidŽmiologique et mŽdico-acoustique qui offrait la promesse dĠune rŽponse en termes de dose et dĠeffet. On sĠest donc dĠemblŽe tournŽ vers des enqutes au voisinage des aŽroports qui Ò objectiveraient Ó la gne en fonction des dŽcibels reus ; mais, comme on ne pouvait pas soumettre les riverains ˆ une expertise mŽdicale sans leur (improbable) accord, on les a interviewŽs sur la gne en pensant quĠon pourrait corrŽler celle-ci ˆ des effets sur la santŽ. Or, ds quĠon sĠŽloignait un peu des abords immŽdiats des pistes, il devenait plus difficile, voire impossible de trouver des effets et des corrŽlations. On pouvait alors en dŽduire que le bruit nĠŽtait pas trs gnant, et que les riverains sĠaccoutumeraient. Mais les conflits au voisinage des aŽroports se sont multipliŽs, et prolongŽs (cf Nelkin, 19--). Aux Etats-Unis comme en Europe, ils sont pŽriodiquement relancŽs ˆ lĠoccasion dĠagrandissements ou de modifications de trajectoires dĠapproches. CĠest le projet dĠagrandissement de lĠaŽroport de Schiphol qui a conduit le parlementaire europŽen De Roo (Verts, NL) ˆ se battre pour faire passer la Directive adoptŽe en 2001.

A lĠŽpoque, cependant, on pouvait penser que lĠaffinement des enqutes permettrait de fournir une expertise plus indiscutable, et, Žtant donnŽ la domination intellectuelle amŽricaine dans le champ de lĠenvironnement, cette dŽmarche psycho-acoustique et sanitaire a ŽtŽ importŽe en France au milieu des annŽes 1960. En particulier, un professeur dĠanthropologie appliquŽe ˆ la facultŽ de MŽdecine, Axel Coblentz, qui faisait pour des sociŽtŽs dĠaviation des travaux ergonomiques, fut sollicitŽ sur la question du bruit au voisinage alors quĠil conduisait une Žtude ergonomique de lĠaŽrogare dĠOrly (Laboratoire dĠAnthropologie AppliquŽe, avec mademoiselle Xydias). Il impliqua dans cette affaire un doctorant de son collgue le professeur Raveau (futur premier prŽsident du ComitŽ de Recherches sur le Bruit), Ariel Alexandre, qui avait lĠavantage de parler couramment anglais, et qui pouvait ainsi importer les connaissances et le savoir faire des Etats-Unis. A. Alexandre se souvient quĠˆ la fin de 1964 ou au dŽbut de 1965, le Centre Scientifique et Technique du B‰timent avait commandŽ une grande enqute sur la gne due au bruit dans plusieurs villes, qui permettait notamment de tester la validitŽ en France des Žtudes anglaises et amŽricaines rŽalisŽes ds 1961 sur le bruit des avions. Recourant ˆ la mŽthode psycho-behavioriste anglo-saxonne, lĠŽquipe rendit un rapport en 1965 qui fut transmis ˆ lĠAviation Civile. Ds ce moment, on pouvait constater une grande dispersion des rŽsultats, ce qui permettait aux uns de dire quĠil fallait compltement isoler les logements sur le plan acoustique (le bruit est un ennemi ˆ Žliminer, position dŽfendue par certains au CSTB) ; et aux autres, de conclure quĠil nĠŽtait pas nŽcessaire de faire quelque chose pour les riverains, puisque seulement une minoritŽ dĠentre eux Žtait gravement gnŽe. LĠAviation Civile aurait plut™t adoptŽ ce point de vue, alors que cependant les procs avec les riverains avaient dŽjˆ commencŽ (Nice, 1960, Orly, dŽbut 1967). Souvent en France, les institutions para-Žtatiques ne veulent plus rien nŽgocier en attendant le verdict des juges. Mais, comme dans les pays anglo-saxons, lĠidŽe fut retenue dĠŽlaborer un indice synthŽtique reprŽsentant la gne, ce qui impliquait de conduire une enqute spŽcifique sur le bruit.

Cependant, A. Alexandre, convaincu que le bruit Žtait une affaire grave, mais que le professeur Coblentz Žtait trop proche dĠun lobby aŽrien qui voulait seulement b‰tir un argumentaire face aux riverains , partit ˆ lĠOCDE en janvier 1968, o il a fait ensuite toute sa carrire sur les problmes dĠenvironnement urbain. On lui doit dĠavoir animŽ de nombreux travaux comparatifs sur les politiques de bruit des pays membres (dont le dernier a amenŽ, en 1985, lĠauteur de ces lignes ˆ retravailler sur le bruit). Il a dŽveloppŽ ses Žchanges avec les AmŽricains, en particulier Monsieur Schultz qui a rŽalisŽ une impressionnante synthse dans un cabinet de conseil en acoustique. Mme encore aujourdĠhui, il reste dŽu quĠon nĠait pas fait de vrais travaux comparatifs sur les indices des diffŽrents pays et leur cadre de validitŽ.

Au LAA, Alexandre fut remplacŽ par ... Manuel Peria–ez, qui est aussi connu dans le monde du bruit. Espagnol dĠorigine, formŽ ˆ lĠarchitecture aux Pays-Bas, ce chercheur est assez reprŽsentatif des Ò dŽrives Ó qui se sont produites chez les consultants en amŽnagement en direction des sciences sociales ˆ la fin des annŽes 1960 et dans les annŽes 1970. Tout en participant ˆ lĠenqute conduite autour dĠOrly et ˆ Toulouse en 1969-1970, Il poursuivait une formation en psycho-sociologie, puis en psychanalyse, qui allaient le conduire ˆ sĠintŽgrer ˆ une Žquipe reconnue de la Ò recherche urbaine Ó, la CEP, dirigŽe par Guy et Jacqueline Palmade et Franoise Lugassy. Il se souvient de sa surprise, lors de cette premire enqute de bruit autour des aŽroports, de ne pas constater dĠeffets sur la santŽ ni de surconsommation mŽdicale, ce qui est confirmŽ par un autre enquteur de cette Žpoque, GŽrard Ignazi, aujourdĠhui professeur ˆ Cergy-Pontoise. Plus fondamentalement, il fait partie de ceux qui pensent que si la gne et le bruit mesurŽ corrlent plut™t mal, cĠest parce que les enqutes devraient tenir compte du contexte de la vie personnelle et collective dans lequel se trouvent les riverains de la source de nuisance. Rebondissant sur la relative faiblesse des rŽsultats des enqutes psycho-acoustiques qui traitent plus ou moins les individus comme des Ò bo”tes noires Ó recevant des stimuli extŽrieurs et y rŽagissant, il a profitŽ des conditions exceptionnelles dĠenqute qui Žtaient donnŽes ˆ la CEP, et surtout ˆ cette mme Žquipe une fois quĠelle a ŽtŽ intŽgrŽe au CSTB en 1977 en tant que service des sciences humaines, pour conduire une recherche sur la signification des bruits dans le logement ; il a proposŽ et testŽ la notion de Ò paysage sonore interne Ó, forgŽ dans la prime enfance, et par rapport ˆ laquelle le sujet Žvaluerait les sons de son environnement. Ses rŽactions seraient donc largement inconscientes, et donc impossibles ˆ saisir dans des enqutes de type sondage. Il est clair que cette approche Žtait particulirement adaptŽe pour Žtudier le bruit dans le logement, ˆ cause des relations de voisinage (qui restent souvent dans lĠordre du non-dit, de lĠimplicite, et donnent donc lieu ˆ des projections parfois trs irrationnelles). Mais elle conduisait ˆ dŽplacer la question et ˆ sĠintŽresser ˆ lĠhistoire psycho-sociologique des sujets davantage quĠˆ la question des normes acoustiques du logement. Les rapports et compte rendus de recherche soulevrent dĠailleurs un tollŽ chez les acousticiens, qui nĠacceptaient pas que la gne soit expliquŽe autrement que par lĠintensitŽ sonore mesurŽe en dŽcibels. Ce genre de recherches Žtait reprŽsentatif de lĠaffrontement intellectuel des annŽes 1965-1975 entre lĠadministration de lĠEquipement et les chercheurs en sociologie et psycho-sociologie urbaine. En effet, en ce qui concerne les grandes sources de bruit Ò anonyme Ó comme le trafic routier et aŽrien, cette approche centrŽe sur lĠhabiter des sujets et non sur leur habitat pouvait para”tre assez choquante, en donnant ˆ penser ˆ ceux qui ne voudraient pas entendre la problŽmatique, quĠil suffirait que les sujets Ò aillent bien Ó pour que le bruit ne soit plus un problme.

En tout cas, selon les approches, les mŽthodes et les budgets de recherches ne sont Žvidemment pas les mmes. Par exemple, quelle place donner ˆ la mesure fine du bruit reu ? Alors que certains veulent se contenter de mesures moyennŽes sur la durŽe, Ariel Alexandre pense toujours quĠon doit affiner la mŽtrologie du bruit au point de doter les enqutŽs de sonomtres miniaturisŽs et portables (comme des dosimtres) afin de mesurer le bruit subi rŽellement dans la variŽtŽ des situations de la vie quotidienne : on pourrait ainsi prouver quĠil y a bien un effet. Il voyait donc, et voit toujours, les approches psycho-sociologiques de toutes tendances (behavioristes, cognitivistes et socio-psy) comme autant de faons de Ò noyer le poisson Ó, approches alibi conduisant ˆ Žmousser la volontŽ publique de rŽduire la nuisance (ce qui cožterait cher ˆ lĠEtat). Inversement, on pouvait imaginer une rŽpŽtition dĠenqutes psycho-acoustiques classiques permettant de montrer le caractre rŽel mais limitŽ des phŽnomnes de gne, et de les objectiver dans des zonages autour des sources de bruit o on insonoriserait les logements : au delˆ dĠun certain seuil, la majoritŽ des riverains est gnŽe ou trs gnŽe, et donc lˆ on agit. CĠest ce qui a ŽtŽ fait, du moins jusqu'ˆ la mise au point dĠun indicateur synthŽtique de gne liŽ aux mouvements dĠavions, ce qui permettrait dĠŽviter de refaire ˆ chaque fois des enqutes. CĠest ainsi quĠen 1995, quand on a dŽcidŽ dĠagrandir Roissy CdG, il nĠy avait plus eu dĠenqute de gne depuis 20 ans sur le site du premier aŽroport franais.

Les autres approches, de psychosociologie cognitive, de socio-psychanalyse, ou de sociologie appliquŽe, visant la rationalitŽ plus globale des sujets, ou leur irrationalitŽ, ou encore des logiques sociales, sont conduites ˆ rŽinsŽrer la question du bruit du trafic dans lĠensemble de la vie quotidienne, ainsi que dans la mise en Ïuvre des politiques publiques territoriales. Les connaissances quĠelles apportent peuvent donc tre particulirement utiles dans une approche dĠurbanisme ou dĠamŽnagement qui traite le bruit sans le sŽparer du reste. Ainsi, par exemple, ce dont on a besoin dans les logements dĠune certaine taille, ce nĠest pas dĠune isolation acoustique uniforme, mais dĠune ou deux pices o on peut sĠisoler dans un grand silence, ou inversement faire du bruit sans gner, selon les moments. Du fait de lĠanciennetŽ des Ò quartiers de cheminots Ó, le bruit ferroviaire a longtemps ŽtŽ mieux acceptŽ que le bruit routier. Certains de nos collgues travaillent sur les ambiances sonores qui Ò signent Ó la vie quotidienne de certains quartiers, et qui sont intŽgrŽes par les habitants. Et si on arrive ˆ Žtablir une certaine communication entre les gestionnaires dĠune grande source de bruit et ses riverains, on doit pouvoir trouver des solutions bien plus intŽressantes par un amŽnagement appropriŽ de lĠespace et du temps. Bien sžr, on nĠest pas dans la mme situation que dans les conflits de bruit de voisinage qui ont souvent, en fait, dĠautres origines que le bruit, et qui peuvent recevoir des solutions dans un autre champ. Mais on peut nŽanmoins penser que si lĠadministration de lĠAviation Civile campait moins sur le terrain de lĠintŽrt gŽnŽral quĠelle reprŽsenterait, des solutions basŽes sur le rŽamŽnagement rŽciproque des trajectoires et des abords seraient davantage possibles.

Mais il faut bien admettre que dans le contexte de lĠŽpoque, lĠadministration dans son ensemble nĠŽtait gure prte ˆ se lancer dans des expŽriences de participation du public. En particulier en ce qui concerne les aŽroports, elle prŽfŽrait se cantonner ˆ la logique de lĠintŽrt gŽnŽral et ˆ une approche Ò automatique Ó, dĠune part des zonages o le droit de construire serait limitŽ, et dĠautre part de lĠaide aux riverains bŽnŽficiant de lĠantŽrioritŽ (le terme de compensation Žtait mme interdit dĠemploi). LĠAviation Civile a donc utilisŽ les enqutes alors ˆ sa disposition pour fabriquer un indicateur synthŽtique de la gne : cĠest lĠindice psophique, qui cumule les bruits de crte des avions (rŽpartis en catŽgories) dans lĠannŽe, rajoute dix dŽcibels pour ceux qui sont passŽs la nuit, puis Žtablit la pression acoustique en fonction de la distance en trois dimensions par rapport ˆ la trajectoire dĠapproche ou de dŽcollage. Cela permet dĠŽtablir des courbes Ò isopsophiques Ó o lĠintensitŽ acoustique reue est identique ; puis, en fonction dĠune part du trafic prŽvu ˆ lĠhorizon du plan dĠurbanisme, et dĠautre part de la corrŽlation avec la gne Žtablie par les enqutes, de fixer les seuils des diverses zones de limitation des droits de construire (trois zones avec de plus en plus de contraintes quand on sĠapproche des pistes).

Sans entrer ici dans le dŽtail, on peut dire que lĠindicateur nĠest pas intrinsquement mauvais, mais que les pondŽrations et paramtres adoptŽs en France Žtaient diffŽrentes de ceux adoptŽs dans les autres grands pays, et quĠau grand regret dĠA. Alexandre, il nĠy a jamais eu de confrontation entre les indicateurs. Plus gŽnŽralement, lĠAviation civile nĠa jamais vraiment souhaitŽ quĠon diffuse les enqutes et les choix dĠindicateurs. Le secrŽtaire du ComitŽ Bruit de lĠŽpoque, Jean Claude Oppeneau, se souvient quĠil avait fallu faire appel ˆ lĠUTAC pour obtenir des mesures de bruit autour dĠOrly, car AŽroport de Paris refusait de coopŽrer avec le comitŽ. DĠemblŽe cependant, les riverains organisŽs ont critiquŽ lĠindice psophique : dĠune part, il ne pouvait pas tenir compte des situations rŽelles, o les avions sont plus anciens et plus bruyants que ce qui Žtait prŽvu, ou sĠŽcartent en fait des trajectoires thŽoriques, ou sont en situation de dŽrogation par rapport au couvre-feu, etc. Plus on sĠŽloigne des pistes, et plus il y aura de diffŽrence entre le calcul et la mesure sur le terrain ; dĠautre part, les riverains reprochaient au lobby aŽrien dĠavoir Žtabli des zones de gne trop petites, pour Žviter dĠavoir, symŽtriquement, ˆ insonoriser beaucoup de leurs logements, et pour se concilier les bonnes gr‰ces des Žlus locaux qui ne voulaient pas voir leurs communes Ò condamnŽes ˆ la fermeture Ó. En dŽfinitive, juste derrire la limite de la zone C, les enqutes passŽes montraient quĠil y avait encore une majoritŽ de gens qui se dŽclaraient Ò gnŽs ou trs gnŽs Ó. Entre 1971 et 1981, date de lĠarrivŽe de la Gauche au pouvoir, il sĠest alors dŽveloppŽ une situation dĠincomprŽhension et de dŽfiance rŽciproque liŽe ˆ la non transparence et au refus de dialoguer avec les diverses parties en prŽsence.

Pendant 25 ans, jusqu'ˆ lĠexplosion de colre des riverains face ˆ lĠagrandissement de Roissy CdG, lĠAviation Civile sĠest contentŽe de son indicateur, alors mme que celui-ci cristallisait en partie la mŽfiance des riverains, et elle est restŽe hors des rŽflexions sur la mŽtrologie du bruit et de la gne . Or, en France, comme partout dĠailleurs, on cherchait ˆ amŽliorer la mesure du bruit, en particulier pour le bruit des transports terrestres. On voulait commencer les Žtudes qui permettraient de valider, pour les transports terrestres, un autre indicateur que celui du bruit aŽrien, le Leq, ou niveau mŽdian pondŽrŽ par la variabilitŽ dans le temps. Cet indicateur existait depuis 1972, mais il fallait le mesurer, et le corrŽler avec la gne. Il Žtait logique que des recherches acoustiques se dŽveloppent dans les ministres techniques, car le thme correspondait davantage aux connaissances et aux capacitŽs des ingŽnieurs. CĠest ˆ ce moment quĠa ŽtŽ crŽŽ le ministre de lĠEnvironnement, et, en son sein, le service des problmes du bruit, ainsi que le premier comitŽ de recherches. Mais on va voir que le champ couvert ne concernait quĠune partie assez faible des sciences de lĠhomme et de la sociŽtŽ.

La gne due au bruit au Ministre de lĠEnvironnement

Si lĠon revient un peu en arrire, le bruit est en bonne place dans le programme dit des Cent mesures du Premier Ministre Jacques Chaban-Delmas (1970), avec la mesure nĦ8 visant ˆ faire voter une loi-cadre sur le bruit. Cette idŽe aura constituŽ un vŽritable serpent de mer pendant plus de 20 ans, jusqu'ˆ ce que la loi Royal soit mise en chantier par Brice Lalonde fin 1990. Pourtant, le Ministre sĠest occupŽ du bruit ds sa crŽation, et le rapport dĠactivitŽ de 1971 indique que des groupes de travail ont ŽtŽ constituŽs pour prŽparer la loi. LĠannŽe suivante est publiŽ un rapport dĠactivitŽ du Conseil de la Recherche Scientifique sur lĠEnvironnement, qui comporte une section sur le bruit. Le comitŽ scientifique Bruit et Vibrations est crŽŽ le 30 mai 1972 ; prŽsidŽ par le professeur Raveau, il lance une double concertation, dans le cadre du Ò Plan de la Recherche Ó (VIme Plan) avec le ministre de lĠEquipement (sur les transports terrestres dĠune part, sur le bruit dans le logement avec le Plan Construction dĠautre part) pour y stimuler des recherches et des approches innovantes (le bruit des aŽronefs nĠest pas mentionnŽ) ; par ailleurs, le ComitŽ prŽpare ses propres appels dĠoffres sur un ensemble de sujets discutŽs ˆ lĠoccasion dĠun premier colloque ˆ Aix-en Provence (16-21 oct. 1972) : bruit et sommeil, cožt social du bruit, bruit urbain, et surtout, mŽtrologie. Le budget prŽvu est consŽquent, avec 2 MF dĠAP pour 1973 !

Le ComitŽ Žtait composŽ dĠune part de reprŽsentants de lĠadministration et des Žtablissements publics de recherche, en particulier Messieurs Josse du CSTB et Lamure de lĠIRT, dĠautre part dĠuniversitaires majoritairement situŽs dans lĠacoustique, la psychologie et la psycho-sociologie comportementaliste (Raveau, Mme Levy Leboyer, Dr Muset) ou la mŽdecine (Dr Leroy), et enfin de spŽcialistes du bruit de quelques bureaux dĠŽtude (Bertin, BETURE, CEBTP). Ariel Alexandre et Jean Philippe Barde de lĠOCDE Žtaient membres Žgalement, car ils venaient de publier le premier ouvrage de synthse sur le bruit chez Flammarion. Le premier appel dĠoffres Žtait sur la Ò gne due au bruit Ó, et le rapport dĠactivitŽs de 1973 mentionne que la comprŽhension dĠensemble du phŽnomne serait facilitŽe par la confrontation de spŽcialistes divers : Ò neuro-physiologistes, bio-physiciens, acousticiens, Žconomistes et spŽcialistes du b‰timent Ó. Cette liste donne lĠimpression quĠon voulait dŽvelopper une approche de science expŽrimentale. Le ComitŽ Bruit et Vibrations finana par exemple des recherches en laboratoire sur les effets du bruit sur le sommeil. LĠune dĠentre elles a ŽtŽ conduite ˆ Roissy par un professeur de Lyon, mais nous nĠen avons pas retrouvŽ la trace. En revanche les approches psycho-sociologiques et sociologiques semblent ne pas avoir eu de place importante. DĠailleurs, en 1974 ou 1975, un projet prŽparŽ par un bureau dĠŽtudes et le professeur Raymond Ledrut, lĠun des chefs de file de la sociologie de la ville, fut rejetŽ alors quĠil proposait une dŽmarche nouvelle : suivre un Žchantillon reprŽsentatif de population dans sa vie quotidienne pour replacer la gne due au bruit vŽcue au domicile dans lĠensemble des conditions de vie . Comme on lĠa dŽjˆ Žcrit dans un rapport de conjoncture du CNRS sur lĠenvironnement et les sciences de lĠhomme et de la sociŽtŽ, il y avait donc une certaine distance entre le Conseil de la recherche scientifique sur lĠEnvironnement et la sociologie urbaine ; le premier, crŽŽ par Serge Antoine, haut fonctionnaire (Žnarque) qui a fait na”tre lĠadministration de lĠenvironnement, comptait essentiellement des ingŽnieurs et Žtait logiquement tournŽ vers des approches technologiques ; la seconde avait sa place auprs du ministre de lĠEquipement, o nombre de responsables Žtaient dŽjˆ en quelque sorte vaccinŽs contre la croyance en des solutions techniques ˆ des Ò problmes sociaux objectivables Ó.Un lieu de mŽdiation essentiel existait entre lĠadministration et les chercheurs, avec la Mission de la Recherche Urbaine (MRU).  Suivant lĠexemple, lĠEnvironnement devait crŽer en 1976 un comitŽ scientifique sŽparŽ pour les sociologues (ComitŽ Espace et cadre de vie). En 1978, la crŽation du grand ministre commun (Environnement et Cadre de Vie) devait conduire ˆ confier ce comitŽ ˆ AndrŽ Bruston qui Žtait dŽjˆ chef de la MRU. Mais le comitŽ nĠa pas survŽcu ˆ lĠarrivŽe de la Gauche au pouvoir, pour diverses raisons : sŽparation de lĠEnvironnement et de lĠEquipement, crŽation dĠun grand ministre ayant vocation ˆ couvrir lĠensemble de la recherche, etc. DĠailleurs, A. Bruston qui Žtait rentrŽ au comitŽ Bruit en 1979, partait ˆ ce nouveau ministre. De toutes faons, le bruit nĠintŽressait pas beaucoup les sociologues, et ˆ part quelques travaux, en particulier ceux de Jean Franois Augoyard ˆ Grenoble, le bruit est restŽ une question mineure pour leur discipline. Alexandre Nicolon Žtait ˆ lĠŽpoque DR CNRS au CIRED, un laboratoire dĠŽconomie de lĠenvironnement fondŽ par Ignacy Sachs. Il avoue aujourdĠhui nĠavoir pas pensŽ ˆ lĠŽpoque ˆ demander des crŽdits de recherche au ComitŽ ni ˆ dĠautres financeurs, alors mme quĠil animait la lutte de la fŽdŽration des associations de riverains ˆ Roissy (lĠURANA) contre AŽroports de Paris. Certains y verront un souci dŽontologique, dĠautres le signe dĠune auto-censure. De toutes faons, lĠostracisme nĠŽtait-il pas rŽciproque ? le monde des ingŽnieurs et des acousticiens Žtait fondamentalement hostile aux approches de sciences sociales, sauf Žventuellement ˆ la psychologie expŽrimentale. Et des conflits de problŽmatique et de mŽthode existaient aussi au sein des sciences sociales. Bien des annŽes plus tard, Žcrivant un bilan des recherches sur la gne due au bruit, Claude LŽvy-Leboyer, une psychologue qui justement avait longtemps reprŽsentŽ les sciences de lĠhomme dans le comitŽ Bruit et Vibrations, analyse une pŽriode commenant en 1976 : cĠest ˆ dire juste aprs que les travaux de la CEP de Guy et Jacqueline Palmade (future Žquipe de sciences humaines du CSTB) aient ŽtŽ conduits, et elle nĠen fait pas mention (LŽvy-Leboyer, 1988). Il est vrai que lĠŽquipe sciences humaines du CSTB avait fini par se rŽorganiser entirement, et que les chercheurs qui sĠŽtaient intŽressŽs ˆ lĠespace sonore Žtaient partis. Jean Franois Augoyard estime de son c™tŽ avoir souffert de lĠhostilitŽ des psychologues du comitŽ, et avoir mis dix ans pour faire accepter lĠidŽe dĠune Žtude des paysages sonores, des contextes socio-culturels du bruit, des pratiques sonores dans lĠhabitat, etc. Grenoblois comme AndrŽ Bruston et nombre de chercheurs de ce quĠon a appelŽ la recherche urbaine (une approche interdisciplinaire soutenue ˆ lĠŽpoque par la DGRST et lĠaile dynamique du ministre de lĠEquipement), Augoyard avait fait une thse de micro-sociologie sur les cheminements urbains, et ds 1976, il dŽcidait de dŽvelopper des recherches sur les pratiques sonores dans lĠhabitat. Dans la configuration spŽcifique de la recherche urbaine et environnementale lors du ministre commun Environnement-Equipement, il obtint des financements sur les pratiques dĠhabiter ˆ travers les phŽnomnes sonores, et put progressivement constituer une Žquipe de recherches ˆ lĠŽcole dĠArchitecture de Grenoble, qui devint une des principales nouvelles Žquipes associŽes au CNRS ds que fut crŽŽe la section Architecture Urbanisme et SociŽtŽs (aussi appelŽe interdisciplinaire) en 1984. Section qui a aussi embauchŽ lĠauteur de ces lignes et associŽ son laboratoire, le LATTS. A force de patience et de travail, J.F. Augoyard et le CRESSON ont rŽussi ˆ imposer leur dŽmarche et leur prŽsence au comitŽ Bruit (cf infra).

Mais revenons en 1973. Pour Žvaluer le cožt social du bruit, autre prioritŽ, le ComitŽ Bruit et Vibrations jugeait nŽcessaire de partir des problmes de santŽ, et donc de conduire dĠabord une Žtude ŽpidŽmiologique : lĠouverture de lĠaŽroport de Roissy offrait un site idŽal, puisquĠon pouvait conduire une Žtude avant-aprs. Un marchŽ de grŽ ˆ grŽ fut passŽ ˆ lĠIFOP, et une enqute trs consŽquente fut conduite. Il est particulirement important dĠen rappeler les rŽsultats. Mais cĠest facile, gr‰ce ˆ la prŽsentation qui en a ŽtŽ faite par son responsable, Jacques Franois (1976) .

LĠenqute Ò bruit au voisinage des aŽroports Ó de 1974-75

En utilisant la technique des interviews en tte-ˆ-tte, lĠIFOP a dĠabord rŽalisŽ un Žtalonnage sur un Žchantillon national de 1000 personnes. Puis on a conduit une enqute sur 1000 personnes ˆ Orly, et enfin on a interviewŽ 500 riverains de Roissy avant lĠouverture de lĠaŽroport, puis un an plus tard (moins la moitiŽ de ceux qui avaient dŽmŽnagŽ dans lĠannŽe, et quĠon nĠa pas retrouvŽ). Il sĠagissait de tenter de corrŽler lĠanxiŽtŽ et le Ò nŽvrotisme Ó personnel (ou au contraire lĠextraversion) ˆ la relation ˆ lĠenvironnement, et au bruit en particulier. En ce qui concerne dĠŽventuels effets sur la santŽ, lĠenqute a recouru ˆ une demande dĠauto-Žvaluation sanitaire par les interviewŽs plut™t quĠˆ une expertise mŽdicale. Cela pouvait introduire un biais, mais, dĠaprs J. Franois, cĠŽtait plut™t dans le sens dĠune surestimation de lĠimpact par rapport ˆ une Žtude Ò objective Ó. Or, lĠauteur indique clairement quĠil ne trouve pas de corrŽlation entre bruit et santŽ. A Roissy, la mise en service de lĠaŽroport nĠa pas entra”nŽ une dŽtŽrioration de la santŽ physique ou mentale des riverains. A Orly, ce sont les personnes dŽjˆ anxieuses et malades qui voient leurs problmes sĠaggraver ˆ cause du bruit. En revanche, contrairement aux idŽes reues (dans le lobby aŽrien ?) il nĠy a pas dĠaccoutumance au bruit, au contraire. Plus les gens restent longtemps dans les zones de bruit, et plus ils souffrent de la nuisance. Et lĠauteur de conclure, par rapport ˆ des rŽsultats plut™t modestes, mais finalement bien rassurants pour les vŽritables destinataires (lĠAviation civile) : Ò dans divers pays, on a menŽ des Žtudes qualitatives dĠinspiration purement psychologique et des enqutes psychosociologiques. De telles dŽmarches semblent actuellement dans une impasse et lĠon peut penser que des recherches sur les effets du bruit ne pourront progresser de manire sensible que par un recours de plus en plus grand ˆ des approches pluridisciplinaires.

Ò La prŽsente Žtude marque une Žtape dans cette direction. CĠest, ˆ notre connaissance, la premire fois dans une Žtude sur le bruit ambiant que la technique des sondages dĠopinion, issue de la sociologie et de la psychosociologie, a pu tre associŽe ˆ une technique psychologique : les tests de personnalitŽ. Mais lĠanalyse de la santŽ des populations ŽtudiŽes repose ici seulement sur les rŽponses ˆ un questionnaire de santŽ relativement simple, toutes les prŽcautions mŽthodologiques Žtant prises pour garantir la sincŽritŽ des rŽponses. Une telle approche Žtait justifiŽe dans une recherche visant essentiellement ˆ dŽfricher un champ encore peu explorŽ. Un pas dŽcisif sera franchi lorsque lĠon adjoindra aux techniques dŽjˆ employŽes une approche purement biologique, mŽdicale, qui donnera une dimension ŽpidŽmiologique aux Žtudes sur les nuisances. CĠest dans cette direction que, avec le soutien du Ministre de la QualitŽ de la Vie, nous envisageons de prolonger la prŽsente recherche Ó. De notre point de vue, cette fin de la conclusion est tout ˆ fait dŽcevante, car elle propose un prolongement dans la mauvaise direction, celle de la technicisation mŽdicale. Et pourtant, mme ˆ Orly dans les zones A,B et C o a eu lieu lĠenqute, Ò il semble bien que dans une population exposŽe ˆ un bruit particulirement ŽlevŽ, se dŽveloppe un certain malaise sans consŽquence nette sur les facteurs profonds de la personnalitŽ ŽtudiŽs, mais liŽ ˆ une plus grande vulnŽrabilitŽ ˆ la maladie Ó. Autrement dit, lĠauteur se demande en fait si ce ne sont pas tout bonnement les gens malades, qui ne sont gure statistiquement plus nombreux que dans une population de rŽfŽrence, qui souffrent davantage du bruit. Et on peut se alors demander sĠil sĠagit pour lĠexpert, comme souvent, de flatter son commanditaire, ou si cĠŽtait vraiment lĠambiance gŽnŽrale du moment. On penchera pour la deuxime solution, puisque lĠidŽe dĠun effet du bruit sur la santŽ quĠil conviendrait de dŽmontrer est encore omniprŽsente.

De toutes faons, avec le recul du temps, on peut imaginer bien dĠautres prolongements ˆ cette enqute, en rŽagissant aux biais et aux manques quĠon y dŽcle, au delˆ de sa qualitŽ indiscutable. DĠabord, elle ne concerne ˆ Orly que des habitants situŽs dans les zones officielles de gne, A, B et C, ce qui revient implicitement ˆ lŽgitimer lĠindice psophique comme indicateur pertinent, et surtout ˆ ne pas questionner les niveaux adoptŽs pour tracer les limites des zones. Certes, les zones retenues par cette mŽthode sont de toutes faons des zones de bruit fort, mais si lĠon suppose que la gne est aussi liŽe ˆ un sentiment de frustration de la part de riverains qui ne se sentiraient pas ŽcoutŽs, peut-tre quĠon trouverait de ŽlŽments intŽressants en interrogeant des riverains vivant au delˆ de ces zones.

De manire liŽe ˆ cette observation sur Orly, on remarque, dĠailleurs avec lĠauteur lui-mme, que la gne due ˆ la mise en service de Roissy Ò a ŽtŽ infŽrieure ˆ ce que les riverains craignaient Ó, et en tout cas nettement infŽrieure ˆ la gne ressentie dans la zone C dĠOrly, la plus loin des pistes. CĠest, dit-il, parce que la mise en service a ŽtŽ plus lente que prŽvu, et donc que le trafic  a ŽtŽ bien moindre. Or, il admet que les courbes isopsophiques nĠŽtaient pas encore Žtablies pour la pŽriode, et donc il ne peut pas vraiment corrŽler un bruit correspondant ˆ la rŽalitŽ, bien que calculŽ, et la gne. Ce qui conduit a contrario ˆ regretter que lĠon nĠait pas justement mesurŽ lĠindice psophique sur le terrain ˆ lĠaide de sonomtres, lˆ o rŽsidaient les interviewŽs. Il peut en effet y avoir dĠimportantes diffŽrences de bruit ˆ quelques centaines de mtres de distance. Et de toutes faons, si lĠon veut savoir si cĠest le volume sonore reu au total dans la journŽe ou dans lĠannŽe, ou plut™t la rŽpŽtition de survols Žventuellement peu bruyants individuellement, mais de plus en plus incessante, on ne coupe pas ˆ mesurer le bruit sur le terrain. Il aura fallu attendre 1997 pour que soit mise en place un rŽseau permanent de mesure du bruit sur le terrain (Sonat), rendant possible la liaison bruit rŽel au sol et gne ; et il aura fallu aussi lĠinsistance du Conseil National du Bruit pour quĠune enqute nouvelle soit faite en profitant  du systme Sonat, et en le complŽtant par dĠautres points.

En dĠautres termes, ˆ partir du moment o le bruit subi par les riverains nĠest pas connu avec prŽcision, mais dŽterminŽ par un logiciel de calcul, il est possible que lĠabsence de corrŽlation avec la gne (surtout si elle est quantifiŽe en termes de santŽ publique), provienne dĠun biais dĠenqute. Nous ne le croyons pas, mais ˆ lĠŽpoque les partisans de la mŽdicalisation de la gne pouvaient alors garder leurs croyances.

Mais la principale critique ˆ faire ˆ lĠenqute est sa faiblesse sur le plan sociologique. En effet, lĠauteur nous explique que Ò les personnes les plus sensibles au bruit auraient tendance ˆ quitter la zone exposŽe. Les personnes les plus inquites dŽmŽnageraient avant mme lĠouverture de lĠaŽroport ; dĠautres le feraient ds que possible aprs avoir constatŽ lĠintensitŽ du bruit Ó. Mais comme il nĠa pas conduit une enqute vŽritable sur les mouvements migratoires et leurs raisons, il ne peut gure constater, que, malgrŽ un rythme de dŽmŽnagement environ deux fois plus ŽlevŽ que Ò la moyenne nationale Ó, la population de sĠest pas modifiŽe sur le plan psychologique interne. DŽjˆ, il aurait fallu comparer aux mouvements migratoires en rŽgion parisienne et non pas au niveau national. Ensuite, J. Franois constate que ceux qui ont vraiment dŽmŽnagŽ ne reprŽsentent que 12% contre 55% qui lĠenvisageaient avant lĠouverture de Roissy. On peut en dŽduire soit que la gne a ŽtŽ finalement plus acceptable, ce que fait lĠauteur, ou au contraire que les gens nĠont pas pu dŽmŽnager parce quĠils nĠen avaient pas les moyens ; ou encore que lĠacte de dŽmŽnager est liŽ ˆ des ŽvŽnements plus importants que le bruit : changement de travail, de statut familial, accession ˆ la propriŽtŽ, etc. Or il ne peut pas le voir compltement, puisquĠil nĠinterroge que des riverains qui sont restŽs, et une partie de ceux qui ont dŽmŽnagŽ et quĠon a retrouvŽ. En grande majoritŽ, ceux-lˆ dĠailleurs nĠont pas dŽmŽnagŽ vraiment ˆ cause du bruit de Roissy. Il nĠinterroge pas ceux qui sont arrivŽs. Il lui est alors impossible de tester un scŽnario pourtant Žvident : au fil du temps, les riverains les plus aisŽs sĠen vont parce que cela leur est plus facile. Ils sont remplacŽs par des gens qui doivent habiter lˆ parce quĠils travaillent prs, ou qui veulent rester prs de parents, et qui peuvent le faire davantage quĠailleurs parce que loyers et prix ˆ lĠachat baissent. Et ils baissent dĠautant plus que les plus favorisŽs partent et que sĠaccro”t lĠimage nŽgative et sinistrŽe de la commune concernŽe. CĠest un scŽnario qui pourrait typiquement concerner des communes assez proches comme Gonesse ou Villeneuve Saint Georges, mais qui pourrait de surcro”t rester masquŽ par lĠaugmentation gŽnŽrale de la population de lĠŽpoque, un phŽnomne de construction de banlieue commencŽ avant que les aŽroports fonctionnent ˆ plein rŽgime, mais que le bruit des avions aurait inflŽchi. Les urbanistes anglo-saxons qualifient ce type de processus de filtering down.

Il est Žvident alors que cĠest un tout autre type dĠenqute qui permettrait de savoir si les conditions mmes dĠŽvolution parallle des populations et activitŽs riveraines, et des mouvements et trajectoires dĠavions, ne rentrent pas lourdement en jeu dans lĠapprŽciation de la gne, le fatalisme ou lĠauto-censure. Ce nĠest probablement pas par des sondages quĠon peut saisir une rŽalitŽ aussi complexe. Et encore moins par des approches ŽpidŽmiologiques. Il est alors nŽcessaire de remarquer quĠˆ cette Žpoque, une autre partie du ministre de lĠEquipement, celle chargŽe de lĠurbanisme, finanait la recherche en sociologie urbaine, et quĠil devenait vite Žvident que le discours administratif fondant lĠurbanisme et lĠamŽnagement du territoire sur une prŽtendue libertŽ de choix de leur vie par les individus Žtait trs loin de la rŽalitŽ. Mais cĠŽtait justement dans les Directions  des Transports (routes, aviation civile) quĠil sĠŽtait dŽployŽ le plus, et jusque dans la modŽlisation (voir le modle de trafic urbain FABER et les critiques dont il a fait lĠobjet : Dupuy, 1978 ; GRETU, 1980 ; BarraquŽ, 1997).

On peut alors se demander si le fondement scientifique de lĠŽtude de la gne ne venait pas en fait sĠarticuler avec une certaine conception de la gestion urbaine, celle des annŽes 1970, o coexistaient le culte de la libertŽ et de lĠirrationalitŽ qui lĠaccompagne, et la rationalisation sociale de politiques de dŽveloppement Žconomique dŽjˆ dŽcidŽes. Ce qui conduisait ˆ ne pas vouloir faire les Ò bonnes enqutes Ó.

Pourtant, cette enqute sur Roissy reste assez unique. Comment alors ne pas sĠinterroger, sur le fait que vingt ans aprs, on nĠait mme pas pensŽ ˆ accompagner le doublement des pistes de Roissy CdG dĠune enqute avant/aprs qui rebondisse sur les acquis et limites des travaux prŽcŽdents, en tout cas jusqu'ˆ ce que le CNB nĠexige que ce travail soit fait ? Et ensuite de quoi il a ŽtŽ fait dans lĠurgence, et donc dans de mauvaises conditions scientifiques. Nous reprendrons de point plus loin, mais il faut maintenant expliquer comment la recherche sur le bruit sĠest dŽveloppŽe, et pourquoi celui des aŽronefs a ŽtŽ laissŽ de c™tŽ.

Le dŽveloppement des recherches sur le bruit

Un certain nombre dĠinflexions se sont produites au fil du temps, notamment parce que la recherche se devait de rŽpondre ˆ lĠŽvolution de la demande de lĠadministration. Or, un Service des Problmes du Bruit avait ŽtŽ crŽŽ en 1973, et lĠintŽrt de certains de ses membres pour la recherche, en particulier Jean Claude Serrero, ont conduit ˆ des inflexions conjointes avec lĠŽlargissement des activitŽs du service (devenu plus tard la Mission Bruit que nous connaissons aujourdĠhui). En afit tout avait commencŽ bien mal, avec la nomination suivie dĠune dŽmission Žclair dĠun Ò monsieur silence Ó, lĠingŽnieur des Mines Yves Martin, qui constatait que dans ce domaine les administrations techniques ne voulaient pas laisser lĠinitiative ˆ lĠEnvironnement. Son remplaant, M. Cazadjan, fut lui mme remplacŽ par un ingŽnieur de lĠArmement, Monin. Celui-ci obtint de pouvoir dŽvelopper son service, en obtenant deux ingŽnieurs TPE et en recrutant en novembre 1975 J.C. Serrero, titulaire dĠun doctorat en holographie acoustique, dŽjˆ expert auprs des tribunaux pour les conflits de bruits, et qui quittait son poste de ma”tre-assistant au CNAM pour devenir contractuel du Ministre. Trs vite, Monin se fit reprŽsenter par Serrero au comitŽ Bruit et Vibrations, ce qui permit ˆ ce dernier de conna”tre lĠŽquipe de Serge Antoine et plus tard de devenir ˆ son tour secrŽtaire du ComitŽ.

Celui-ci poursuivait ses travaux dans le domaine de la mesure et de la prŽvision du bruit, car on voulait intŽgrer la dimension acoustique dans les Žtudes dĠimpact auxquelles Žtaient soumises les nouvelles infrastructures routires. La loi-cadre sur la Protection de la Nature et de lĠEnvironnement, de 1976, considŽrait le bruit comme une nuisance grave, ce qui impliquait que la responsabilitŽ de lĠadministration pouvait tre engagŽe dans les conflits de bruit. Daniel Hasley se souvient que le dŽpartement acoustique dĠun des principaux bureaux dĠŽtudes dĠurbanisme, le BETURE, se trouva engagŽ en 1977-1978 dans une comparaison de la prŽcision de 4 mŽthodes diffŽrentes de prŽvision du bruit routier en faade de logements . Il se souvient quĠˆ cette Žpoque, AŽroport de Paris faisait faire des Žtudes de faon sŽparŽe, sans contact avec le ComitŽ, et sans communiquer de rŽsultats.

De toutes faons, le service et la recherche sur le bruit allaient conna”tre une inflexion du fait des Žvolutions administratives et de lĠŽchec de la loi sur le bruit. Mise en chantier ds le dŽbut, celle-ci nĠa pas pu aboutir dans les annŽes 1970. CĠest une des raisons de la dŽmission rapide dĠYves Martin. Mais un travail patient sĠŽtait poursuivi et le service avait un projet ˆ faire circuler en 1978. A ce moment, il a ŽtŽ regroupŽ avec divers services du grand ministre de lĠEnvironnement et du Cadre de Vie (ministre Michel dĠOrnano) dans la nouvelle DŽlŽgation ˆ la QualitŽ de la Vie, et devenait la mission Bruit ; son chef, Monin, Žtait remplacŽ par un Žnarque, Mouget, qui voulait dŽvelopper une dŽmarche contractuelle, conformŽment au nouvel intitulŽ du service (mission). DĠailleurs, cĠest ˆ ce moment quĠa ŽtŽ crŽŽ le Centre dĠInformation et de Documentation sur le Bruit (CIDB), et quĠa ŽtŽ lancŽe la dŽmarche des Ò villes pilotes contre le bruit Ó, une approche typiquement contractuelle (mais modeste comme les crŽdits du Ministre ...) qui a concernŽ environ 25 villes entre 1978 et 1985.

Mais comme la loi en projet comprenait dĠimportantes modifications rŽglementaires, elle pouvait susciter lĠhostilitŽ des grandes Directions du Ministre. Pierre Schmeltz, arrivŽ sur lĠun des postes de TPE, et futur chef de la Mission pendant 15 ans, nĠa pas rŽussi ˆ faire accepter une partie qui visait lĠacoustique des b‰timents anciens : le SŽnat de lĠŽpoque voulait limiter la rŽglementation aux b‰timents neufs. Mais surtout, le SecrŽtaire dĠEtat aux Transports, Jo‘l Le Theule, suite au succs des communes riveraines contre les Compagnies aŽriennes en Cour de Cassation en 1974, voulait que lĠarticle de loi qui leur avait permis de gagner soit modifiŽ, afin de Ò canaliser Ó tous les plaintes des riverains contre les seuls aŽroports et donc vers la voie administrative. Certains juristes proches du lobby aŽrien, comme Franois Legrez (1980), leur apportaient lĠargument que cĠŽtait la seule voie raisonnable. Mais le monde des riverains, craignant que les tribunaux administratifs soient plus hostiles ˆ leur Žgard que les tribunaux civils, a rŽussi ˆ mobiliser des sŽnateurs et des prŽsidents de conseils gŽnŽraux pour bloquer cette partie de la loi, puis un nouveau projet de loi spŽcifique aux aŽroports en 1979 . La situation resta bloquŽe jusqu'ˆ lĠarrivŽe de la Gauche au pouvoir. Pour la mission Bruit en tout cas, il pouvait para”tre attirant de se tourner davantage vers un champ jusque lˆ peu couvert, le bruit de voisinage : cĠŽtait dans ce domaine que les plaintes de loin les plus nombreuses arrivaient ˆ tous les niveaux. Et le manque de crŽdits interdisait de rver ˆ une solution pour le bruit des infrastructures de transport, la mission Bruit Žtant de toutes faons marginale dans cette affaire.

En 1981, lĠarrivŽe de la Gauche au pouvoir a correspondu ˆ une autre Žvolution, avec une recomposition du comitŽ. Le nouveau prŽsident Žtait Claude Lamure, ingŽnieur des Ponts et ChaussŽes, qui dŽcida de relancer la recherche avec une programmation de 10 ans, en sĠappuyant sur les travaux du colloque de Compigne, dont le recul du temps a conservŽ la mŽmoire. Serge Antoine, ayant lui-mme ŽtŽ chargŽ de rŽorganiser la recherche au Ministre, avait crŽŽ deux grands comitŽs, lĠun sur les milieux physiques, et lĠautre sur les Žtablissements humains. Le comitŽ Bruit se retrouvait dans celui-lˆ, ce qui permettait une ouverture nouvelle vers les sciences sociales. Or, il nĠy avait pas davantage de sociologues dans le comitŽ, et Alexandre avait dŽcidŽ de le quitter. J.C. Serrero se souvient de son impression de renforcement du poids des administrateurs ˆ lĠŽpoque.

Trois appels dĠoffre ont ŽtŽ lancŽs : celui sur le bruit et la santŽ, confiŽ ˆ un responsable de la recherche expŽrimentŽ du comitŽ Antoine, le docteur Yana, a attirŽ de nombreuses Žquipes. Mais celui sur la multi-exposition et les multi-nuisances semble avoir ŽtŽ un relatif Žchec, car les acousticiens nĠavaient pas trouvŽ de partenaires en sociologie. Ce nĠest pas surprenant compte tenu de la dŽcennie de distance ŽvoquŽe plus haut. Un troisime appel dĠoffres fut lancŽ sur le thme Žnergie et acoustique.

Au bout de trois ans, au colloque dĠAix les Bains (1984), on ne pouvait tirer quĠun bilan mitigŽ. Lucien Chabason prenait la succession de Serge Antoine, qui partait ˆ la retraite, et nommait J.C. Serrero au poste de secrŽtaire du comitŽ. Ensemble ils dŽcidaient de renouveler le tiers des membres environ tous les deux ou trois ans, et notamment, le prŽsident Lamure quitta le ComitŽ et fut remplacŽ par son collgue de lĠIRT (devenu INRETS) Michel Vallet, un ancien enseignant dĠŽducation physique devenu, ˆ force de travail, un spŽcialiste du bruit des avions et de ses effets, mais clairement situŽ dans la psycho-acoustique comportementaliste. Mais Madame LŽvy Leboyer et Monsieur Muset partirent, ainsi que Pascal Bar, un ingŽnieur des Routes trs qualifiŽ sur la mesure du bruit routier. Inversement Jean Franois Augoyard rentra. Le nouveau prŽsident, Jacques Delcambre, chef du service acoustique de lĠEDF, dŽcidait dĠarrter les recherches sur bruit et santŽ, puisque les rŽsultats nĠŽtaient toujours pas convaincants. En revanche, il Žtait suffisamment ouvert, malgrŽ sa formation et son orientation personnelle de recherche, pour laisser se faire des recherches en sociologie, et sur la dimension qualitative du bruit. Par ailleurs, avec J.C. Serrero, il Žtablissait des rgles plus strictes pour la passation des contrats ; plus de grŽ ˆ grŽ, et plus de contrats passŽs aux membres du ComitŽ sans Žvaluation en leur absence. A la suite du colloque dĠAvignon en 1986, malgrŽ lĠopposition des membres originaires des sciences de lĠingŽnieur,  Augoyard fut rejoint par un gŽographe de lĠurbain, Antoine Haumont. Gr‰ce ˆ des spŽcialistes du bruit au travail (professeur Josserand de Toulouse, docteur Arbey de lĠINRS), la question des effets du bruit sur la santŽ fut rŽorientŽe vers le bruit au travail, qui pouvait attirer acousticiens, mŽdecins, ergonomes et sociologues du travail. Un autre axe fut dŽveloppŽ sur un thme trs innovant, le contr™le actif du bruit . Augoyard fut chargŽ dĠanimer un axe de recherche sur le bruit de voisinage, qui sĠest ensuite dŽveloppŽ dans la direction de lĠŽtude des ambiances sonores : le bruit nĠest pas que gne, il est aussi lĠexpression de la vie, et la plupart des gens ont besoin de calme et de bruit selon les moments. Certains bruits peuvent faire partie du paysage dĠun quartier. Aprs discussions et rŽŽcritures, il rŽussit ˆ lancer un appel dĠoffres, dont malheureusement peu de gens savent quĠil a conduit ˆ financer plusieurs recherches qui ouvraient de nombreuses perspectives nouvelles. Pascal Amphoux, collgue dĠAugoyard travaillant en Suisse, membre du comitŽ, estime que cette pŽriode a ŽtŽ trs intŽressante, et regrette quĠelle se soit terminŽe trop vite. Enfin, un appel dĠoffres sur les aspects socio-Žconomiques du bruit, prŽparŽ par Jean-Philippe Barde de lĠOCDE, a constituŽ un Žchec, faute dĠavoir pu intŽresser assez dĠŽquipes candidates. Et madame LŽvy Leboyer obtint un financement pour Žcrire une synthse de douze ans de travaux sur la gne (1988).

Le CNB a ŽtŽ mis en place en 1984. LĠidŽe Žtait de rŽunir les administrations concernŽes, les associations de dŽfense, les Žlus de divers niveaux territoriaux, les professionnels de lĠacoustique, les reprŽsentants des sources de bruit, etc.  Depuis le dŽbut il compte des personnalitŽs qualifiŽes, et en tout cas, il peut tre le lieu dĠexpression dĠune demande de recherches. Or, il ne semble pas y avoir eu  dĠŽchanges et de discussions avec les comitŽs Bruit. NĠest-ce pas un signe dĠune difficultŽ dĠarticuler connaissance et dŽcision dĠune faon adaptŽe ˆ lĠenvironnement ?

Deux prŽsidents ont succŽdŽ ˆ J. Delcambre aprs sa dŽmission en 1988 : Perulli, un professeur dĠacoustique ˆ lĠUTC de Compigne, puis Henri Arbey, de lĠINRS, en 1990 au colloque de La Rochelle. Le ComitŽ changea alors de nom pour sĠappeler Bruit Environnement, SociŽtŽ et Territoire (BEST). Il lana deux programmes successifs sur le thme Gestion de lĠEnvironnement Urbain Sonore (GEUS). Le colloque suivant, tenu ˆ Strasbourg en 1994 sĠintitula mme Assises de lĠEnvironnement Sonore. Mais la dŽcision de crŽer lĠADEME et de lui confier la gestion de la redevance sur le bruit des avions, recrŽŽe par la loi Royal, conduisit ˆ remettre indirectement en cause tout cet acquis : il fut dŽcidŽ que la recherche sur le bruit serait conduite ˆ lĠADEME, ˆ Nice, o pourtant il nĠy avait gure de compŽtences ˆ ce moment, surtout en sciences sociales. Paradoxalement, cĠest donc au moment o une nouvelle approche plus ouverte aux sciences sociales avait rŽussi ˆ sĠimposer que le dispositif Žtait repliŽ sur le monde des ingŽnieurs et de lĠacoustique ; et, si au milieu des annŽes 1990, J.C. Serrero put obtenir des crŽdits spŽcifiques pour la recherche sur le bruit au sein du grand appel dĠoffres Transports (PREDIT), Pascal Amphoux estime devoir regretter le comitŽ BEST. Et puis, le PREDIT Žtait tournŽ essentiellement vers les transports terrestres, pas vers le trafic aŽrien.

En dŽfinitive, au moment o lĠagrandissement de Roissy CdG faisait ressurgir la question de la gne due aux aŽroports, le monde scientifique Žtait assez dŽmuni pour rŽpondre aux questions posŽes par les riverains et les administrations. CĠest donc dans dĠassez mauvaises conditions quĠon dut faire la grande enqute de 1998-1999.

LĠenqute sur le bruit au voisinage des aŽroports de 1998-1999

Face ˆ la colre des riverains, qui a entra”nŽ lĠŽchec de la plupart des dŽputŽs de droite au profit de la Gauche plurielle lors des Žlections consŽcutives ˆ la dissolution de lĠassemblŽe de 1997, le nouveau gouvernement a voulu leur donner des gages. Or en rŽalitŽ, le dŽcret dĠextension de lĠaŽroport avait dŽjˆ ŽtŽ pris, et dĠailleurs le dŽveloppement de ce dernier ne faisait que respecter un calendrier prŽvu depuis le dŽbut ! On peut mme dire que ce respect conduisait ˆ avoir du retard par rapport ˆ lĠexplosion du trafic se produisant depuis le dŽbut des annŽes 1990.

En revanche, ds la fin du gouvernement prŽcŽdent (JuppŽ), il avait ŽtŽ dŽcidŽ dĠaccompagner lĠextension de Roissy de la mise en place dĠune Ò charte de lĠenvironnement sonore Ó, et des rŽunions des commissions consultatives de lĠenvironnement (CCE) et de lĠaide aux riverains (CCAR) avaient commencŽ. Pour le nouveau gouvernement, il sĠagissait donc de reprendre le processus, mais en le faisant modifier et valider par le Parlement. Ce dernier nĠa pas remis en cause le doublement des pistes, mais a votŽ une loi crŽant lĠACNUSA (AutoritŽ de contr™le des nuisances aŽroportuaires), et il a maintenu lĠexistence dĠune autre autoritŽ de contr™le, interne ˆ lĠAviation Civile, visant spŽcifiquement le non respect des trajectoires ou des horaires par les avions. En ce qui concerne la charte, dĠun c™tŽ, les riverains et leurs Žlus avaient dŽcidŽ de constituer un groupe de travail permanent au sein de la CCE de Roissy, ce qui Žtait nouveau : crŽŽe ˆ la suite du groupe de travail prŽsidŽ par le conseiller dĠEtat Gabolde en 1983, elle nĠŽtait jusque lˆ rŽunie quĠˆ lĠoccasion dĠune modification des zonages liŽe ˆ lĠaugmentation du trafic et ˆ le crŽation de nouvelles trajectoires dĠapproche et de dŽcollage. Les riverains disaient quĠau moment de lĠagrandissement de Roissy CdG, elle nĠavait pas ŽtŽ rŽunie depuis 7 ans. DĠun autre c™tŽ, alors quĠon pouvait penser que le ministre de lĠEnvironnement serait chargŽ de gŽrer la prŽparation de la charte, un arbitrage des services du Premier Ministre rendu en Septembre 1997 confiait cette t‰che au ministre des Transports. Et, les services du ministre J.C. Gayssot Žtant les mmes que ceux de son prŽdecesseur, le projet de charte resta fondŽ sur un point crucial et controversŽ : lĠadministration sĠengagerait ˆ mesurer le bruit en permanence autour de Roissy, et compenserait lĠaugmentation du trafic par une diminution du bruit Žmis par chaque avion en moyenne. Ainsi le volume sonore annuel resterait le mme.

Or, des enqutes conduites dans dĠautres aŽroports, notamment Dusseldorf, tendaient ˆ montrer quĠune succession plus rapprochŽe dĠavions moins bruyants individuellement Žtait plus gnante que des avions plus bruyants mais plus espacŽs. Et de toutes faons, les riverains ne voulaient plus entendre parler de lĠindice psophique, et lĠadministration sĠŽtait engagŽe ˆ en trouver un autre, qui permette notamment une comparabilitŽ avec le bruit routier. Enfin, la Directive europŽenne visant lĠensemble des transports Žtait en prŽparation, et elle cherchait ˆ prendre un indicateur unique sur la base duquel les pays membres devraient faire une cartographie assez dŽtaillŽe. Pour toutes ces raisons, il semblait opportun de faire une nouvelle enqute de gne ˆ Roissy, en prenant Orly comme base de rŽfŽrence, puisque le trafic nĠy Žvolue plus gure .

Saisi enfin par les ministres de lĠEnvironnement et des Transports, le Conseil National du Bruit, multipliant les rŽunions pour compenser les retards pris, rŽussit ˆ donner un avis sur le projet de charte en DŽcembre 1997, et cet avis Žtait globalement nŽgatif, bien quĠassorti de nombreuses propositions de modification et dĠamŽlioration de la charte. En fait, lĠarrivŽe dĠun nouveau reprŽsentant des dŽputŽs suite aux Žlections, en la personne de Jean-Pierre Blazy, dŽputŽ-maire de Gonesse (qui allait devenir le nouveau prŽsident du CNB six mois plus tard), avait permis de fŽdŽrer les bonnes volontŽs et de parvenir ˆ une position collective et ferme. En particulier, le Conseil disait quĠil ne pourrait donner un avis plus complet quĠaprs la conduite de cette enqute de gne que beaucoup dĠacteurs rŽclamaient. Le point essentiel Žtait lĠexigence que le bruit soit mesurŽ (et non pas calculŽ par un logiciel) dans les endroits mmes o les personnes Žtaient interrogŽes. On pouvait espŽrer que le profil acoustique une fois bien connu sur le terrain, il serait plus facile de savoir si cĠŽtait le volume sonore global ou la succession dĠŽmergences rapprochŽes qui gnait le plus, et si par ailleurs la gne Žtait le fruit dĠune accumulation dans le temps long, ou si elle Žtait liŽe au bruit du Ò dernier avion passŽ Ó, ou quelque chose entre les deux.

Le Conseil ne voulait cependant pas une enqute b‰clŽe, et souhaitait quĠelle soit prŽparŽe, accompagnŽe et contr™lŽe par un comitŽ scientifique comprenant lĠauteur de ces lignes, en tant que personnalitŽ qualifiŽe du Conseil.

Lorsque jĠai ŽtŽ nommŽ en Mars, jĠai dŽcouvert que le comitŽ scientifique avait dŽjˆ commencŽ ˆ travailler sans mĠattendre, quĠil avait dŽfini le principe dĠun grand sondage, et mme confiŽ lĠŽtude ˆ Michel Vallet de lĠINRETS. De plus, le comitŽ scientifique ne comprenait aucun scientifique ˆ part Michel Vallet et moi-mme, mais une large majoritŽ dĠingŽnieurs de divers services de lĠAviation Civile, et seulement un reprŽsentant de la Mission Bruit. Cette dernire avait connu plusieurs dŽparts rŽcemment (dont celui de son chef, Pierre Schmeltz, retournŽ ˆ son ministre dĠorigine, ˆ le Direction des Routes). Enfin et surtout, on nĠavait pas pensŽ ˆ associer au comitŽ le secrŽtaire du ComitŽ BEST, Jean Claude Serrero, alors quĠil Žtait finalement le seul ˆ avoir une vŽritable compŽtence sur le sujet ! Il ne mĠa pas ŽtŽ difficile de convaincre Yves Meusburger, qui dirigeait le comitŽ en tant que directeur adjoint du service des Bases AŽriennes, que le comitŽ en question est ce quĠon appelle un comitŽ dĠorientation, et que jĠallais constituer le comitŽ scientifique avec Jean Claude Serrero. Nous lĠavons fait en 15 jours, soit en un temps record . Mais il Žtait trop tard, du point de vue des commanditaires, pour modifier lĠenqute de gne et surtout son calendrier. On invoquait lĠurgence liŽe ˆ la pression exercŽe par les riverains ˆ la commission chargŽe de prŽparer la charte de ma”trise des nuisances sonores, et par les deux ministres des Transports et de lĠEnvironnement qui sĠŽtaient engagŽ ˆ apporter des rŽponses lĠannŽe suivante. La seule chose que nous avons obtenue, cĠest que lĠenqute serait prŽparŽe par une enqute plus en profondeur, qui serait conduite en parallle par trois Žquipes ayant des orientations psycho-sociologiques diffŽrentes, afin de se donner le maximum de chances dĠidentifier les questions qui seraient les plus pertinentes. En fait, nous avions identifiŽ cinq Žquipes, mais celle du CSTB nĠavait pas le temps, et lĠŽquipe du CRESSON avait proposŽ une approche trs intŽressante, mais hors sujet par rapport ˆ la dŽpendance o nous Žtions dŽjˆ vis ˆ vis du commanditaire. Restaient M. Vallet et son collgue Vincent de Lyon, psycho-sociologue ; une autre Žquipe de lĠINRETS, composŽe de psycho-sociologues ayant travaillŽ sur les problmes de sŽcuritŽ routire (Europsyt), et Manuel Perianez, qui pouvait ainsi revenir travailler sur le bruit aprs quasiment vingt ans dĠostracisme.

En fait, le calendrier retenu avant mon arrivŽe ne permettait pas dĠattendre que les acquis de cette phase exploratoire soient pleinement tirŽs pour lancer le sondage . Le comitŽ dĠorientation voulait absolument que les interviews soient faits avant lĠhiver, pour quĠon saisisse un moment o les riverains vivent en partie dans leur jardin et sont donc plus gnŽs. Michel Vallet utilisa donc au mieux les ŽlŽments communiquŽs par ses collgues et construisit un sondage qui devait porter sur 1000 personnes, dont un tiers ˆ Orly. Ds juin 1998, un cabinet spŽcialisŽ fut retenu pour conduire le sondage, et une Žquipe dĠacousticiens fut choisie pour faire les mesures juste aprs les enqutes. Le comitŽ scientifique accepta de travailler directement avec lĠŽquipe chargŽe du sondage pour amŽliorer au mieux le questionnaire. En contrepartie de sa bonne volontŽ, elle demandait quĠun budget de recherche soit allouŽ au comitŽ BEST pour quĠun vŽritable appel dĠoffres de recherche soit organisŽ, tant il paraissait Žvident que lĠŽtude en cours ne rŽsoudrait pas tous les problmes mme en ce qui concerne la connaissance de la gne et de ses causes. Mais au budget suivant, et conformŽment ˆ la logique adoptŽele comitŽ de J.C. Serrero ne reut aucun moyen financier, alors que 2 million de F Žtaient attribuŽs ˆ lĠADEME, o seul un jeune ingŽnieur sĠoccupait du bruit, Emmanuel Tibier. CĠest dĠailleurs sur ces crŽdits que la recherche ˆ laquelle je participe ici est financŽe. Mais il sĠagit dĠune exception puisque la recherche est conduite pour un autre comitŽ ; il me semble nŽcessaire de reconstruire un comitŽ scientifique, et on peut se demander pourquoi faut-il toujours recommencer ˆ zŽro ...

Dans ces conditions, jĠai dŽcidŽ de ne pas accepter la demande qui Žtait faite aux membres du comitŽ spŽcifique de lĠenqute de 1998, par ses commanditaires, de poursuivre leur participation au delˆ de la fin de celle-ci. Mais la plupart des membres ont Žgalement refusŽ, soit pour des raisons de disponibilitŽ (ils avaient acceptŽ de Ò faire a Ó pour J.C. Serrero et moi, mais pour une opŽration limitŽe dans le temps), soit par mŽfiance vis ˆ vis dĠun commanditaire qui, ˆ cause de lĠurgence invoquŽe, les enfermait en fait dans une logique de justification de lĠenqute conduite, et mme dans un r™le de Ò couverture Ó vis ˆ vis des riverains du comitŽ de la charte (Ò on vous promet que lĠenqute est objective et irrŽprochable puisquĠelle est suivie par un comitŽ scientifique Ó), soit encore par simple dŽsintŽrt.

Pourtant, lĠenqute est intŽressante, malgrŽ ses limites. DĠabord, il faut dire que la fixation du dispositif entre les administrations et lĠŽquipe de Vallet ˆ lĠINRETS avant la constitution du comitŽ scientifique impliquait quĠon ne ferait rien de bien diffŽrent de ce qui avait toujours ŽtŽ fait jusque lˆ, et que les chercheurs de lĠINRETS connaisaient : il paraissait Žvident quĠil fallait conduire une sŽrieuse campagne dĠinterviews individuels quĠon chercherait ˆ corrŽler ˆ la gne. Michel Vallet a lui-mme fait son travail semble-t-il sans passion. NĠa-t-il pas dŽclarŽ au comitŽ de suivi quĠil ne fallait pas faire une enqute trop cožteuse, parce que Ò bien davantage de gens sont concernŽs par le bruit routier que par le bruit des aŽronefs Ó ? LĠenqute confirme ce quĠon savait dŽjˆ, ˆ savoir que la corrŽlation reste faible entre exposition et gne. Pourtant, le fait nouveau est que cette fois, on a mesurŽ le bruit au sol, et pas recouru ˆ un calcul ou ˆ un modle. Mais il faut dire que les mesures ont ŽtŽ faites dans des conditions diffŽrentes des enqutes, car la campagne a commencŽ en octobre, aprs les interviews, et sĠest poursuivie dans lĠhiver. De plus, pendant les mesures, AdP a remplacŽ la piste 2 par la piste 4, pour cause de rŽparations. Je me souviens que lĠAviation Civile a convoquŽ le comitŽ scientifique pour lui demander sĠil voulait bien valider un corrŽlation de la gne avec un bruit reconstituŽ, comme sĠil nĠy avait pas eu changement de piste en cours de mesure. Personnellement, je pense que cĠest possible, mais que dans ces conditions on ne peut pas faire autre chose que de fabriquer un indicateur de gne moyen sur une longue pŽriode. Et la question de la gne spŽcifique due ˆ une succession ininterrompue dĠavions individuellement peu bruyants, intervenant ponctuellement, ne peut alors plus tre couverte.

DĠautres remarques ont ŽtŽ faites par les divers membres du comitŽ scientifique, et ont ŽtŽ synthŽtisŽes par J.C. Serrero et moi-mme dans un avis qui est annexŽ au prŽsent texte. Mais ce quĠil faut surtout retenir, cĠest que cette enqute, utilisant en gros les mmes mŽthodes que celle de 1974, aboutit ˆ des rŽsultats aussi limitŽs. Et elle nĠexplore pas mieux les deux dimensions qui pourraient expliquer les faibles corrŽlations : celle qui concerne le rapport inconscient des individus au bruit ; et celle qui vise la dimension collective et territoriale du conflit. Dimensions qui pourraient expliquer que la principale gne des riverains, cĠest de sentir quĠils ne sont pas pris en compte, ni considŽrŽs, par une sociŽtŽ qui leur impose un intŽrt gŽnŽral sans contrepartie vŽritable.

Or, la thse de Guillaume Faburel, financŽe par lĠADEME et soutenue en DŽcembre 2000, semble aller dans ce sens. Il a dŽcidŽ de ne pas limiter lĠŽvaluation du cožt social du bruit ˆ la perte de valeur des logements, comme le suggŽrait son directeur de thse. Et gr‰ce ˆ un financement du PREDIT, ainsi que, fait exceptionnel, dĠune aide du Conseil GŽnŽral du Val de Marne, il a pu conduire une enqute importante et originale en recourant ˆ lĠŽvaluation contingente : sans entrer dans le dŽtail, disons quĠon demande aux gens combien ils seraient prts ˆ payer pour que la nuisance cesse. Cette mŽthode, employŽe de manire rigoureuse et rŽflexive, a montrŽ non seulement sa propre supŽrioritŽ par rapport ˆ la mŽthode dite hŽdoniste des prix du foncier, mais aussi ses propres limites : au delˆ du refus de rŽponse quĠont manifestŽ un nombre important dĠinterviewŽs, une dimension territoriale de la gne a pu tre dŽcouverte par une deuxime mŽthode dĠenqute, basŽe sur un travail en groupe (focus group). Et lˆ, une nouvelle dimension de la gne appara”t, mais aussi les formes de rŽsistance collective qui aident les individus ˆ vivre.

On peut alors faire lĠhypothse que dans lĠaffaire du bruit au voisinage des aŽroports, on est dans une situation dĠanomie, car la distance sociale entre riverains et lobby aŽrien serait trop grande pour quĠon puisse introduire de la rationalitŽ dans le dŽbat. Or, ˆ bien y rŽflŽchir, les mŽthodes Žconomiques ne peuvent sĠemployer que dans des situations o un certain consensus social dĠensemble permet de poser les enjeux dans la problŽmatique de lĠacteur rationnel (qui est celle de toute Žvaluation monŽtaire). Ce qui revient ˆ mon avis ˆ lŽgitimer lĠapproche ici dŽfendue : aucune rationalisation des rapports entre aŽroport et territoire nĠest possible sans quĠune nŽgociation sincre ne soit envisageable. Ce qui implique de voir dĠabord si les reprŽsentations que les parties en conflit se font du phŽnomne sont compatibles ou non, et si elles sont Žventuellement susceptible de rapprochements.

Pendant ce temps, ˆ la demande des riverains de Roissy, Michel Vallet propose de faire une enqute des effets de lĠaŽroport sur la santŽ, thme qui avait ŽtŽ largement exclu de lĠenqute de 1998. On inclurait aussi la pollution atmosphŽrique dans les causalitŽs ˆ tester. Par ailleurs, jĠai appris de la bouche mme du directeur des Bases AŽriennes quĠune nouvelle enqute des effets du bruit sur la santŽ avait ŽtŽ confiŽe au professeur Coblentz en 1998, et quĠelle nĠŽtait pas concluante É

Une autre recherche menŽe pour le mme comitŽ CDE que celle-ci, par Yann Laurans, et qui porte sur les nouveaux mŽcanismes de concertation au voisinage des incinŽrateurs (les CLIS), aboutit ˆ dire que cĠest dans les cas les plus conflictuels que la problŽmatique dominante des argumentaires des riverains est justement centrŽe sur la santŽ publique ... SĠil est alors possible de croire que la mobilisation de thme de la santŽ est significatif des blocages et de lĠirrationalitŽ profonde dans laquelle on conduit le lutte contre le bruit, on peut se demander si la Directive europŽenne sera un succs. Mais on peut aussi vouloir aller de lĠavant en adoptant une autre approche scientifique correspondant ˆ lĠeffort, souhaitŽ par bien des acteurs sur le terrain, pour tenter de sortir de lĠimpasse actuelle.

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STANSFELD Stephen, synthse de lĠatelier 5.1 : bruit, gne et santŽ physique et mentale, in Acoustique et Technique, spŽcial Internoise 2000, nĦ22, 2000


ANNEXE

AVIS DU COMITE SCIENTIFIQUE
SUR LES RESULTATS DE LĠENQUETE
MENEE AUTOUR DE ROISSY ET DĠORLY
CONCERNANT LĠEXPOSITION DES RIVERAINS AU BRUIT DES AVIONS

PREAMBULE

Lors de la rŽunion du 2 mai 2000 initiŽe par le comitŽ de pilotage (DPPR + DGAC), les rŽsultats de lĠŽtude INRETS concernant la gne due au bruit des avions autour des aŽroports de Roissy et dĠOrly, ont ŽtŽ prŽsentŽs. Le comitŽ de pilotage, aprs avoir communiquŽ le rapport dĠŽtude, a demandŽ au comitŽ scientifique de formuler un avis pour pouvoir lĠannexer ˆ lĠŽtude qui doit tre transmise officiellement ˆ lĠACNUSA (AutoritŽ de Contr™le des Nuisances Sonores AŽroportuaires) .
Le comitŽ scientifique sĠest rŽuni le 5 juillet 2000 pour analyser lĠŽtude et Žmettre des observations et recommandations qui seront transmises au comitŽ de pilotage ainsi quĠau CNB.
Le comitŽ scientifique tient ˆ rappeler les missions qui lui ont ŽtŽ confiŽes (relevŽ de dŽcisions du 12 mars 1998) :  

  1. le conseil scientifique validera les choix de lĠŽquipe de projet constituŽ des ma”tres dĠouvrage (Mission Bruit et SBA) de leurs assistants (STNA, STBA, INRETS) et des ma”tres dĠÏuvre chargŽs de la campagne de mesures, de lĠenqute, et du dŽpouillement ;
  2. le conseil  scientifique validera la mŽthodologie permettant dĠŽtablir une corrŽlation entre la gne due ˆ lĠactivitŽ aŽronautique et les niveaux de bruit, mŽthodologie proposŽe par les ma”tres dĠouvrage de lĠenqute ; cette mŽthodologie devant conduire ˆ lĠŽlaboration du questionnaire et ˆ la dŽfinition du plan dĠenqute.
  3.  
  4. Sur la premire mission , le r™le du comitŽ scientifique a ŽtŽ inopŽrant par le fait que lĠŽquipe chargŽe de la coordination de lĠenqute  et  la forme dĠenqute avaient ŽtŽ sŽlectionnŽes par le comitŽ de pilotage avant la constitution du comitŽ scientifique. Cependant, sans mettre en doute les compŽtences de cet organisme, le comitŽ scientifique sĠest interrogŽ sur lĠopportunitŽ du choix de lĠINRETS Žtant ˆ la fois membre du comitŽ de pilotage et ma”tre dĠÏuvre de la coordination de lĠenqute.
  5.  
  6. Sur la seconde mission, le comitŽ scientifique a maintes fois signalŽ au comitŽ de pilotage  les dŽlais trs courts imposŽs par le calendrier, en prŽcisant que le questionnaire dĠenqute initialement Žtabli par lĠINRETS exigeait pour mieux le complŽter sur des aspects psychosociologiques, des prŽ - Žtudes ayant des approches diffŽrentes. Trois prŽ - Žtudes ont ŽtŽ diligentŽes dans un temps trs court mais leurs conclusions dŽfinitives remises bien aprs le lancement de la grande enqute nĠont  pu faire lĠobjet dĠun dŽbat contradictoire. Toutefois, lors de rŽunions dĠavancement, quelques questions nouvelles susceptibles dĠapporter un Žclairage sur la reprŽsentation de la gne sonore ont ŽtŽ repŽrŽes et incluses dans le questionnaire final de lĠINRETS.
  7. Le comitŽ scientifique tient ˆ rappeler que la mŽthode de travail imposŽe dans la prŽcipitation est inacceptable compte tenu des enjeux dĠune telle enqute. Certains membres ont dĠailleurs refusŽ de participer aux dernires rŽunions ou se sont abstenus, considŽrant quĠils avaient assez contribuŽ lors du montage de lĠenqute et faisant prŽvaloir leur perplexitŽ sur les rŽsultats attendus. DĠautres membres du comitŽ auraient souhaitŽ quĠune dŽmarche plus lente permette un travail plus qualitatif sur la gne.
  8. En revanche, le comitŽ de pilotage voulait aboutir rapidement ˆ un nouvel indicateur pour remplacer lĠindice psophique, et pour Žtablir les PEB et les PGS de la manire la moins contestable possible. Depuis  plus de 30 ans, les administrateurs et les acousticiens cherchent ˆ contourner la variabilitŽ des attitudes individuelles et  la dimension conflictuelle collective de la gne. Dans ce dŽsir dĠobjectiver le phŽnomne de la nuisance, ils se sont tournŽs vers les psychologues dits Ò comportementalistes Ó pour complŽter une approche initialement limitŽe ˆ lĠŽtude de lĠimpact sur la santŽ publique. Par des enqutes ˆ questions plut™t fermŽes et aussi par des expŽriences en laboratoire (notamment perturbation du sommeil), ils ont cherchŽ ˆ relier les niveaux de bruit ˆ des effets mesurables et indiscutables. Mais ce type dĠenqutes nĠa pas conduit ˆ ce jour ˆ des rŽsultats trs probants car la gne corrle assez mal avec le bruit mesurŽ, alors que de son c™tŽ la santŽ (surtout si elle est dŽfinie de manire globale) ne dŽpend gure de lĠexposition au bruit aux niveaux moyennement ou assez gnants.
  9. A leur tour, la psycho-sociologie cognitive et la sociologie  ont ŽtŽ  conviŽes ˆ apporter leurs explications dans les annŽes 80, mais en laissant de c™tŽ la recherche sur les bruits des avions. Est ce une volontŽ dŽlibŽrŽe des pouvoirs publics ou de la communautŽ scientifique ? toujours est-il que les efforts de recherche du ministre des Transports se sont focalisŽs  sur le bruit des transports terrestres. Cela explique la faiblesse de la culture scientifique des acteurs au moment o la revendication des riverains sĠest manifestŽe lors des dŽcisions dĠextension de Roissy. LĠindice psophique utilisŽ depuis des annŽes pour la dŽtermination des zones des PEB et PGS a ŽtŽ contestŽ en sĠappuyant  sur des considŽrations  lŽgitimes , ˆ savoir :
  10.  
  11. lĠindicateur est un indicateur calculŽ ( donc non mesurŽ in situ) selon des critres difficilement contr™lables ; on ne peut pas comparer lĠexposition avec celle des transports terrestres, qui elle est mesurŽe ;
  12. lĠindicateur ne tient pas compte de la dispersion des trajectoires notamment au dŽcollage ;
  13. lĠindicateur occulte les mouvements de nuit ou ceux ayant lieu aprs le couvre-feu ;
  14. lĠindicateur nĠintgre pas les modulations de trafic ( plus de mouvements en pŽriode estivale quĠen pŽriode hivernale).
  15.  
  16. Cet ensemble de considŽrations tŽmoigne que le sentiment de gne ressentie par les riverains est considŽrŽ par eux comme sous-estimŽ par le Ò modle Ó et fait que toute nŽgociation entre les possesseurs du Ò modle Ó et les riverains tourne ˆ un dialogue de sourds.
  17. Par ailleurs, la  mesure du bruit au sol a ŽvoluŽ et permet de la corrŽler avec les trajectoires des avions (exemple de lĠaŽroport de GENEVE). Il faut donc que lĠaŽroport de Paris sĠoriente vers la  modernisation de  son systme SONATE pour sortir de la problŽmatique Ò classement des avions pour lĠacquittement des redevances Ó.
  18.  
  19.  
  20. AVIS SUR LĠETUDE INRETS
  21.  
  22.  
  23. Lors de la prŽsentation de lĠŽtude le 2 mai  2000, le comitŽ scientifique nĠŽtant pas au complet a demandŽ un temps de rŽflexion pour Žmettre un avis collectif sur les rŽsultats de lĠŽtude (documents remis en sŽance). Aprs examen, les points suivants ont ŽtŽ relevŽs :
  24.  
  25. les niveaux de bruit mesurŽs par Acoustb pendant une semaine conduisent ˆ des niveaux apparemment diffŽrents de ceux donnŽs par les indices calculŽs, et plut™t plus ŽlevŽs. Pour le vŽrifier, le comitŽ aurait aimŽ disposer du rapport spŽcifique sur les mesures de bruit, mais celui-ci nĠa ŽtŽ transmis que trop tardivement (aprs plusieurs relances) pour quĠon puisse le discuter ici. Le constat dĠun dŽcalage confirme cependant ˆ la fois les rŽticences des riverains par rapport ˆ lĠancien indice, et justifie quĠon ait fait suivre lĠenqute par des mesures ˆ proximitŽ. Une difficultŽ inŽvitable est cependant apparue : comme on nĠa pas pu mesurer le bruit sur une longue pŽriode, la spŽcificitŽ des conditions climatiques du moment, et lĠincident liŽ au changement de piste pour des travaux pendant la campagne de mesures pouvaient aboutir ˆ des Žvaluations erratiques et non reprŽsentatives. On sĠest donc rŽsolu ˆ faire une extrapolation annuelle tenant compte du trafic variable et des conditions mŽtŽo ; dĠo un lissage attŽnuant le rapport ˆ la gne immŽdiate (par exemple si lĠinterviewŽ vient de sortir dĠune pŽriode de survol particulire). Or on ne sait pas encore avec certitude si la gne est plus une gne de fond quĠun phŽnomne liŽ Ò au dernier avion passŽ Ó. Pour mieux rŽpondre ˆ cette difficile question, il aurait fallu rŽaliser les mesures en temps rŽel, en parallle avec les trois  prŽ - enqutes, ce qui nĠa pu tre fait compte tenu du calendrier ;
  26.  
  27. le plan dĠenqute auprs des riverains a ŽtŽ bien prŽparŽ et en particulier, pour la premire fois il a ŽtŽ choisi des sites dĠenqutes au delˆ des zones Ò officielles Ó de gne. Cependant, le rapport  a tendance ˆ globaliser les rŽsultats des enqutes menŽes ˆ Roissy et ˆ Orly. Le site dĠOrly devait servir de rŽfŽrence ; or presque autant de riverains ont ŽtŽ interviewŽs autour des deux aŽroports( 607 questionnaires pour 14 communes proches dĠOrly alors que pour Roissy 876 questionnaires rŽpartis sur 28 communes plus ŽtalŽes dans lĠespace). Cette agrŽgation des rŽsultats risque de faire perdre de lĠinformation, car la situation vŽcue autour des deux aŽroports est trs diffŽrente, du fait de lĠaugmentation rapide du trafic ˆ CdG, et de lĠapparition de nouvelles zones de nuisances au delˆ des limites du PEB ; et inversement du fait du couvre - feu  en vigueur ˆ Orly depuis longtemps ;
  28.  
  29. le succs limitŽ de lĠenqute tient ˆ ce que les coefficients de corrŽlation sont ˆ moitiŽ significatifs et faibles ; cela confirme  que la gne ne corrle pas plus avec le bruit que dans les enqutes antŽrieures. Compte tenu du choix de sites dĠenqutes ŽloignŽs des plate - formes,  la perturbation due au bruit des avions semble tre perue non plus en zone circonscrite aux PEB- PGS mais sur un territoire plus Žtendu avec des coefficients de gne semblables (exemple : SANNOIS et NANTOUILLET Žcart de 12 dBA ; ˆ contrario , les communes ERMONT et MEAUX situŽes ˆ des distances diffŽrentes soumises ˆ un niveau Leq Žquivalent de 51 dBA ont un Žcart des facteurs de gne moyenne important. LĠenqute rŽvle ainsi sur le site de ROISSY une grande hŽtŽrogŽnŽitŽ entre niveaux de bruit calculŽs et facteur de gne ; ce qui laisse ˆ penser que le facteur de gne doit prendre en considŽration des critres psycho - sociologiques plus affinŽs (cf ci-dessous) ;
  30.  
  31. lĠenqute ne permet pas de prendre en compte deux facteurs qui modulent la gne, ˆ savoir la personnalitŽ des interviewŽs (mal tre plus ou moins ressenti) et la dimension collective du conflit. Les prŽ - enqutes faisaient ressortir quĠune bonne part de la gne est liŽe au sentiment dĠune part  de vivre une vie personnelle pas trs heureuse, et dĠautre part dĠtre totalement ignorŽ par lĠAŽroport de Paris et par lĠAviation civile qui nĠoffrent pas une capacitŽ dĠŽcoute( la rŽponse Ò on nĠa jamais dĠinterlocuteurs Ó est souvent citŽe) ;
  32.  
  33. lĠenqute nĠa pas permis non plus dĠinterviewer des riverains qui sont partis plut™t que de subir les nuisances, ce qui permettrait de mieux caractŽriser le consentement ˆ payer ; en revanche, lĠenqute montre que ceux qui restent ont des stratŽgies complexes, comme rester prs de parents, tout en bŽnŽficiant de logements moins chers (ce qui conduit alors ˆ une plus grande rŽsignation). Dans la prŽ - enqute, une proportion non nŽgligeable dĠenqutŽs avaient refusŽ de rŽpondre, arguant que les prŽcŽdentes enqutes nĠavaient finalement rien changŽ ˆ leur situation. On peut douter que la grande enqute ait pu traiter ce type de cas ;
  34.  
  35.  les rŽsultats commune par commune auraient permis de cerner lĠattitude des riverains par rapport aux actions de leur municipalitŽ ;un fort effet dĠappartenance territoriale dans le refus ou lĠacceptation de la nuisance semble se dŽgager des prŽ - enqutes, mais la grande enqute nĠaborde pas la dimension collective et conflictuelle directement, puisquĠelle aborde uniquement des cas individuels ; des enqutes rŽalisŽes par  petits groupes de gens au lieu dĠindividus apporteraient des informations nouvelles, et notamment pourraient attŽnuer Ò  lĠeffet de capture Ó des interviewŽs par les enquteurs (problme rŽcurrent des sondages dans le cas dĠune opinion publique non formŽe au prŽalable). Cette mŽthodologie nouvelle mŽrite dĠtre dŽveloppŽe et dĠtre croisŽe avec celle appliquŽe dans lĠenqute INRETS. Toujours dans une approche commune par commune, il aurait ŽtŽ utile de tester le lien Žventuel entre la gne exprimŽe et le sentiment de dŽgradation de la situation socio-Žconomique de la commune.

CONCLUSION

La qualitŽ du travail fourni par lĠINRETS est reconnue par lĠensemble des membres du comitŽ scientifique. Toutefois, le comitŽ estime nŽcessaire que lĠensemble des donnŽes recueillies (questionnaires dĠenqutes et mesures acoustiques) soit stockŽ en un lieu public (IFEN par exemple) pour tre rendu disponible ˆ la communautŽ des chercheurs et ˆ ceux qui tiennent ˆ tre informŽs (riverains, Žlus, syndicats de communes, associations, ...). La constitution dĠun observatoire permettant dĠune part dĠanalyser dĠune faon continue ou par Žchantillonnage la situation de lĠenvironnement sonore, et dĠautre part de prendre en considŽration de faon plus exhaustive des critres psycho - sociologiques suscitant un dŽbat dŽmocratique, devient une nŽcessitŽ.
 LĠexploitation devrait faire lĠobjet dĠune extension dĠŽtude car le Ò matŽriau Ó peut tre analysŽ par des approches diffŽrentes et pourrait conduire soit ˆ la convergence des rŽsultats obtenus, soit ˆ lĠŽlaboration de nouveaux objets de recherche. Le travail produit confirme ce que le comitŽ a toujours soulignŽ, ˆ savoir que la prŽcipitation ˆ engager lĠŽtude a conduit ˆ un  rŽsultat dont la valeur ajoutŽe nĠest pas aussi grande quĠon pouvait lĠespŽrer. Les faibles corrŽlations la rendent difficilement exploitable .Le comitŽ scientifique se demande  comment lĠACNUSA va pouvoir Žlaborer un nouvel indicateur si ce nĠest en introduisant ˆ la marge quelques critres quantitatifs.
Le rapport de lĠINRETS dont on ne peut nier la pertinence sur certains points, ne rŽpond pas ˆ lĠattente des riverains et manque dĠinnovation pour faire Žvoluer la situation actuelle vers des processus de concertation et de mŽdiation efficaces. LĠexpŽrience de GENEVE - COINTRIN o une vŽritable concertation sĠest dŽveloppŽe, est une des voies ˆ explorer car lĠŽtude des reprŽsentations collectives en situation de conflit mŽrite une attention particulire.


Enfin, le comitŽ scientifique tient ˆ souligner le caractre consultatif de ses missions et donc ne peut servir de caution ˆ une opŽration conduite avec de trop de h‰te, et pour laquelle il estime que toute la rigueur scientifique nĠa pu tre vŽritablement dŽveloppŽe. Il souhaite que la connaissance scientifique dans ce domaine soit de nouveau soutenue  par le budget civil de la recherche, sachant  que l Ġ Union EuropŽenne a dĠores et dŽjˆ pris une avance technologique en  affectant environ 180 millions de francs pour le financement de plusieurs projets (SOURDINE,RESOUND,RAIN,...)  traitant  la rŽduction du bruit ˆ la source et de lĠempreinte sonore au sol.

                                                 Paris 17 juillet 2000

Membres du comitŽ scientifique : Mme LUGASSY ; MM BARRAQUƒ , BOUTTES, HAUMONT, HOEPPE, NICOLON, PLASSARD, SERRERO,TANTAWY

Dans la version soumise au CNB, la Directive prŽvoyait quĠˆ terme on mesurerait, dans chacune des zones (Žtablies de 5 en 5 dB autour des sources de bruit), des effets sur la santŽ en termes de relations doses-effets. Pourtant, la santŽ est ici entendue au sens trs large puisquĠelle comprend le bien-tre gŽnŽral. Mais alors, comment mesurer les doses et les effets ? Les zones de bruit intense sont qualifiŽes de Ò zones de conflit Ó, alors quĠaucune enqute nĠest prŽvue pour mesurer dĠŽventuels conflits liŽs au bruit. Cela revient ˆ Ò aplatir Ó les conflits et les tres humains derrire des mesures acoustiques. A plusieurs reprises, lorsquĠil a prŽsentŽ la Directive au colloque de DŽcembre 2000 du CNB sur le Bruit en Europe, son responsable ˆ la DG Environnement, Prudencio Perera, a expliquŽ que le but Žtait de forcer les pays membres ˆ faire des cartes et de les publier. Alors dĠaprs lui, les logements situŽs dans les zones de bruit perdraient de leur valeur, et les propriŽtaires se retourneraient contre leur Etat ou leur maire pour obtenir une politique de rŽduction du bruit. CĠest un bel exemple de la judiciarisation potentielle dans laquelle lĠapproche Žco-toxicologique conduira lĠEurope, ˆ la suite des Etats Unis. Et ce sera bien pire que pour lĠeau, car les indicateurs de gne sont encore bien plus fragiles que ceux pour le plomb, les pesticides ou les nitrates.

 Les effets du bruit sur la santŽ sont Žvidents dans le monde professionnel, et la surditŽ constitue le premier poste de dŽpenses de la SŽcuritŽ sociale en maladies professionnelles, alors mme que la plupart des surditŽs ne sont pas reconnues, ni mme ressenties par les intŽressŽs eux-mmes. Nombre de jeunes ont aussi maintenant une perte dĠaudition par suite dĠŽcoute de musique trop forte. Mais le bruit des transports, lui, ne rend pas sourd.

Par rapport ˆ dĠautres politiques dĠenvironnement, comme lĠeau ou les dŽchets, le bruit se distingue par le fait que les budgets consacrŽs ne sont tout simplement pas ˆ lĠŽchelle du problme. Ainsi par exemple, on peut estimer que chaque annŽe, plus de 20.000 personnes partent ˆ la retraite avec une surditŽ professionnelle partielle, et seulement quelques centaines sont reconnues, ce qui fait pourtant du bruit le premier poste de dŽpenses en maladie professionnelle pour la sŽcuritŽ sociale ! A ce niveau, la prŽvention devrait tre bien plus dŽveloppŽe quĠelle ne lĠest. De mme, au dŽbut des annŽes 1990, nous avons Žtabli avec les experts de la Direction des Routes quĠau rythme de financement actuel, il faudrait environ 60 ans pour rŽsorber les Ò points noirs Ó, cĠest ˆ dire les zones o des logements collectifs reoivent plus de 70 dBA en faade, soit 5 de plus que la norme de bruit maximum ! NĠimporte quel sociologue se demande alors ˆ lĠenvers ˆ quoi peut servir la norme lorsquĠelle est ˆ ce point transgressŽe.

Un clivage de gŽnŽrations qui passait notamment par lĠatmosphre de Mai 1968 ...

A ceci prs quĠAdP a certainement continuŽ ˆ conduire des enqutes, mais non publiŽes.

LĠauteur de ces lignes Žtait impliquŽ dans ce projet. CĠest Ariel Alexandre qui le lui a rappelŽ 20 ans plus tard, lors de lĠŽvaluation OCDE. Il se souvient que le projet avait donnŽ lieu ˆ une discussion assez vive, mais que les mŽdecins et psycho-acousticiens avaient emportŽ un rejet de la proposition.

 Compagnie des Economistes et des Psychosociologues

Ce numŽro de la Revue Franaise dĠOpinion Publique contient Žgalement une prŽsentation des effets du bruit dans le logement par Madame Claude LŽvy-Leboyer (membre du ComitŽ bruit et vibrations) et Gabriel Moser. Ce qui permet dĠavoir une bonne prŽsentation des travaux de lĠŽpoque basŽs sur la psychologie comportementale.

Les mŽthodes Žtaient celle fondŽe sur des maquettes du CSTB (MM. Rapin et Josse) ; celle du Laboratoire Central dĠHydraulique de France (en fait un centre de recherches dĠEDF basŽ ˆ Clamart ; celle de lĠInstitut de Recherches des Transports (Laboratoire Energie Nuisances de Lyon, dirigŽ par Claude Lamure) ; et celle du BETURE. Le dŽpartement acoustique de ce dernier avait ŽtŽ crŽŽ en 1973 et confiŽ ˆ Jean Dreyfus. Hasley y est rentrŽ en 1975, et a succŽdŽ ˆ Dreyfus qui partait ˆ la retraite. Il le dirige encore aujourdĠhui, au moment o il va fermer ses portes. Une capacitŽ dĠexpertise accumulŽe pendant 25 ans sera ainsi probablement perdue.

Il nĠest pas possible ici de traiter aussi lĠhistoire du conflit et de la bataille juridique auquel il a donnŽ lieu. Ce sera lĠobjet dĠun autre texte. Les sŽnateurs en question sont MM. Chauvin, prŽsident du conseil gŽnŽral du Val dĠOise, et Collin, sŽnateur-maire de Longjumeau.

Il sĠagit notamment dĠutiliser lĠŽnergie acoustique pour gŽnŽrer automatiquement un bruit en opposition de phase, afin que les deux bruits sĠannulent.

Les ministres Barnier et Bosson sĠŽtaient engagŽs en 1994 ˆ profiter du dŽpart dĠAir France vers Roissy pour diminuer le nombre de mouvements par an ˆ 200.000, mais depuis, on est toujours restŽ autour de 250.000, avec malgrŽ tout un couvre feu de 11 :30 ˆ 6 :30.

Les membres Žtaient Madame Lugassy, professeur de psychosociologie retraitŽe ; MM Jean Claude Bouttes, professeur ˆ lĠENTPE et ex-chargŽ du bruit des avions ˆ le mission Bruit ; Antoine Haumont, gŽographe et urbaniste membre du comitŽ BEST ; Alexandre Nicolon, socio-Žconomiste CNRS retraitŽ, et ancien responsable des riverains de Roissy ; Franois Plassard, directeur du LET ˆ Lyon ;Talaat Tantawy, spŽcialiste de mesures acoustiques ; et Jean Claude Serrero et moi-mme. Le secrŽtariat fut assurŽ par un jeune ingŽnieur de lĠAviation Civile, Hoeppe.

DĠautant plus que le responsable des enqutes dans lĠŽquipe Europsyt dŽcŽdait dĠune rupture dĠanŽvrisme alors quĠil commenait dĠŽcrire son rapport. Ce dernier fut achevŽ par A. Barjonnet un an plus tard, aussi parce quĠil y avait eu de grosses difficultŽs administratives pour passer le contrat.

 

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