Note du Collectif-Orly:
Le rédacteur de ce rapport écrit dans le paragraphe- Contraintes environnementales-: " le plafonnement réglementaire de l'activité d'Orly à 250 000 mouvements,
Dans sa réponse, la MINISTRE DE L'ECOLOGIE ET DU DEVELOPPEMENT DURABLE, rubrique-Les capacités physiques- écrit : "Pour ce qui concerne l'aéroport d'Orly, le nombre de mouvements est limité à 250 000 par arrêté du 6 octobre 1994"
Madame la Ministre aurait dû écrire si elle avait voulu respecter la loi: le nombre de créneaux attribuables est de 250 000 en vue d'obtenir les 200 000 mouvements fixé à Orly par les Schémas Directeurs d'Ile de France. (texte de l'arrêté du 6 octobre 1994)
Les mouvements d'Orly sont limités a 200 000 environ: C'est la loi!
La Cour a contrôlé les comptes et la gestion de l'établissement public Aéroports de Paris (ADP) pour les exercices 1996 à 2000. Si sa mission principale est d'accueillir les avions et leurs passagers, les activités d'un gestionnaire d'aéroports comme ADP sont multiples et ce contrôle a donné lieu à des observations très diverses. La Cour en a retenu seulement certaines pour les exposer dans ce chapitre de son rapport public pour 2002. En revanche, des sujets importants comme le statut d'ADP ne sont pas traités ici.
La Cour présente d'abord ses observations sur la
capacité des aéroports parisiens à accompagner
le développement du trafic aérien dans le respect
des contraintes liées à leur environnement. Ses
analyses qui peuvent éclairer certains aspects particuliers
du projet de créer u troisième aéroport ne
sauraient cependant la conduire à porter une
appréciation sur l'opportunité de sa construction,
sujet qui n'entre pas dans sa compétence.
Elle a souhaité aussi montrer dans quelles conditions les
investissements de cet établissement public ont été
réalisés au cours de ces dernières années,
quels problèmes juridiques et économiques posent
les redevances et taxes dont il tire ses ressources et enfin comment
ses activités concurrentielles et internationales contribuent
ou non au financement de son développement.
Les problèmes qui sont exposés dans ce chapitre
devront être traités rapidement par ADP, avec ses
tutelles, quelle que soit l'évolution éventuelle
de son statut.
Les articles L 251-1 et suivants du code de l'aviation civile
disposent qu'ADP est un établissement public dont la mission
est d'aménager, d'exploiter et de développer les
installations de transport civil aérien situées
dans un rayon de 50 km autour de Paris qui ont notamment pour
objet d'assurer l'embarquement, le débarquement et l'acheminement
à terre des passagers et du fret.
ADP gère ainsi les deux grands aéroports ouverts
au trafic commercial de la région parisienne dont il sera
ici plus spécialement question, Charles de Gaulle (CDG)
et Orly, mais aussi les aérodromes plus petits consacrés
à l'aviation générale et d'affaires, dont
celui du Bourget. La gestion d'un aéroport comprend des
activités très diverses dont l'étendue varie
beaucoup dans le monde, d'un gestionnaire à l'autre.
Le champ des activités d'ADP est très vaste puisqu'il
couvre, par exemple, l'assistance en escale des compagnies aériennes,
des missions de contrôle de la navigation aérienne,
des travaux d'ingénierie, des services de télécommunication
En 2001, l'établissement public a accueilli 71 millions
de passagers et son chiffre d'affaires était de 1,4 Md¤.
Au 31 décembre 2001, le total de son bilan était
de 3,9 Md¤ et ses effectifs étaient de
8 273 agents.
- Les aéroports parisiens accueillent d'abord des passagers
dont le nombre a augmenté de presque 20 millions entre
1995 et 2000 pour atteindre 73,5 millions, dont 48,1 millions
à CDG et 25,4 millions à Orly, soit une croissance
annuelle moyenne de 6,1 %. Cette augmentation a été
de 11,4 % à CDG et négative à Orly. Elle
a permis à ADP de rester parmi les six premiers systèmes
aéroportuaires du monde pour l'accueil des passagers. Les
avions cargos ne représentent que 5 % des mouvements.
Ce développement du trafic a été tiré
par le dynamisme des compagnies aériennes, au premier rang
desquelles se trouve Air France qui représente environ
la moitié du trafic et a fait de l'aérogare CDG2
sa plaque tournante10. En mettant notamment en place les infrastructures
nécessaires, ADP a su répondre de son côté
au défi que représentait cette forte progression.
En anglais son « hub », c'est-à-dire une aérogare
permettant de nombreuses correspondances entre liaisons à
courte et longue distance sur des plages horaires étroites.Celle-ci
a fait place en 2001 à une baisse du trafic de 3,5 %, soit
0,6 % à CDG et 9,6 % à Orly, du fait des attentats
du 11 septembre 2001 et des difficultés d'Air Liberté.
- Prévoir la demande de services de transport aérien
à long terme est un exercice très délicat,
mais indispensable pour ajuster les capacités aéroportuaires.
La confrontation des études disponibles, en particulier
de celles qui ont été réalisées à
l'occasion du débat public sur le « troisième
aéroport », permet d'envisager une reprise du trafic,
à un rythme cependant beaucoup moins rapide qu'à
la fin des années quatre-vingt-dix.
Le trafic total pourrait ainsi être d'un peu moins de 100
millions de passagers en 2010 et d'environ 130 millions de passagers
en 2020 (CDGet Orly), en supposant qu'aucune contrainte ne
s'exerce sur l'offre de capacités.
Mais le développement des activités d'ADP est soumis
à des contraintes physiques (capacité des pistes
et aérogares), financières et, surtout, environnementales.
B -Les contraintes environnementales
Les nuisances sonores cr éées par les avions
ne sont pas les seules atteintes des aéroports à
leur environnement mais ce sont sans doute les principales et
il est légitime que leurs riverains souhaitent qu'elles
soient limitées. C'est l'essentielle contrainte au développement
des aéroports parisiens.
Des limites sont actuellement imposées aux mouvements des
avions les plus bruyants qui doivent aussi s'acquitter de taxes
et de redevances plus élevées. Mais les deux premiers
obstacles au développement d'ADP étaient, au début
de 2002, le plafonnement réglementaire de l'activité
d'Orly à 250 000 mouvements,
d'une part, et l'engagement pris en 1998 par les ministres de
l'équipement et de l'environnement de limiter à
55 millions le nombre de passagers à CDG, sans
que cet engagement soit traduit dans un texte ayant une valeur
juridique, d'autre part.
Si le plafond d'activité d'Orly est maintenu, ce seuil
de 55 millions de passagers, qui ne pourrait sans doute être
respecté qu'en dissuadant les voyageurs par une très
forte hausse des prix, sera probablement atteint à CDG
vers 2005 et, en ce cas, il n'existe aucune véritable alternative
pour accueillir au-delà le trafic supplémentaire.
Mais il faut observer que le nombre de passagers n'a qu'un rapport
indirect avec le bruit émis par les avions, notamment parce
que les progrès techniques permettent de le réduire
pour un nombre donné de mouvements ou de passagers. Il
est donc souhaitable de mettre en oeuvre les mesures techniques
et financières qui permettent à la fois de préserver
l'intérêt des riverains et d'assurer une certaine
croissance du trafic.
L'engagement que les ministres avaient aussi pris en 1998 de limiter
le bruit émis autour de CDG au niveau atteint en 1997 est,
à cet égard, beaucoup plus satisfaisant car il restreint
la gêne des riverains tout en autorisant une croissance
du trafic au-delà de 55 millions de passagers grâce
aux progrès techniques. Le niveau de bruit de 1997 pourrait
n'être atteint à CDG que vers 2015 selon les simulations
fondées sur le bruit théorique, mais certifié,
des avions.
En juillet 2002, le ministre chargé de l'équipement
a proposé d'abandonner le plafond de 55 millions et de
limiter le bruit au niveau atteint entre 1999 et 2001, référence
plus contraignante pour le
développement du trafic que la référence
au bruit émis en 1997 et qui pourrait conduire à
arrêter sa croissance avant 2015.
Ce type de seuil pose toutefois le délicat problème
de la mesure du bruit. La certification acoustique des appareils
est une donnée utile mais certainement insuffisante. Il
revient à l'Autorité de contrôle des nuisances
sonores aéroportuaires, autorité indépendante
créée par une loi du 12 juillet 1999, de définir
les mesures adéquates.
D'autres mesures conciliant l'intérêt des riverains
et celui des passagers pourraient aussi être envisagées. Les aides versées aux riverains au titre des nuisances
sonores ne dépassent guère les 10 M¤ par
an. Des mesures généreuses présenteraient
certes un risque pour les finances publiques si elles étaient
généralisées. Mais l'exemple des aéroports
étrangers montre que ce coût est souvent préférable
à celui de nouvelles infrastructures éloignées
des grandes métropoles. Les taxes, ou majorations de
redevances, sur les avions les plus bruyants pourraient aussi
être utilement augmentées.
Il convient enfin de souligner que si le bruit diurne tend à
diminuer, ce n'est pas le cas du bruit nocturne, surtout en raison
du développement des activités d'une des principales
entreprises mondiales de messagerie que l'Etat et ADP ont autorisée
en 1996 à installer sa plaque tournante européenne
à CDG. La sensibilité des riverains au bruit nocturne
pouvant conduire à réduire fortement ce type de
trafic, l'Etat a pris un risque important en favorisant l'installation
de cet opérateur à Paris.
C- Les capacités physiques
Sans pr éjudice des contraintes environnementales, se
pose le problème de la capacité physique des aéroports
de Paris à accueillir le trafic grâce à ses
pistes, aérogares et voies d'accès.
- Le nombre maximal de mouvements par heure permis par le système
de pistes est la seule mesure opérationnelle de la capacité
d'un aéroport et elle sert à allouer les créneaux
d'atterrissage et de décollage aux compagnies. Ce nombre
dépend autant des caractéristiques physiques des
pistes que de l'organisation du contrôle aérien,
comme en témoignent les conditions d'ouverture des nouvelles
pistes de CDG.
Aux deux anciennes pistes, une au nord et une au sud, ont été
adjointes récemment deux autres pistes pour former deux
« doublets » dits nord et sud. Leur construction a
rencontré des difficultés inattendues,
comme un arrêt du chantier de la piste 4 pendant plusieurs
mois pour réaliser un complément de concertation
demandé par le ministre chargé de l'équipement
et, surtout, une remise en cause imprévue des infrastructures
de contrôle aérien. Le déplacement vers l'est
du seuil de la piste 4 a conduit à construire une nouvelle
tour de contrôle pour gérer le doublet sud et les
problèmes de sécurité soulevés par
les contrôleurs aériens à édifier une
nouvelle tour pour surveiller le doublet Nord. Le coût prévisionnel
de cette dernière est de 38 M¤.
Le doublet Sud est entré en fonction en mars 1999 et le
doublet Nord au début de 2001. Cependant, dans l'attente
de la construction de la tour Nord et de la réorganisation
de la circulation aérienne en région parisienne
qui devait être opérationnelle à l'été
2002, les pistes du doublet Nord ne fonctionnent qu'en alternance,
ce qui réduit sensiblement sa capacité. Bien que
l'ouverture de la quatrième piste permette en théorie
de porter la capacité horaire de CDG à plus de
120 mouvements par heure, elle est ainsi limitée à
102. Cette capacité de 120 mouvements ne
sera atteinte que vers 2004 lorsque la tour Nord sera achevée.
La capacité annuelle des pistes de CDG est estimée
entre 750 000 et 900 000 mouvements ou encore de 85 à 100
millions de passagers suivant que l'on retient une capacité
de 120 mouvements par heure ou, au vu de l'expérience d'aéroports
étrangers comparables, un chiffre encore plus élevé.
Elle dépend aussi des prévisions relatives à
la répartition du trafic dans la journée et l'année
ainsi qu'à l'évolution de l'emport moyen par avion.
La capacité des pistes d'Orly étant proche de 40 millions, les pistes des aéroports parisiens permettraient d'accueillir le trafic jusqu'à 2020 environ. Si le trafic ne devait pas augmenter au-delà de 55 millions à CDG, ces pistes seraient sous utilisées ce qui constituerait un important gaspillage.
- La capacité horaire maximale des aérogares est
encore plus difficile à calculer, en particulier parce
qu'elle n'a de sens que par référence à un
certain niveau de qualité du service rendu (longueur des
files d'attente, nombre de passagers au mètre carré).
Avec un niveau « normal » de qualité, selon
les normes internationales, et la répartition actuelle
du trafic dans le temps, la capacité de CDG aurait été
de 44 millions de passagers en 2001. Avec un trafic réel
de 48 millions, la qualité était un peu dégradée
ce qui a surtout été ressenti dans l'aérogare
CDG1.
Avec l'ouverture du terminal E, la capacité « normale
» de CDG sera de 55 millions en 2005 ce qui correspond au
plafond fixé en 1998 pour le trafic. Si la construction
du terminal S3 est approuvée, la capacité normale
de l'aéroport sera portée à 63 millions de
de passagers et le plan masse de CDG permet d'envisager, avec
d'autres terminaux, l'accueil des 100 millions de passagers prévisibles
à l'horizon de 2020. Cela suppose toutefois d'importants
investissements pour améliorer les voies d'accès
à CDG, routières et ferroviaires, qui commencent
à être saturées.
- La capacité des aérogares d'Orly est supérieure
à 30 millions de passagers et des investissements pourraient
l'augmenter. Avec seulement 25 millions de passagers avant même
la crise de 2001, Orly était déjà sous utilisé
et la répartition du trafic entre les deux grands aéroports
n'est pas satisfaisante. Une meilleure utilisation d'Orly, mais
aussi de CDG, supposerait d'accroître l'emport moyen des
avions alors que le système de redevances et l'allocation
des créneaux sont actuellement plutôt favorables
aux petits porteurs.
Les réflexions nécessaires sur l'utilisation
optimale des aéroports de Paris devraient s'étendre
aux autres aérodromes de la région parisienne, bien
qu'ils soient beaucoup plus petits. Ils sont pour la plupart
gérés par ADP mais l'établissement public
s'y intéresse peu et ils ne sont pas bien mis en valeur.
- Au total, avec les pistes actuelles et une augmentation des
capacités des terminaux et voies d'accès, les aéroports
parisiens peuvent accueillir le trafic jusqu'aux environs de 2020
et, de ce strict point de vue, le besoin d'un nouvel aéroport
n'est donc pas urgent. Les contraintes environnementales pourraient
cependant conduire à limiter beaucoup plus tôt leur
développement.
S'il revient au pouvoir politique d'arbitrer finalement entre
les intérêts des riverains et des passagers, il est
souhaitable que toutes les dispositions techniques et financières
permettant de mieux les concilier soient prises avant d'engager
la construction d'un nouvel aéroport qui serait très
coûteuse. Il est ainsi possible d'utiliser des instruments
tels que la détermination d'un niveau de bruit de référence,
la modulation des redevances aériennes ou l'aide aux riverains.
Entre 1995 et 2000, les investissements d'ADP se sont élevés
à 1,78 Md¤ dont 1,14 Md¤ ont été
consacrés à une augmentation des capacités,
surtout à CDG. Ils ont aussi bien concerné les aérogares,
avec notamment la construction du hall F et le lancement du hall
E à CDG2, que les pistes dont le nombre a été
multiplié par deux à Roissy. Comme de lourds
investissements pourraient être encore nécessaires
dans les prochaines années, sous réserve des contraintes
environnementales, la gestion des projets d'ADP mérite
d'être examinée.
Le rôle du conseil d'administration d'ADP, jusqu'au décret
du 17 septembre 2002, se limite aujourd'hui à arrêter
chaque année le programme général des travaux
dans le cadre de la procédure budgétaire annuelle
et à approuver les marchés d'ADP. Depuis quelques
années, des communications lui sont faites sur des projets
spécifiques. Mais la politique d'investissement, par nature
pluriannuelle, ne fait à aucun moment l'objet d'une
approbation globale par le conseil qui doit se contenter de vues
partielles relatives à des projets dont la conception est
très avancée, voire terminée.
Compte tenu de l'importance des investissements d'ADP au regard
de ses missions, il serait nécessaire que le conseil d'administration
dispose des pouvoirs nécessaires pour contrôler réellement
cette politique.
Le décret du 17 septembre 2002 portant modification du
statut d'Aéroports de Paris va dans ce sens.
A -Les prévisions de coût des investissements
- L'examen des pr évisions pluriannuelles d'investissement
d'ADP au cours de la période 1996-2000 a révélé
les faiblesses de la programmation des investissements à
moyen terme. Les chiffres présentés au comité
des investissements économiques et sociaux (CIES) sont
en effet surévalués en raison de surestimations
de précaution et du maintien de projets abandonnés
ou différés dans les enveloppes prévisionnelles.
En outre, ADP rencontre des difficultés pour disposer d'estimations
fiables au stade des avant-projets et, dans certains cas, les
estimations sont réalisées une fois que la conception
des projets est bien avancée, ce qui reflète à
la fois la faiblesse de la maîtrise d'ouvrage et l'insuffisante
séparation entre les fonctions de maîtrise d'ouvrage
et de maîtrise d'oeuvre, celle-ci étant souvent directement
exercée par l'établissement lui-même. Ainsi,
la détermination de la dépense autorisée
pour les projets s'effectue plutôt au stade des avant-projets
détaillés qu'au stade des avant-projets sommaires,
alors que ce niveau de définition devrait permettre la
définition d'enveloppes fiables.
Il apparaît aussi que le calcul des taux de rentabilité
des investissements est peu utilisé. En outre, contrairement
aux directives du CIES, les calculs de rentabilité socio-économique
sont très rarement pratiqués.
- Il a également été noté que l'entreprise
ne disposait pas de données comparatives en matière
de coûts, ce qui ne permet pas de situer le coût des
aérogares d'ADP par rapport à celui d'aéroports
semblables.
Au stade des appels d'offres, ADP ne parvient pas à disposer
de références de prix assez fiables pour apprécier
et anticiper leurs résultats : le projet d'une base de
données de prix lancé en 1998 n'a pas eu de résultats
concluants et l'entreprise a dû engager récemment
de nouvelles démarches pour améliorer ses prévisions
avec, au demeurant, des objectifs de résultats moins ambitieux
que ceux fixés en 1998.
B- L'organisation de la direction de l'équipement
L'ensemble de la fonction de construction au sein d'ADP est
assur é par la direction de l'équipement, issue de
la fusion en 1997 de deux directions, la direction technique et
industrielle et la direction de l'architecture et de l'ingénierie.
L'objectif principal de cette réforme était de faire
apparaître une fonction de maîtrise d'ouvrage au sein
de la fonction de construction d'ADP, distincte de la maîtrise
d'oeuvre dont la puissance devait être réduite
Mais l'organisation et le fonctionnement de cette direction quelques
années après suscitent les remarques suivantes :
- la réforme de 1997 a conduit en fait à créer
une direction de l'équipement extrêmement puissante
au sein d'ADP : elle regroupait 3 116 agents en novembre 2001
et incluait de surcroît des fonctions qui pourraient en
être détachées comme les achats, les télécommunications,
l'informatique ;
- dans ce contexte, les directions qui sont chargées de
définir les besoins des clients utilisateurs des infrastructures
se trouvent en situation de faiblesse, malgré la création
de « responsables de
projets utilisateurs » qui ont vocation, pour les grands
projets, à assurer une représentation unique de
ces clients ;
- certaines composantes de la fonction de construction comme la
programmation (traduction technique des besoins des utilisateurs)
sont insuffisamment affirmées. Par ailleurs, si une
maîtrise d'ouvrage a bien été identifiée
lors de la réforme de 1997, sa frontière avec la
maîtrise d'uvre demeure insuffisamment claire, par exemple
en termes de partage des missions de suivi de chantier et en termes
de responsabilité dans la définition des enveloppes
financières des projets.
C- L'architecture des aérogares
ADP consid ère que les aéroports parisiens doivent
refléter une certaine image de prestige et, en conséquence,
a pris soin de développer une architecture de qualité
utilisant les solutions les plus novatrices. S'agissant de fait
d'une politique publique de qualité architecturale, on
peut cependant regretter que, depuis les origines d'ADP, les projets
architecturaux des aérogares aient été réalisés
quasi exclusivement par ses propres équipes de maîtrise
d'oeuvre. Le recours à des prestataires extérieurs,
par concours, aurait pu tout à la fois stimuler davantage
la créativité et la maîtrise des coûts pour les projets d'ADP et contribuer au développement
de la profession d'architecte dans le domaine aéroportuaire,
notamment par le transfert d'un savoir-faire exportable.
L'examen des conditions de fonctionnement et de développement
des aérogares de CDG a révélé que
les partis architecturaux retenus ne permettaient d'obtenir qu'une
faible modularité au regard de l'évolution du trafic
et que les capacités d'évolution fonctionnelle des
aérogares étaient limitées. Ils ne permettent
pas non plus d'optimiser les possibilités d'embarquement
et de débarquement directs des passagers depuis les terminaux
qui restent trop limitées pour l'aérogare CDG2.
Le niveau de complexité atteint dans l'organisation des
circulations est aussi très élevé alors qu'ADP
a disposé historiquement de la maîtrise de son plan
masse.
Cette complexité se retrouve aussi dans les techniques
de construction utilisées : celle qui a été
retenue pour les structures du hall F de CDG2 a ainsi mis l'établissement
public dans une situation où, à un moment, il ne
savait plus si le projet pourrait être finalisé non
seulement au niveau de la conception, les plans d'exécution
étant refusés par le bureau de contrôle, mais
aussi de la réalisation, l'entreprise de gros oeuvre rencontrant
des difficultés de construction et de mise en place des
coques de couverture de ce hall qui risquaient de s'effondrer.
Le montant du marché de gros oeuvre, portant initialement
sur 52 M¤, a ainsi été augmenté de
45 %.
La réalisation de ce hall a connu des difficultés
importantes. Cet ouvrage a été conçu sans
connaître ni son futur utilisateur ni la nature du trafic
qui y serait accueilli. Initialement prévu pour plusieurs
compagnies, le hall F a finalement été affecté
à Air France cinq mois avant l'ouverture.
En outre, conçue pour être consacrée au trafic
de la zone Schengen, la deuxième péninsule du hall
a finalement dû être transformée pour accueillir
un trafic mixte. Il en est notamment résulté, au
dernier moment, des modifications du plan de stationnement des
avions, la création des contrôles nécessaires
au trafic international et de surfaces commerciales sous douanes,
l'extension des surfaces des salons, le changement des techniques
de contrôle des bagages.
Depuis la construction du hall F, ADP semble avoir pris conscience
de certains excès en matière de conception architecturale
: le hall E, symétrique du hall F, a été
simplifié et les projets des futures aérogares privilégient
une architecture linéaire, plus modulaire et évolutive.
Les objectifs de réduction des coûts de ces projets
successifs tendent à montrer que le surcoût du mode
de conception du hall F au regard de ce qui sera construit à
l'avenir est d'environ 20 % .
D - Le système de transport interne de CDG
Au d ébut des années 1990, afin de faire face
au développement du trafic de passagers en transit entre
les aérogares de CDG, ADP a pris l'initiative de construire
un système de desserte en site propre comprenant deux lignes
: la première devait relier l'aérogare 1 à
la gare TGV en desservant les parcs éloignés et
la gare RER; la deuxième, les terminaux de l'aérogare
2 et la gare TGV/RER.
A la suite d'un appel d'offres, un marché d'entreprise
et de travaux publics a été conclu le 30 octobre
1992 avec un groupement d'entreprises pour un montant initial
de 46,2 M¤ afin de lui confier l'étude, la réalisation,
l'exploitation et le préfinancement des deux lignes de
transports.
Au sein du groupement, une entreprise privée devait assurer
la construction et l'exploitation en partenariat avec la RATP,
cette dernière dirigeant le groupement et apportant sa
garantie aux emprunts contractés.
Par avenant du 29 septembre 1993, la société pour
la desserte interne de l'aéroport CDG (SDIACDG)11 a été
substituée à ce groupement. A l'issue de son contrôle
sur les comptes et la gestion d'ADP de 1991 à 1995, la
Cour soulignait que le jury de l'appel d'offres, qui ne comprenait
pas de spécialistes de ces systèmes de transport,
avait surestimé les capacités de l'entreprise et
l'état de développement de la technologie retenue
(système de cabines tirées au sol par câbles
dit SK6000).
Les difficultés récurrentes d'exécution de
ce contrat, retards et surcoûts, ont conduit en octobre
1995 à un audit de l'inspection générale
des finances et du conseil général des ponts et
chaussées qui évaluait à 33,5 M¤ le
surcoût si le système entrait en vigueur en 1997.
A la suite de cet audit, un avenant a été signé
le 5 juin 1996 prévoyant de recapitaliser la SDIACDG et
de modifier le calendrier de l'opération, la mise en service
du système étant décalée du 1er mai
1996 au 1er mai 1997 pour la ligne 1 et du 1er mai 1997 au 1er
janvier 1998 pour ligne 2. Outre la RATP, qui a vu sa participation
augmenter de 10,7 M¤, ADP a contribué à hauteur
de 9,15 M¤ au refinancement de la SDIACDG.
En 1995, le risque d'échec n'a pas été perçu
par les différentes parties. En effet, le rapport d'audit
soulignait que des risques subsistaient en matière de délais
et de coûts, dans le domaine des automatismes, des dispositifs
de sécurité et dans le montage et les essais mais
ne mettait pas en doute la capacité du groupement à
achever le projet.
A partir de 1996, les difficultés techniques se sont succédé.
De nouveaux retards dans la mise en service ont été
annoncés pour la ligne 1, des difficultés techniques
en matière de sécurité reportant le démarrage
des essais à mars 1998. Sur la ligne 2, le démarrage
des essais de câbles en octobre 1997, puis de véhicules
en janvier 1998, ont révélé des niveaux de
bruit et de vibrations incompatibles avec l'affectation des locaux
voisins qui ont conduit à l'arrêt du chantier en
février 1998. Le conseil d'administration d'ADP du 19 mars
1998 a reconnu qu'il était impossible de prévoir
une date de mise en service pour les deux lignes.
De surcroît, au vu des résultats des premiers essais,
la RATP, en juillet 1998, a fait part de ses craintes que le système
ne puisse atteindre les performances contractuelles prévues
et a demandé de les réduire, estimant par ailleurs
ne pouvoir supporter plus longtemps la charge.
La SDIACDG est devenue une sous filiale à 100 % de la RATP.
Elle était initialement détenue par la RATP (40
%), l'entreprise Soulé (40 %) et le Crédit local
de France (20 %). financière du projet. Dès lors,
le risque de ne pouvoir réceptionner le système
en raison d'une disponibilité d'exploitation insuffisante
a été évoqué par ADP.
Plusieurs expertises ont alors été mandatées
par ADP et la RATP pour statuer sur la capacité du système
à atteindre les performances requises. En octobre 1998,
tout en soulignant l'incertitude du succès ou de l'échec
du système, l'une d'elles a souligné l'ampleur des
difficultés pour atteindre la disponibilité requise,
des progrès pouvant être toutefois faits si l'on
réduisait la vitesse d'exploitation.
En février 1999, la RATP a fait part à ADP des objectifs
de continuité de service qu'elle estimait pouvoir atteindre
en terme de disponibilité, à savoir non plus une
panne par an nécessitant l'évacuation des passagers
et de leurs bagages, au besoin par les voies, sur chacune des
deux lignes, mais, à horizon d'un an, six pannes de cette
nature par an pour la ligne 1 et, dès la mise en service,
quatre pour la ligne 2. Dans un premier temps et dans l'attente
des conclusions d'une nouvelle mission d'expertise, ADP a estimé
que les performances proposées par la RATP étaient
nettement insuffisantes. Une nouvelle expertise demandée
conjointement par la RATP et ADP a remis en cause ces chiffres,
anticipant plutôt 12 évacuations par an sur la ligne
1, et noté que la disponibilité contractuelle initiale
paraissait irréaliste à un coût et dans des
délais raisonnables. Une étude datée du 21
mai 1999 a confirmé la fragilité du système
qui était bloqué environ une fois par semaine.
Un nouveau rapport d'experts rendu en juin 1999 ayant permis de
conclure que les exigences d'ADP en terme de disponibilité
n'étaient pas excessives, d'une part, que le système
SK installé à CDG ne pourrait répondre à
ces exigences, d'autre part, le conseil d'administration d'ADP
du 21 juin 1999 a enfin pris la décision de refuser les
nouvelles propositions de calendrier de mise en service et de
disponibilité que la RATP avait faites en février
1999, d'abandonner le système SK6000 pour les deux lignes
et de lancer au plus vite les consultations pour le choix d'un
nouveau projet12.
A la suite de cette décision et à la demande conjointe
d'ADP et de la RATP, les ministères de tutelle ont confié
à une mission conjointe de l'inspection générale
des finances et du conseil général des ponts et
chaussées l'élaboration de propositions pour mettre
fin au marché conclu entre ADP et la SDIACDG. Ce rapport,
rendu aux ministres en février 2000, considère que
« même si à travers la SDIACDG, la RATP a en
Lors du conseil d'administration du 19 novembre 1998, ADP considérant
que « la probabilité que le système ne puisse
jamais être réceptionné reste élevée
» avait annoncé que des études de faisabilité
d'un système de remplacement étaient engagées.
droit l'obligation de résultat qui découlait du
marché, en équité, la RATP et ADP ont pris
ensemble le risque de développement d'une technologie adolescente,
et que si la RATP porte la responsabilité principale, ADP
ne peut être exonérée de toute responsabilité,
ni le STP ».
Il évalue les conséquences financières totales
de l'abandon de l'opération à 147,7 M¤ et
propose d'en partager la charge entre la RATP et ADP pour respectivement
55 et 45 %.
Les ministres ont décidé en août 2000 de
suivre cette proposition. Cependant, cette opération n'est
toujours pas réglée car il faudrait qu'ADP résilie
le contrat en proposant une transaction. Or, ses statuts ne lui
donnent pas le pouvoir de transiger et il faut donc, pour solder
cette affaire, une modification des statuts d'ADP toujours en
attente au milieu de l'année 2002. Un décret spécifique
aurait cependant pu autoriser cette transaction depuis 2000.
Un nouveau projet a été lancé qui empruntera
l'ancien tracé mais le changement de gabarit anticipé
pour le système automoteur imposera l'adaptation des stations
existantes ainsi que la création d'une station nouvelle
et d'ateliers de maintenance. Son coût est évalué
à 213,4 M¤ pour une mise en service en 2005. Le
futur constructeur, qui propose une technologie dérivée
de celle d'Orlyval, a été choisi en 2002.
Au total, si ce nouveau calendrier et ces nouvelles évaluations
sont respectés, il aura fallu près de 15 ans de
travaux et plus de 360 M¤ pour mettre en place un système
qui améliore la qualité des transferts internes
à CDG. A ce jour, près de 150 M¤ ont été
dépensés inutilement et dix ans se sont écoulés
sans aucun résultat concret.
Entre 1996 et 2000, les produits d'ADP ont toujours couvert
ses charges et ses b énéfices annuels se sont situés
entre 60 et 120 M¤. Ses recettes sont d'abord constituées
de redevances, aériennes et domaniales, prélevées
en situation monopolistique sur les compagnies aériennes,
les opérateurs d'assistance en escale et d'autres entreprises
de l'aéronautique ainsi que d'un impôt, la taxe locale
d'aéroport, ce qui fait 735 M¤ en 2000. ADP perçoit
aussi des recettes tirées d'activités exercées
en situation concurrentielle, notamment l'assistance en escale
(169 M¤) et la concession de commerces (187 M¤),
points qui seront examinés plus loin.
Les autres produits portent le chiffre d'affaires total à
1 394 M¤ en 2000.La charge d'ADP a été réduite
par une participation du syndicat des transports parisiens à
hauteur de 5 % du total.
A - Les fondements des redevances
L'article R 224-1 du code de l'aviation civile dispose que
les redevances d'ADP « devront être appropriées
aux services rendus ». Les utilisateurs des services d'ADP,
notamment les compagnies aériennes, contestent fréquemment
qu'il en soit ainsi et le Conseil d'Etat leur a parfois donné
raison en annulant des redevances instaurées par ADP.
En mars 2001, il a ainsi annulé l'instauration de «
redevances d'accès » prélevées sur
les prestataires d'assistance en escale en considérant
qu'elles « n'ont pas été établies en
considération du coût du service rendu aux dits prestataires
».
Les déficiences de la comptabilité analytique d'ADP
ne permettent généralement pas d'établir
un rapport certain entre le montant des redevances et le coût
des services rendus en contrepartie. La complexité du système
d'information d'ADP rend ses résultats opaques et difficiles
à analyser et à retracer. On peut notamment regretter
que la définition des activités de l'établissement
qui a été retenue ne permette pas d'obtenir directement
les coûts dont la mesure est obligatoire. C'est ainsi que
l'activité d'assistance en escale retenue dans les comptes
analytiques ne correspond pas à la définition donnée
par la directive européenne 96/67 du 15 octobre 1996 qui
impose une séparation comptable de cette activité
et qui est antérieure à la rénovation de
la comptabilité analytique d'ADP.
S'il est indispensable qu'ADP améliore la mesure de ses
coûts, il reste que le coût du service rendu n'est
pas toujours une référence économique satisfaisante
et que l'article R. 224-1 pourrait être revu. En particulier,
les redevances sur les concessionnaires privés de services
et commerces dans les aéroports ont économiquement
pour objet de prélever une partie de la rente qu'ils tirent
d'emplacements privilégiés. Elles dépassent
le strict coût du service rendu par ADP en autorisant l'occupation
de son domaine public. De plus, cette rente peut différer
selon les opérateurs en fonction de leurs propres coûts,
ce qui peut justifier des taux de redevances différents,
y compris pour une même concession, peu conciliables avec
le principe de non discrimination. Le fondement juridique de ces
redevances est donc fragile.
En outre, l'article R 224-1 permet difficilement de moduler les
redevances en fonction des coûts externes imputables aux
utilisateurs des services d'ADP, par exemple les nuisances sonores
ou la congestion du trafic occasionnée par les mouvements
d'avions en heure de pointe. Or un tel mode de tarification qui
pourrait être économiquement justifié est
déjà appliqué pour ce qui concerne le bruit
à l'atterrissage.
B - Les redevances aériennes
Leur produit est de 451 M ¤ en 2000 et les deux plus
importantes sont la redevance d'atterrissage et la redevance sur
les passagers. Leurs conditions d'établissement et de perception
sont fixées par arrêté ministériel
et leurs taux par ADP, les ministres de tutelle ayant toutefois
un pouvoir de veto. Elles sont prélevées sur les
compagnies aériennes qui isolent généralement
sur les billets la redevance passagers, communément mais
improprement confondue avec la taxe d'aéroport, véritable
taxe finançant les dépenses de sûreté.
La comparaison avec les autres grands aéroports européens
peut conduire à des conclusions qualitatives sur la pertinence
du niveau et de la structure des redevances aériennes d'ADP
bien que ces redevances ne couvrent pas partout les mêmes
coûts ce qui rend l'exercice délicat.
Le niveau moyen des redevances d'ADP est approximativement le
même que celui des autres aéroports. Ce constat doit
toutefois être complété par celui d'une moins
bonne qualité des services rendus aux passagers et aux
compagnies au vu des enquêtes internationales auprès
des clients des grands aéroports qui permettent de comparer
la qualité de leurs services. ADP a certes engagé
depuis quelques années une politique d'amélioration
de la qualité mais elle n'a pas encore apporté tous
les résultats espérés, notamment pour ce
qui concerne les services rendus aux compagnies. Au total, le
rapport qualité/prix des aéroports parisiens n'est
pas très bon.
Il en résulte une contestation permanente des augmentations
des redevances par les compagnies. Ces révisions sont décidées
chaque année sans être inscrites dans une perspective
de moyen terme qui donnerait de la visibilité aux compagnies
et inciterait ADP à un effort de modération de ses
coûts. Plus généralement, aucun contrat entre
ADP et l'Etat ne fixe à terme les objectifs ni les moyens
de l'établissement.
La structure des redevances aériennes d'ADP, comparée
à celle des autres aéroports, est atypique sur plusieurs
points. Les tarifs d'ADP apparaissent ainsi très chers
pour les gros porteurs et très bon marché pour les
plus petits. Cela tient surtout au mode de calcul de la taxe d'atterrissage
qui augmente beaucoup plus vite avec la taille des avions que
dans les autre pays. La redevance passagers est aussi très
différente selon la destination et favorise les lignes
domestiques, plutôt desservies par de petits appareils.
Cette pénalisation des gros porteurs n'est pas propice
à une utilisation optimale des capacités aéroportuaires. La différenciation entre les vols vers la métropole
et vers le reste de la zone des accord de Schengen, mal justifiée
par le coût du service rendu, pose aussi un problème
parce qu'elle pénalise les échanges intra-européens.
La tarification appliquée dans les autres aéroports
présente aussi des particularités qu'on ne retrouve
pas dans le cas d'ADP et qui peuvent prêter à réflexion. Ainsi les redevances y sont parfois majorées pendant
les périodes de pointe pour dissuader les compagnies d'utiliser
les créneaux correspondant et pour faire payer le coût
de l'adaptation des infrastructures à ces pointes.
Certains aéroports ont aussi mis en place des rabais sur
les redevances dues au titre des passagers en correspondance en
les justifiant par de moindres coûts.
C - Les redevances domaniales
ADP autorise les compagnies a ériennes, les opérateurs
d'assistance en escale et d'autres organismes ayant des activités
liées à l'aéronautique (aéro-clubs)
à occuper temporairement des parties de son domaine public
telles que salons et bureaux dans les aérogares, terrains
nus ou revêtus à l'extérieur Les redevances
domaniales perçues en contrepartie représentaient
142 M¤ en 2000 et on peut y ajouter les redevances sur
l'utilisation de matériels tels que les comptoirs d'enregistrement
ou les installations de tri des bagages (50 M¤).
Les tarifs sont fixés par le conseil d'administration et
doivent être transparents et non discriminatoires dans la
mesure où ces terrains et équipements sont essentiels
à l'exercice de ces activités aéronautiques.
Un grand désordre caractérise la gestion des autorisations
d'occupation temporaire du domaine public. Les conventions domaniales,
qui fixent notamment les caractéristiques des locaux et
le montant des redevances, sont souvent signées longtemps,
jusqu'à sept ans, après le début de l'occupation
des lieux. On trouvait de nombreux occupants sans titre du domaine
public dans les aéroports parisiens ces dernières
années. En conséquence, il n'est pas sûr que
le recouvrement des redevances soit exhaustif.
Les grilles tarifaires sont parfois complexes et peuvent n'avoir
qu'un lien ténu avec le coût du service rendu. Ainsi
un rapport au conseil d'administration qualifiait le mode de calcul
des charges locatives de « pervers » et « incohérent
» en 1994 et ces barèmes n'ont toujours pas été
changés. Des rabais ad hoc peuvent être appliqués
aux tarifs officiels et on ne peut pas être certain de l'absence
de discrimination tarifaire.
Ce risque peut être illustré par l'exemple de la
société Paris Le Bourget Parc des Expositions qui
gère notamment le salon international du Bourget. Elle
occupe 46 ha sur cet aéroport avec une concession de
25 ans accordée en 2000. Le prix retenu est inférieur
de moitié au tariffixé par le conseil d'administration
d'ADP pour des terrains de cette nature sur cet aéroport.
Il n'entre pourtant pas dans les missions d'ADP d'accorder de
telles aides.
D - La taxe locale d'aéroport
L'inspection pour le filtrage des passagers est g énérale
sur les aéroports parisiens depuis 1996 mais la sûreté
n'est devenue une priorité qu'en 1998 avec la décision
de généraliser le contrôle des bagages de
soute avant 2002, une refonte de la doctrine du contrôle
d'accès des personnels et la réorganisation des
services d'ADP en charge de ces questions. Le coût de la
sûreté augmente fortement, surtout depuis le 11 septembre
2001. Les coûts d'exploitation seraient triplés de
2000 (65 M¤) à 2003. Les investissements prévus
de 2001 à 2003 sont de 230 M¤.
Les modalités de financement de ces dépenses ont
beaucoup changé de 1997 à 2000. Elles ont d'abord
été couvertes en partie par des subventions du budget
annexe de l'aviation civile et en partie par la redevances passagers
qui a ensuite fait l'objet de majorations spécifiques.
Mais le financement de missions régaliennes comme la sûreté
par les redevances étant juridiquement contestable, la
taxe locale d'aéroport a été créée
à cette fin en 1999. Les déficiences de la comptabilité
analytique d'ADP et les problèmes de définition
de la frontière entre ce qui doit relever d'un financement
par la taxe d'aéroport ou par les redevances aériennes
font que le coût de la sûreté est en réalité
mal connu, de même que le taux de la taxe d'aéroport
nécessaire pour le couvrir.
De 1996 à 2000, les résultats croissants dégagés par ADP (62 M¤ en 1996 et 122 M¤ en 2000) lui on permis de maîtriser son endettement malgré un effort d'investissement soutenu : le ratio des dettes à moyen terme sur la capacité d'autofinancement est ainsi passé de 5,1 à 4,6 sur la période. En 2001, le résultat net est tombé à 7 M¤ et l'effort d'investissement n'a pu se poursuivre, et même s'intensifier, qu'au prix d'un endettement accru de l'établissement : le ratio précédent est remonté à 5,4 et les projections du CIES laissent apparaître qu'il dépassera 6 dès 2002. De nouvelles infrastructures étant nécessaires et les redevances prélevées sur le secteur aéronautique pouvant difficilement être relevées, la question se pose des moyens financiers que peuvent apporter, ou au contraire que risquent de mobiliser, les activités exercées dans un cadre concurrentiel ou à l'extérieur de la région parisienne.
A - Les concessions de services et commerces
Les autorisations d'occupation temporaire du domaine public
attribu ées à des exploitants de services et commerces
génèrent 187 M¤ de redevances domaniales
en 2000 avec de fortes marges qui permettent d réduire
les prélèvements sur les activités aéronautiques.
Les informations disponibles sur cette activité dans les
autres aéroports européens permettent de comparer
leurs redevances par passager au départ à celles
d'ADP. Contrairement à ce que l'établissement public
affirme parfois, cette comparaison lui est souvent plutôt
défavorable. Pourtant, ADP s'est efforcé au cours
de ces dernières années d'accroître la rentabilité
des espaces commerciaux concédés. Il y a dix ans,
ces concessions étaient attribuées de gré
à gré et, pour ce qui concerne les boutiques, presque
toutes à une filiale d'ADP. Les redevances étaient
très faibles ; aussi l'établissement public décida-til
de vendre cette filiale et de mettre en concurrence les candidats
aux emplacements commerciaux dans les aéroports. Depuis,
les appels d'offres sont systématiques, le choix étant
fondé sur le taux de redevance et la qualité de
la politique commerciale proposés par les candidats. Les
taux de redevances ont ainsi pu être rehaussés, notamment
sur les concessions de services (hôtellerie, restauration)
mais la rentabilité des concessions de commerces pourrait
être encore meilleure. Elle a certes été réduite
par la suppression des ventes hors taxes aux passagers des vols
intra-européens à partir du 1er juillet 1999 mais
son impact est mal connu et semble avoir été plus
faible qu'annoncé par ADP.
Il apparaît surtout que celui-ci a continué à
accorder des conditions favorables à son ancienne filiale
reprise par un groupe privé, que les clauses des contrats
sont parfois modifiées par avenant au seul bénéfice
des concessionnaires et que la concurrence entre les opérateurs
de concessions commerciales dans les aéroports n'est pas
très forte. L'un d'entre eux détient 78 % des boutiques
des aérogares parisiennes en termes de redevances domaniales.
Les exigences des architectes d'ADP n'ont pas non plus été
toujours propices à l'optimisation de ces recettes,
les emplacements des boutiques était parfois trop réduits
ou mal situés.
B - L'assistance en escale
L'assistance en escale est un ensemble de services rendus
aux compagnies a ériennes « du côté piste
» (nettoyage, avitaillement, guidage des avions, transport
des passagers et bagages) ou « du côté aérogares
» (accueil et enregistrement des passagers, préparation
des vols). Jusqu'à 1998, elle était assurée
par ADP et par des compagnies aériennes, notamment Air
France, autorisées par l'établissement public.
La directive européenne 96/67 du 15 octobre 1996 a ouvert
cette activité à la concurrence à partir
du 1er janvier 1998, sous réserve de l'agrément
des opérateurs par le ministère de l'équipement
et de la possibilité physique de les installer sur les
aéroports. Elle a été transposée par
des décrets des 5 janvier et 23 mars 1998. Puis les délais
pris pour fixer le nombre d'opérateurs admissibles et accorder
les agréments ont été tels que de nouveaux
entrants sont apparus seulement en 2000.
Mais ADP a été forcé de réduire ses
prix dès 1998 pour les adapter à ceux de ses futurs
concurrents dont les coûts apparaissaient inférieurs
de plus de 20 %. Un plan de modernisation des services concernés,
comportant une baisse des effectifs avec reclassement au sein
d'ADP, a été mis en uvre mais ADP n'était
toujours pas compétitif sur ce marchéBR>éficiences
de sonsystème d'information de gestion sont telles que
seuls les comptes de 1999 de l'assistance en escale étaient
disponibles au début de 2002 et il en existait plusieurs
versions faisant apparaître des pertes comprises entre 3
et 30 M¤. La Cour estimait plutôt ces pertes réelles
à 30 M¤, peut-être même plus, pour un
chiffre d'affaires de 167 M¤ ce qui pose problème
au regard de la directive 96/97 qui interdit au gestionnaires
des infrastructures d'un aéroport de subventionner les
activités d'assistance en escale.
Diverses études commandées par ADP montrent que
les compagnies aériennes souhaitent de plus en plus souvent
retrouver les mêmes sociétés d'assistance
sur leurs escales dans l'ensemble du monde pour avoir des prestations
homogènes. Dans ces conditions, au lieu de défendre,
difficilement compte tenu de ses coûts, sa part du marché
parisien, ADP pourrait avoir intérêt à s'allier
à un opérateur ayant l'expérience et les
moyens financiers d'un développement international.
Il conviendrait qu'ADP définisse rapidement une stratégie
convaincante pour ses activités d'assistance en escale.
Celles-ci posent des problèmes sociaux délicats
car les effectifs concernés au sein de
l'établissement public sont de l'ordre de 1 200. En outre,
il y a à peu près autant d'agents dans la société
SAPSER, sous-filiale à 100 % d'ADP, à laquelle l'établissement
public et quelques compagnies aériennes soustraitent
une partie de leurs activités d'assistance et qui est confrontée
aux mêmes problèmes de compétitivité.
Le problème social de l'assistance en escale est aggravé
par l'existence de plusieurs conventions collectives applicables
à cette activité, ce qui rend plus difficile de
transférer les personnels des entreprises qui perdent des
marchés.
C - Les interventions à l'extérieur de la région
parisienne
A partir de 1996, l' établissement s'est engagé
dans de nombreuses opérations extérieures à
sa spécialité géographique. En rupture avec
ses pratiques antérieures, il est intervenu comme investisseur
et non plus seulement prestataire de services en dehors des 50
km autour de Paris fixés par le code de l'aviation civile.
Cette politique qui s'est inscrite dans les mouvements de privatisation
des aéroports et d'ouverture des marchés européens
d'assistance en escale l'a conduit à investir environ 112
M¤ dans une trentaine de sociétés françaises
et étrangères.
1 -Les interventions en province
Les interventions dans l'assistance en escale à l'extérieur
de Paris ont été menées par Alyzia, filiale
à 100 % d'ADP, dont les opérations se limitaient
jusqu'à 1998 aux plates-formes parisiennes. Elles ont eu
pour origine la possibilité de reprendre une société
de services aéroportuaires toulousaine et les activités
"escale" d'Air Liberté à Lyon et à
Nantes. Ces acquisitions se sont déroulées dans
un climat concurrentiel qui a poussé Alysia à accepter,
dans une certaine précipitation, des prix de cession qui
se sont rapidement révélés excessifs. Le
montant de ces acquisitions, légèrement supérieur
à 5 M¤, n'a toutefois représenté qu'une
faible part des sommes engagées dans ces opérations
car l'exploitation des escales a été compromise
dès les premiers mois de leur reprise, les pertes atteignant
32 % du chiffre d'affaire en 2000. A la fin du premier semestre
2001, le coût de cette opération dépassait
14 M¤.
La responsabilité de cet épisode désastreux
n'est pas entièrement imputable à Alyzia qui avait
bâti son projet sur le développement d'Air Liberté
et qui a été confrontée à des difficultés
inattendues, conséquences des vicissitudes subies par cette
compagnie. Il n'en demeure pas moins que l'établissement
public n'a pas été suffisamment exigeant à
l'égard de sa filiale sur les conditions d'établissement
des plans d'affaires prévisionnels ni sur l'expertise des
informations données par les vendeurs.
Cette opération, qui s'est achevée avec la vente
de la société de service, aura contraint ADP à
inscrire dans ses comptes une dotation aux provisions de 25,3
¤ pour les exercices 2000 et 2001, correspondant à
la dépréciation des titres de la filiale, soit 9,4
M¤14, et à l'avance en compte courant de 15,9 M¤
accordée à cette dernière.
2 - Les concessions aéroportuaires lointaines
Les premiers engagements d'ADP dans la gestion d'a éroports
étrangers remontent au début des années 1990
et ne concernaient que des sites africains et malgaches où
ses interventions s'apparentent à des actions de coopération.
Les investissements financiers sont restés modestes et
n'ont pas été dénués de rentabilité.
ADP n'intervient plus aujourd'hui dans la gestion de ces aéroports
et a annoncé son intention de s'en retirer, ce qui serait
déjà fait si les circonstances s'y étaient
prêtées.
A partir de 1998, dans le contexte créé par la politique
d'investissements extérieurs des grands aéroports
européens et en accord avec ses ministères de tutelles,
l'établissement public s'est résolument
engagé dans la recherche de prise de participation dans
des sociétés concessionnaires de grands aéroports
étrangers. A cet effet et pour conforter sa position et
bénéficier d'expériences étrangères
à sa propre culture, il s'est associé avec un partenaire
privé.
Dans le cadre de cette association, deux participations importantes,
l'une en Chine et l'autre au Mexique ont été prises
en 2000. En premier lieu, ADP Management, filiale de l'établissement
public dans laquelle son partenaire avait pris une participation
de 34 %, a acquis pour 120 M¤15, à la suite d'un
appel d'offre des autorités chinoises, 9,9 % d'une société
chinoise cotée à la bourse de Hong Kong. Celle-ci,
filiale d'une holding publique chinoise, détient et gère
l'aéroport de Pékin au titre d'un droit d'usage
des terrains attribué pour 50 ans. Cette prise de participation
était assortie d'un contrat d'assistance technique d'une
durée de cinq ans.
Ensuite, ADP et son partenaire agissant conjointement mais en
dehors d'APP Management, dans le cadre d'un consortium, ont gagné
l'appel d'offre lancé par les autorités mexicaines
pour la gestion d'un ensemble de 13 aéroports regroupés
dans une société holding. ADP a acquis, pour un
montant de 27 M¤, 25,5 % de la société mexicaine
Operadora Mexicana Aeropuertos (OMA) constituée avec ses
partenaires du consortium avec pour objet l'acquisition et la
détention, au côté d'une société
publique mexicaine, d'une participation dans cette holding aéroportuaire.
Cette participation de 15 %, pouvant être portée
à 51 %, confère au consortium la gestion de ces
13 aéroports et est aussi assortie d'un contrat d'assistance
technique avec ADP.
Ces participations ne peuvent être considérées
comme financièrement dénuées de valeur mais
constituent une immobilisation importante de capitaux d'une liquidité
réduite voire incertaine et dont la
rentabilité n'est pas assurée.
3- L'utilité pour l'établissement public
Le bilan de ces interventions ext érieures est sujet
à caution de plusieurs points de vue. Financièrement,
l'établissement public a engagé dans ces activités
plus de 120 M¤, en incluant les pertes subies, sans qu'aucune
date puisse être avancée pour la récupération
des sommes qui ne sont pas d'ores et déjà perdues
comme dans le cas de l'assistance en escale .
Le retour d'expérience avancé par ADP, sans être
inexistant, est limité. Les personnels concernés
sont peu nombreux et la réalité de la diffusion
des connaissances acquises est discutable en l'absence de procédures
formalisées, d'autant que cette expérience concerne
des aéroports placés dans des conditions d'exploitation
très différentes de ceux de la région parisienne
et n'est pas transposable directement.
Juridiquement, ADP se trouve dans une situation inconfortable,
ces actions extérieures violant le principe de spécialité
de l'établissement public. Il est en effet difficile de
les considérer comme le complément normal de sa
mission statutaire. De façon surprenante, les tutelles
n'ont pas émis de réserve sur la compatibilité
de ces opérations avec le principe de spécialité
et des instructions précises sur la poursuite du développement
de ces activités ont fait l'objet en novembre 2000 d'une
lettre conjointe des ministres chargés de l'économie
et de l'équipement sans même faire référence
à une prochaine régularisation. Elles ont en connaissance
de cause occulté l'irrégularité de la situation,
dans l'attente de nouvelles dispositions législatives qui
pour des raisons diverses n'ont pas été adoptées,
laissant subsister l'illégalité de ces participations.
Enfin l'alliance de l'établissement public avec un groupe
privé n'est pas exempte de risques de conflits d'intérêts
dans la mesure où les deux partenaires n'ont pas les mêmes
objectifs. Par ailleurs l'engagement d'ADP de n'intervenir dans
des sociétés concessionnaires qu'au travers de la
filiale commune confère à ce groupe privé
l'exclusivité de la référence des aéroports
parisiens sans contreparties clairement identifiées.
Ces constatations font ressortir la difficulté d'admettre
que ces interventions extérieures sont à la fois
d'intérêt général et directement utiles
à l'établissement comme le préconise le conseil
d'Etat pour qu'elles soient considérées comme entrant
dans la spécialité de l'établissement.
Ces prises de participations sont porteuses de risques financiers
et mobilisatrices de capitaux ; elles ne sauraient accompagner
systématiquement les contrats d'assistance techniques.
Au cours de ces dernières années, ADP qui a
su faire face à un développement considérable
du trafic a gardé son rang parmi les plus grands aéroports
mondiaux en restant dans une situation financière relativement
saine, ce qui était certes facilité par le caractère
monopolistique de la plupart de ses activités. L'établissement
public a notamment permis à Air France de disposer d'équipements
performants tout en satisfaisant l'essentiel des besoins des autres
compagnies.
Avec de nouvelles infrastructures et une meilleure utilisation
de celles qui existent, les aéroports de Paris peuvent,
d'après les études consultées, accompagner
la croissance du trafic jusque vers 2020.
Les contraintes environnementales, qu'il revient au pouvoir
politique de fixer, pourraient toutefois limiter beaucoup plus
tôt leur développement et rendre plus urgente la
création d'un nouvel aéroport. Mais il convient
de noter, avant d'engager un investissement de cette importance,
que des mesures techniques et financières peuvent être
prises pour atténuer les préjudices des riverains
tout en permettant au trafic de continuer à croître.
Sous réserve de ces contraintes environnementales, de lourds
investissements sont encore nécessaires dans les prochaines
années. Il faudrait donc que la gestion des projets d'ADP
soit plus rigoureuse que dans le passé. En outre, le financement
de ses activités repose principalement sur des redevances
dont les fondements juridiques et économiques sont fragiles
ce qui appelle une réforme profonde dans le plus brefs
délais. Il conviendrait aussi que l'établissement
public traite plus rigoureusement les autorisations d'occupation
temporaire du domaine public. Ces réformes supposent d'améliorer
sensiblement le système d'information de gestion.
Les activités d'ADP hors de ses missions de base posent
aussi des problèmes qui devront être résolus
rapidement. La concession d'espaces commerciaux est une source
de revenus qui pourrait être mieux exploitée tandis
que l'assistance en escale est un foyer de pertes préoccupantes
qui amputent les ressources affectées au développement
des infrastructures
aéroportuaires. Les activités exercées au-delà
du périmètre statutaire des aéroports de
Paris, notamment à l'étranger, réduisent
aussi ces ressources dans l'immédiat avec des perspectives
aléatoires de bénéfices futurs et dans des
conditions juridiquement discutables.
REPONSE DU MINISTRE DE L'ECONOMIE, DES FINANCES ET DE L'INDUSTRIE
1. En ce qui concerne la capacité d'accueil des aéroports
parisiens, le gouvernement a décidé en juillet 2002
de substituer au plafond de trafic de 55 millions de passagers
fixé par le précédent gouvernement un plafond
de bruit mesuré au sol, fondé sur la moyenne des
valeurs prises au cours des années 1999, 2000 et 2001 par
un indicateur de nuisances sonores.
Ce nouveau dispositif devrait permettre une poursuite de la croissance du trafic de passagers à Roissy, grâce à une hausse de l'emport moyen des avions (via un rééquilibrage relatif entre petits et gros avions des redevances facturées par ADP), un retrait progressif par les compagnies de leurs avions les plus bruyants, et une réduction du trafic nocturne. Ce n'est qu'à cette condition que les investissements importants que s'apprête à engager ADP dans les prochaines années, notamment la construction du satellite S3 du terminal 2E, pourront présenter une rentabilité positive pour ADP et pour la collectivité.
2. En ce qui concerne le coût et la qualité des infrastructures
aéroportuaires, la Cour relève dans son rapport
les faiblesses de la programmation à moyen terme des investissements
entre 1995 et 2000,
notamment le rôle trop limité du conseil d'administration
dans ce domaine et le manque de fiabilité des prévisions
de coût, qui se traduisent souvent par des dépassements
très significatifs. Sur ce point, le ministère de
l'économie, des finances et de l'industrie partage l'analyse
de la Cour ; ses services se sont régulièrement
exprimés, dans le cadre du comité des investissements
à caractère économique et social, pour regretter
les réévaluations successives dont on fait l'objet,
depuis leur approbation par le comité des investissements
à caractère économique et social (CIES),
les projets de construction del'aérogare 2E, du système
automatique de transport et de rénovation de l'aérogare
CDG1.
La faiblesse de la comptabilité analytique, peu transparente, n'explique pas à elle seule ces écarts. Certaines opérations ont souffert de retards pris sur les chantiers, qui en ont renchéri les coûts. C'est le cas des opérations sur Orly comme il a été mentionné par l'entreprise au CIES de décembre 1996. D'autres opérations ont fait l'objet d'un moratoire, comme celui décidé en 1997 par le ministre des transports pour la réalisation de deux nouvelles pistes à Roissy. Des retards dans le démarrage de travaux ont pu être enregistrés en raison d'un appel d'offres infructueux (cas de la 1ère phase de l'aérogare 2E).
Certaines opérations ont enfin fait l'objet d'une modification
de la consistance des ouvrages d'art à réaliser.
Des efforts ont été entrepris pour remédier
à ces difficultés, et ADP a sensiblement amélioré
la prévision du coût de ses investissements. Cet
effort doit bien entendu être encore poursuivi, compte tenu
des projets d'investissements massifs que la société
doit engager dans les années à venir, pour un montant
estimé à 2,65 Md¤ entre 2003 et 2006, à
comparer aux 1,8 Md¤ engagés entre 1995 et 2000
: achèvement du terminal 2E, projet de satellite S3, rénovation
de CDG 1, adaptation des pistes et des infrastructures à
l'accueil de l'A380.
C'est dans cette perspective que le décret n° 2002-1171
du 17 septembre 2002 portant modification de certaines dispositions
du code de
l'aviation civile relatives à ADP a posé le principe
d'une approbation par le conseil d'administration d'ADP des grands
projets d'ouvrages et d'installations et d'une définition
par celui-ci du programme pluriannuel d'investissements (article
R. 152-12 du code de l'aviation civile). Le même décret
a par ailleurs donné au conseil d'administration le droit
de transiger (article R. 152-12-1), dont l'absence avait, comme
le relève la Cour, compliqué la résolution
du contentieux entre ADP et la RATP issu de difficultés
rencontrées sur le projet de système de transport
interne de CDG.
3. La Cour mentionne dans son rapport la fragilité du fondement
juridique des redevances aéroportuaires (article R. 224-1
du code de l'aviation civile), renforcée par l'insuffisante
précision de la comptabilité analytique d'ADP, et
regrette que la réglementation existante ne permette pas
de moduler plus finement les redevances en fonction notamment
des coûts externes (nuisances sonores, congestion du trafic)
imputables aux utilisateurs des infrastructures.
Elle regrette par ailleurs que les révisions de tarifs
soient décidées sur une base annuelle, au lieu de
s'inscrire dans une perspective pluriannuelle et contractuelle
qui donnerait plus de visibilité aux compagnies et inciterait
ADP à mieux maîtriser ses coûts.
En ce qui concerne les redevances aéroportuaires, le ministère
de l'économie, des finances et de l'industrie étudie
actuellement avec la Direction générale de l'aviation
civile la possibilité de modifier l'article R. 224-1 du
code de l'aviation civile, ainsi que le recommande la Cour. Cette
adaptation du code se fondera sur l'étude du Conseil d'Etat
relative aux « redevances pour service rendu et redevances
pour occupation du domaine public » du 24 octobre 2002 ».
Par ailleurs, dépassant le strict cadre du service rendu,
les redevances commerciales ou domaniales constituent un prélèvement
sur la rente tirée de l'occupation d'emplacements privilégiés,
ainsi que la Cour le souligne. Elles autorisent ainsi une moindre
augmentation des autres redevances: la Cour semble ainsi approuver
le principe de la « caisse unique » préconisé
par l'OACI consistant à imputer globalement les coûts
sur les recettes commerciales et redevances pour services rendus;
cette question n'est toutefois pas tranchée, et doit faire
l'objet d'un examen approfondi, dans le cadre d'une réflexion
d'ensemble sur les redevances. Enfin, il conviendrait, ainsi que
la Cour le recommande, de rationaliser la gestion des autorisations
d'occupation temporaire du domaine public.
Le ministère de l'économie, des finances et de l'industrie
souscrit aux observations relatives à l'absence de possibilité
de modulation des redevances ou de perspective pluri-annuelle
ou contractuelle. Il estime comme la Cour qu'une réforme
de fond de ce système, qui contraint trop souvent l'Etat
à devoir arbitrer entre les intérêts divergents
des gestionnaires d'aéroports et des compagnies aériennes,
est nécessaire.
C'est dans cette perspective qu'un groupe de travail a été
constitué en 2002 sous la présidence de M. Claude
Martinand, afin de proposer des voies de réformes du système
des redevances, en vue de mettre en place une tarification fondée
sur des critères économiques : internalisation des
coûts externes (nuisances sonores, congestion des aérogares),
développement d'un système d'incitations visant
à optimiser l'usage des infrastructures aéroportuaires,
définition de critères d'évolution des redevances
permettant d'assurer la rationalité des décisions
d'investissement du gestionnaire et un financement équilibré
et durable des infrastructures. Ce groupe a remis en octobre 2002
son rapport final, dont il convient à présent de
tirer les conséquences. L'attention de la Cour est par
ailleurs attirée sur les efforts d'ores et déjà
engagés par ADP, dans le cadre du système actuel,
pour moduler ses tarifs dans le sens d'une utilisation plus efficace
des capacités aéroportuaires.
Un certain nombre de mesures qui seront prochainement soumises
par ADP à son conseil d'administration, et qui ont reçu
l'aval de la Commission économique consultative, vont dans
le sens des préconisations de la Cour : rééquilibrage
de la tarification de la redevance d'atterrissage entre les petits
(sous-tarifés en termes relatifs) et les gros porteurs,
afin de favoriser le développement du trafic long courrier
et l'utilisation optimale des ressources aéroportuaires
; réduction de l'écart entre la tarification des
vols domestiques et vers les pays de l'espace Schengen ; mise
en place d'une redevance spécifique pour les passagers
en correspondance, qui génèrent moins de coûts
pour l'aéroport que les passagers au départ ; suppression
en 2003 de la franchise pour la première heure des avions
au contact de l'aérogare.
L'engagement, suggéré par la Cour, d'une démarche
contractuelle entre l'Etat et ADP, visant à lier sur une
base pluriannuelle l'évolution des redevances à
des objectifs en termes de qualité de service, de gains
de productivité, et au programme d'investissements envisagé,
constitue une voie d'évolution pertinente, sur laquelle
des études pourraient être prochainement engagées
en liaison avec la direction générale de l'aviation
civile.
4. En ce qui concerne la taxe d'aéroport, le ministère
de l'économie, des finances et de l'industrie partage l'appréciation
de la Cour relative aux déficiences de la comptabilité
analytique pour connaître le coût de la sûreté
et fixer le niveau de la taxe d'aéroport. Un audit et une
certification des comptes de la branche sûreté d'ADP
pourraient être à cet égard envisagés.
5. En ce qui concerne les concessions commerciales, la Cour considère
que, malgré les efforts importants entrepris par ADP depuis
1993, la rentabilité de ces activités pour ADP peut
encore être améliorée. Depuis 1996, ADP attribue
les concessions commerciales en aérogares sur la base d'autorisations
d'occupation temporaire du domaine public (AOT) d'une durée
de cinq ans. Soixante-dix-huit sociétés concessionnaires
sont aujourd'hui présentes sur le site. Le jeu de la concurrence
a permis d'accroître progressivement le taux de la redevance
exigé en pourcentage du chiffre d'affaires, à un
niveau qui, s'agissant des alcools, des tabacs et des parfums,
est parmi les plus élevés d'Europe (44 %). Une étude
conduite au printemps 2002 par une banque conseil recrutée
par ADP a conclu qu'une hausse du taux de la redevance au delà
de ce niveau n'était pas susceptible d'améliorer
significativement les recettes tirées par ADP des concessions
commerciales, car elles dissuaderaient les concessionnaires de
réaliser des investissements commerciaux nécessaires
à une dynamisation de leur chiffre d'affaires.
C'est pour cette raison qu'ADP a décidé, en accord
avec ses tutelles, d'expérimenter un nouveau mode de gestion
des concessions commerciales en aérogares à l'occasion
du renouvellement des concessions de l'aérogare CDG2. Un
appel d'offres a été lancé à l'été
2002 en vue de choisir un partenaire pour la gestion de l'ensemble
des concessions alcools-tabacsparfums de CDG2, à qui sera
attribué une AOT d'une durée de 10 ans, mais qui
devra en contrepartie : (i) verser à ADP une redevance
égale à 4 % de son chiffre d'affaires ; (ii) ouvrir
à ADP une part du capital de la société concessionnaire
créée à cet effet, ce qui permettra à
ADP de capter, via la distribution des dividendes, une fraction
de la marge commerciale ; (iii) associer ADP à la définition
et à la conduite de sa politique d'achat et de sa politique
commerciale, ce qui permettra aux équipes d'ADP d'acquérir
un savoir-faire et des compétences de nature à réduire
leur dépendance par rapport aux grands opérateurs
d'un secteur qui a tendance à se concentrer.
La procédure de sélection, organisée par
un jury où siégeaient des personnalités indépendantes,
s'est déroulée en deux temps : une phase de pré-qualification
par envoi des dossiers à une quinzaine de sociétés
(septembre 2002), une phase de consultation des sociétés
pré-qualifiées, suivie d'une remise des offres.
Le conseil d'administration du 19 décembre 2002 devra valider
le choix définitif du partenaire retenu.
6. En ce qui concerne l'assistance en escale, le ministère
de l'économie, des finances et de l'industrie partage l'avis
de la Cour sur la nécessité pour ADP de définir
rapidement une stratégie convaincante pour cette activité,
qui est une des principales sources de difficulté de l'entreprise.
Il note toutefois que le principal foyer de pertes, à savoir
la société S&Aa, filiale d'Alyzia exerçant
ses activités en province, a été cédé
en juillet 2002, et que le coût final de cette opération
pour ADP s'est avéré inférieur de 6 M¤
à la provision passée à ce titre dans les
comptes d'ADP en 2000 et 2001 (25,3 M¤).
7. Le ministère de l'économie, des finances et de
l'industrie ne partage pas, en revanche, le jugement sévère
porté par la Cour sur les interventions d'ADP à
l'international. La Cour note en effet le coût élevé
de ces interventions, dont elle conteste l'utilité directe
pour ADP. Elle considère en outre qu'elles sont en contradiction
avec le principe de spécialité de l'établissement
public, principe qui aurait été ignoré par
ses tutelles, dans la mesure où elles n'ont pas mis un
terme au développement international d'ADP. Ces remarques
appellent les observations suivantes.
Lorsque l'entreprise a affirmé en 1999 sa volonté
de se développer à l'international, en partenariat
avec une entreprise privée, les tutelles d'ADP ont considéré
que ce développement pouvait être directement utile
à l'établissement, dans la mesure où il constituait
pour celui-ci non seulement un moyen de valoriser à l'étranger
son savoir-faire de gestionnaire aéroportuaire, mais aussi
un vecteur de modernisation important, lui permettant de se confronter
à la concurrence dans le domaine des concessions aéroportuaires,
de s'adapter aux évolutions techniques, et d'acquérir
ainsi des compétences nouvelles, qui auraient des retombées
positives sur l'accomplissement de sa mission en région
parisienne. Ces activités apparaissaient par ailleurs comme
des compléments normaux à l'activité principale
d'ADP dans la mesure où leur réalisation repose
sur des compétences techniques, commerciales, de formation,
juridiques et financières déjà développées
par ADP.
Or, le Conseil d'Etat reconnaît aux établissements
publics, dans son avis du 7 juillet 1994 concernant EDF/GDF, "une
certaine marge légale de diversification" en indiquant
que le principe de spécialité « ne s'oppose
pas lui-même à ce qu'un établissement public,
surtout s'il a un caractère industriel et commercial, se
livre à d'autres activités à la double condition
:
- d'une part, que ces activités annexes soient techniquement
et commercialement le complément normal de sa mission statutaire
principale ;
- d'autre part, que ces activités soient à la fois
d'intérêt général et directement utiles
à l'établissement public notamment par son adaptation
à l'évolution technique, aux impératifs d'une
bonne gestion des intérêts confiés à
l'établissement, le savoir-faire de ses personnels, la
vigueur de sa recherche et la valorisation de ses compétences,
tous moyens mis au service de son objet principal. »
Si le ministère de l'économie, des finances et de
l'industrie était conscient de l'ambiguïté
juridique soulevée par la Cour, il a donc considéré,
au regard des arguments et de la jurisprudence exposés
ci-dessus, que l'incompatibilité des activités internationales
d'ADP avec le statut de l'établissement n'était
pas évidente. Il a néanmoins toujours considéré
que ce développement ne pouvait être que d'une ampleur
limitée, tant qu'une modification législative du
statut d'Aéroports de Paris n'aurait pas définitivement
réglé cette question, et surtout compte tenu des
besoins d'investissements considérables sur les plate-formes
parisiennes et du niveau déjà élevé
de l'endettement d'ADP, qui contraignaient les marges financières
disponibles pour le développement international. C'est
la raison pour laquelle les tutelles se sont employées
à encadrer et maîtriser l'expansion internationale
d'ADP, en demandant dès septembre 1999 à la direction
de l'établissement de clarifier ses objectifs stratégiques,
et en veillant à ce que les interventions envisagées
contribuent directement à la politique industrielle de
l'établissement. Ceci a conduit le CIES à fixer
une enveloppe globale d'investissements, y compris développement
international, pour 2000 et 2001.
Malgré cette limitation stricte, la direction d'ADP a saisi
à de très nombreuses reprises ses tutelles sur des
projets de prises de participation à l'étranger
entre 1999 et 2001, souvent de façon trop tardive pour
permettre une instruction de ces derniers dans des conditions
satisfaisantes. Il en a notamment été ainsi pour
les prises de participation dans les aéroports de Pékin
et du groupe Centre Nord du Mexique.
Cette situation a conduit le ministre de l'économie, des
finances et de l'industrie et son collègue de l'équipement,
des transports et du logement à adresser le 23 novembre
2000 une lettre au Président d'ADP dans laquelle ils exigeaient
de l'entreprise une plus grande sélectivité dans
ses projets d'investissements à l'étranger, et une
concentration sur "un nombre limité d'objectifs qui
devront contribuer à la politique industrielle de l'établissement
par des coopérations ou des synergies permettant une exploitation
optimale des plates-formes parisiennes, ainsi qu'au développement
des réseaux de
notre transport aérien" (recherche de partenariat
avec d'autres aéroports européens capables de travailler
en réseau avec les aéroports parisiens). Il était
également demandé à l'entreprise :
- de veiller à ce que la diversification internationale
des activités d'ADP soit compatible avec les équilibres
financiers de l'établissement et notamment la maîtrise
de son endettement ;
- de faire preuve d'une plus grande transparence à l'égard
de ses tutelles en phase de prospection (information en amont,
passage en comité d'engagements), d'effectuer un tri entre
les opérations en cours de prospection, et de renoncer
à un certain d'investissements envisagés dans des
pays émergents.
Depuis lors, l'activité internationale d'ADP, mis à
part dans le domaine de l'ingénierie, s'est limitée
à la gestion des projets dans lesquels l'ancienne direction
de l'établissement avait engagé sa filiale ADPManagement.
L'attention de la Cour est par ailleurs attirée sur le
caractère limité du volume des investissements réalisés
à l'international. Les participations d'ADP à l'international
sont évaluées à 107 M¤ entre 1996
et 2000 pour un montant total d'investissements de 1,9 Md¤
sur la même période, soit moin de 5 %. Il n'est donc
pas exact d'affirmer que ces investissements ont constitué
une immobilisation importante de capitaux pour l'établissement
public.
En ce qui concerne le risque de conflit d'intérêts
soulevé par la Cour du fait de l'alliance d'ADP avec une
société privée, le ministère de l'économie,
des finances et de l'industrie souligne que ce risque, certes
non négligeable, a été limité par
la définition claire d'un objectif commun entre les deux
partenaires, à savoir la rentabilité des investissements
; il doit par ailleurs être mis en regard des avantages
que présente ce partenariat pour ADP en termes de positionnement
sur des appels d'offres de concessions aéroportuaires,
qui comprennent généralement un volet d'assistance
technique dont ADP est le principal bénéficiaire.
Il convient par ailleurs de noter que la Cour recommande à
ADP, pour ce qui concerne le marché de l'assistance en
escale, de "s'allier à un opérateur ayant l'expérience
et les moyens financiers d'un développement international".
J'ai pris connaissance avec un grand intérêt de l'analyse
établie par la Cour des comptes à la suite de son
contrôle des comptes et de la gestion de l'établissement
public Aéroports de Paris pour les exercices 1996 à
2000. Je partage beaucoup des points de vue qui y sont exprimés
mais je souhaite toutefois apporter un certain nombre d'éclairages
complémentaires.
La capacité d'accueil des aéroports parisiens
Relevant, à juste titre, la sensibilité toute particulière
des riverains de l'aéroport Charles de Gaulle (CDG) au
bruit nocturne, la Cour des comptes estime que l'État a
pris un risque important en donnant son accord, en 1996, à
l'installation sur cette plate-forme d'une des principales entreprises
mondiales de messagerie. Cette décision doit cependant
être également analysée au regard de l'impact
économique direct d'une telle implantation et de l'intérêt,
pour la région parisienne et les entreprises qui y sont
installées, de disposer de tels services de messagerie
dans le contexte d'une économie mondialisée.
Au demeurant, il convient de préciser que, sur la
période nocturne (22 h 6 h), le trafic de fret express,
qui ne relève qu'en partie de la société
citée par la Haute juridiction, ne représente que
15 % des mouvements observés. Par ailleurs, dans ce domaine,
le Gouvernement s'attachera à tirer un meilleur parti de
la connexion de la plate-forme de Roissy avec le réseau
ferroviaire à grande vitesse.
Sur un autre plan, la Cour des comptes estime qu'une meilleure
utilisation de l'aéroport d'Orly et de CDG passerait notamment
par l'accroissement moyen de l'emport des avions.
A ce sujet, la Haute juridiction note que l'allocation des
créneaux serait actuellement favorable aux petits porteurs.
A cet égard, je rappellerai que la taille des avions
n'est pas prise en compte en matière d'allocation de créneaux,
le règlement CEE n°95/93 du Conseil du 18 janvier 1993
ne prévoyant pas la possibilité d'utiliser ce critère.
Dans les discussions sur la révision de ce règlement,
l'idée a été avancée d'introduire
la possibilité de tenir compte de la taille des appareils
lors du processus d'attribution, avec l'objectif de pouvoir, lorsque
cela est justifié, améliorer l'efficacité
de l'utilisation des infrastructures en favorisant les gros porteurs. Toutefois, une majorité d'Etats-membres s'est déclarée
peu favorable à cette évolution.
Ensuite, il faut observer que la place des petits porteurs sur
les grandes plates-formes aéroportuaires doit s'analyser
par rapport à l'efficacité du réseau mis
en place par la compagnie basée. Dans un fonctionnement
en « hub », le petit porteur est inéluctablement
complémentaire du gros porteur. La prise en compte
des petits porteurs doit également s'apprécier au
regard des enjeux d'aménagement du territoire qui commandent
la préservation de certaines lignes aériennes qui,
par définition, ne peuvent pas s'opérer avec des
avions de grandes capacités.
Je souhaite enfin tempérer l'affirmation de la Cour
des comptes selon laquelle les aéroports parisiens pourraient
accueillir le trafic jusqu'aux environs de 2020, en insistant
sur le fait que les contraintes environnementales, issues du souhait
légitime des riverains de subir moins de nuisances sonores,
constituent une limite tout aussi tangible que la capacité
physique d'un site aéroportuaire. Les mesures que j'ai
annoncées le 25 juillet 2002 fixent un cadre pour le développement
durable à l'aéroport CDG.
L'utilisation d'un nouvel indicateur de bruit fondé sur
des mesures de bruit sur le terrain et plafonné à
une valeur représentative de la moyenne du trafic des années
1999, 2000 et 2001, devrait y permettre un développement
de l'activité aérienne pour peu que les compagnies
conduisent des politiques vertueuses et volontaristes en matière
de renouvellement de leur flotte et que le trafic nocturne se
stabilise. Des mesures réglementaires, de restriction d'exploitation
ou d'incitation économique, de modulation des taxes ou
des redevances, pourront accompagner la démarche.
En outre, les capacités des accès terrestres
à partir de l'agglomération parisienne, de même
que la complexité croissante du fonctionnement des infrastructures
et des équipements aéroportuaires proprement dits,
constituent des freins au développement de l'aéroport
de Roissy CDG.
En tout état de cause, la mission d'information parlementaire
sur l'avenir du transport aérien et de la politique aéroportuaire
mise en place par la commission des affaires économiques,
de l'environnement et du territoire de l'Assemblée nationale
apportera un éclairage nouveau et approfondi sur l'opportunité
ou non d'aménager un nouvel aéroport à vocation
internationale dans le grand bassin parisien.
Les investissements
Je partage assez largement les observations faites sur
ce chapitre par la Cour des comptes. Ainsi que le mentionne la
Haute juridiction, ADP s'est efforcé d'adopter ces dernières
années des conceptions plus simples et moins onéreuses
pour la construction des nouvelles aérogares.
La Cour des comptes estime que le conseil d'administration n'a
pas, faute des pouvoirs adéquats, un contrôle suffisant
sur le programme d'investissements. Le décret n°2002-1171
du 17 septembre 2002 portant modification de certaines dispositions
du code de l'aviation civile relatives à Aéroports
de Paris a élargi les pouvoirs du conseil d'administration.
En son article 6, il fixe que le conseil d'administration de l'établissement
arrête les grands projets d'ouvrages et d'installations
et définit le programme pluriannuel d'investissements.
Ce même décret du 17 septembre 2002 reconnaît
à Aéroports de Paris le droit de transiger. Le contentieux
entre ADP et la RATP né des difficultés d'exécution
du premier projet de système de transport interne à
Charles de Gaulle devrait donc trouver un terme, conformément
aux arbitrages interministériels rendus en 2000.
Les redevances, la gestion domaniale et la gestion financière
La Cour des comptes souligne avec raison la fragilité
juridique du dispositif de redevances aéroportuaires, situation
qui excède le cas d'Aéroports de Paris. La Haute
juridiction suggère, par ailleurs, des
aménagements à caractère économique
des redevances, notamment des modulations en fonction, par exemple,
des nuisances sonores ou de la congestion.
Au cours de l'année 2001, l'Etat et les gestionnaires d'aéroports
ont effectivement fait le constat que les fondements juridiques
des redevances aéroportuaires devaient être aménagés
et sécurisés. La matière est cependant complexe
au plan économique mais surtout au plan juridique car la
situation des aéroports français par rapport à
leurs homologues étrangers est parfois singulière,
compte tenu des particularités du droit national.
Avec le plein accord de ses ministres de tutelle, Aéroports
de Paris a pris l'initiative de confier un travail de réflexion
sur les redevances aéroportuaires et leur régulation
à M. Claude Martinaud. Ce dernier a constitué à
cet effet un groupe de travail associant des économistes,
des représentants de l'établissement public et des
services de l'Etat. Son rapport a été remis en octobre
2002 et fait actuellement l'objet d'une analyse. En outre, dans
un cadre plus général, le Conseil d'Etat a réalisé,
à la demande du Premier ministre, une étude sur
les redevances pour service rendu et les redevances pour occupation
du domaine public, qui a été également remise
en octobre 2002.Je compte m'appuyer sur ces travaux pour proposer
une réforme du cadre juridique des redevances aéroportuaires.
En ce qui concerne plus précisément le niveau des
redevances, la Cour des comptes relève qu'Aéroports
de Paris se situe dans la moyenne des aéroports européens
comparables, mais avec une qualité des services rendus
aux compagnies et aux passagers jugée globalement inférieure.
Cette dernière question est fondamentale à mes yeux
comme à ceux des dirigeants de l'établissement public.
Des actions d'amélioration de la qualité ont été
menées depuis plusieurs années par Aéroports
de Paris. Je soutiens sans réserve la poursuite et l'intensification
de ces efforts.
La Cour des comptes a par ailleurs constaté certains dysfonctionnements
dans les conditions d'attributions et de suivi des
autorisations d'occupation domaniale, auxquels l'établissement
public devra apporter des réponses, d'autant que le décret
du 17 septembre 2002 précité lui confie pleinement
la responsabilité de cette matière.
En matière de gestion financière, la Haute juridiction
note que la comptabilité analytique d'Aéroports
de Paris présente des insuffisances et ne permet notamment
pas d'établir une corrélation précise entre
le montant des redevances et le coût des services rendus
en contrepartie, ni de bien connaître le coût de la
sûreté relevant d'un financement par la taxe d'aéroport.
Elle observe également que le système d'information
de gestion ne permet pas de déterminer le résultat
d'exploitation des activités d'assistance en escale. Je
partage ces remarques et j'ai demandé à Aéroports
de Paris de conduire rapidement des actions dans ce domaine.
La Cour des comptes note qu'il n'existe pas pour Aéroports
de Paris, contrairement à beaucoup d'entreprises publiques,
de contrat avec l'Etat définissant des objectifs de gestion
à moyen terme. Un cadrage de ce type pour Aéroports
de Paris serait certainement utile et des études devront
être engagées en ce sens.
Les activités concurrentielles et extérieures
Je partage l'analyse de la Haute juridiction sur le contr ôle
insuffisant par l'établissement public des conditions de
développement de sa filiale Alyzia sur le marché
de l'assistance en escale en province.
En ce qui concerne les interventions à l'étranger
en matière de gestion aéroportuaire, les analyses
juridiques effectuées à l'époque n'ont pas
montré qu'elles étaient incompatibles avec le statut
de l'établissement. Les opérations réalisées
ont été autorisées de manière sélective
par les ministres de tutelle, en prenant en compte le critère
d'une contribution à la politique industrielle de l'établissement
public. Cet objectif figure d'ailleurs explicitement dans
la lettre que les ministres de tutelle ont adressée au
président d'Aéroports de Paris le 23 novembre 2000.
Au plan financier, les opérations réalisées
ont certes amené une immobilisation de capitaux, mais ne
sont pas aujourd'hui en situation de risque important. Par ailleurs,
je tiens à préciser qu'aucune nouvelle opération
significative de ce type n'est envisagée à court
terme par l'établissement public, en raison notamment de
l'importance du programme d'investissements en cours à
l'aéroport Charles de Gaulle et d'une situation financière
plus tendue qu'il y a quelques années.
La demande
Comme le souligne fort justement le rapport, le d éveloppement
des activités d'ADP est soumis à des contraintes
physiques, financières et surtout, environnementales. Il
est en effet tout à fait probable, et la forte mobilisation
des riverains au cours des dernières années le corrobore, que les contraintes environnementales sont aujourd'hui de nature
à contraindre très fortement le développement
des aéroports parisiens.
Les contraintes environnementales
Le rapport souligne l'insuffisance de pertinence des niveaux
de bruit certifiés pour rendre compte des nuisances et
servir de support à des mesures réglementaires.
Un indicateur prenant en compte des niveaux de bruit mesuré
serait plus pertinent, et sans doute mieux accepté par
les riverains.
Ce choix permettrait, notamment, de comparer les mesures avec
les données existantes sur le bruit des différents
types d'avions, et ainsi de faire de la prévision.
Toutefois, le principe de la limitation du niveau de bruit
global annuel, retenu en juillet 2002 par le ministre chargé
des transports, est loin d'être satisfaisant dans la mesure
où il masque l'augmentation du nombre de mouvements, qui
est pourtant, d'après les différentes enquêtes
de gêne, un paramètre plus important que l'énergie
sonore globale. Une limitation du nombre de mouvements annuels,
par exemple à 550 000, semble aujourd'hui être la
seule mesure de nature à donner réellement satisfaction
aux riverains et permettre de maintenir une acceptation de l'activité
de l'aéroport dans son environnement.
Un effort tout particulier doit être entrepris pour ce qui
concerne la période nocturne, la plus sensible. Des mesures
ont été arrêtées en ce sens en juillet
2002, visant à réduire le nombre de mouvements de
nuit. Elles devront être progressivement renforcées. A court terme, il conviendrait de n'autoriser la nuit que les
avions qui satisfont aux normes du chapitre 4.
Pour ce qui concerne les mesures d'ordre économique, il
est prévu que le projet de loi de finances rectificative
pour 2002 introduise une augmentation significative des prélèvements
de la taxe générale sur les activités polluantes
(TGAP) au titre du bruit. Une telle évolution permettra
de progresser dans la voie de l'internalisation des coûts
environnementaux dans le transport aérien. En effet, à
l'heure actuelle, les recettes de la TGAP (10,26 M¤ en
2001) sont environ deux fois inférieures aux dépenses
d'insonorisation des logements au voisinage des aérodromes,
financées sur le
budget du MEDD (18,3 M¤ en 2002). Or il est prévu
d'élargir l'ensemble des dépenses éligibles
à l'aide à l'insonorisation en prévoyant
de subventionner, notamment, les installations de climatisation
ainsi que des missions de suivi de maîtrise d'oeuvre et
de contrôle des travaux effectués.
Il pourrait paraître opportun de proposer, sous réserve
d'une évaluation financière, aux riverains des aérodromes
situés dans les plans de gêne sonore (PGS) - cette
mesure pouvant, dans un premier temps, être appliquée
uniquement aux logements situés dans les zones I et II
(zones de bruit fort) des PGS - de racheter leurs logements à
un prix ne tenant pas compte de la dévaluation liée
à la présence de l'aéroport. Ces logements
seraient ensuite détruits ou transformés en locaux
d'activité.
Enfin, il serait également souhaitable de mieux répartir
sur l'ensemble des communes en subissant les nuisances, les recettes
fiscales, et notamment la taxe professionnelle, générées
par l'exploitation des aérodromes. Une première
avancée a été réalisée dans
cette direction avec la création, en 2000, du fonds de
compensation des nuisances aéroportuaires (pour l'instant
limité aux communes riveraines de Roissy-Charles de Gaulle
et Paris-Orly).
Il conviendrait de progresser dans cette direction, en généralisant
cette mesure aux principaux aérodromes, et en augmentant
les ressources de ce fonds, prélevées sur le produit
des écrêtements de la taxe professionnelle (24,85
M¤ en 2000, abondés par une contribution de 4,57
M¤ d'ADP pour les deux aéroports actuellement concernés).
Pour ce qui concerne l'aéroport d'Orly,
le nombre de mouvements est limité à 250 000 par
arrêté du 6 octobre 1994, et un couvre-feu
est en vigueur depuis 1968.
Pour ce qui concerne l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle,
l'engagement de 1998 de limiter le nombre de passagers à
55 millions a été abandonné en juillet 2002,
et remplacé par une limitation globale de l'énergie
sonore annuelle, sans référence à un nombre
maximal de mouvements.
Le rapport souligne le potentiel de développement important
de ces deux aéroports, sur la base de capacités
techniques suffisantes pour traiter environ 50 % de mouvements
supplémentaires. Toutefois, cette augmentation de capacité
devrait être accompagnée, d'une part, d'un développement
des infrastructures de desserte terrestre de Roissy-Charles de
Gaulle - en gardant à l'esprit que l'utilisation des voies
routières d'accès à l'aéroport de
Roissy-Charles de Gaulle contribue pour environ 50 % à
la pollution locale générée par l'activité
de l'aéroport -, et, d'autre part, de l'ouverture des terminaux
E et S3.
La réaction des riverains ainsi que les différentes
études réalisées récemment mettent
en évidence que les nuisances environnementales en général,
et sonores en particulier, sont au coeur des relations entre la
plateforme et ses riverains, et que leur régulation conditionnent
l'acceptabilité par ceux-ci de ses éventuels développements
ou modifications d'exploitation.
Des pistes de progrès existent et doivent être explorées.
Ainsi, une approche économique (différenciation
de la tarification des créneaux, introduction d'un marché
de permis d'émissions, instauration d'un droit de préemption
et rachat d'habitations dans des conditions permettant un relogement
sans perte de patrimoine) pourrait peut-être permettre de
concilier un développement durable des aéroports
parisiens avec la volonté de minimiser le gaspillage découlant
d'une sous-utilisation importante des équipements actuels.
Pour autant, une remise en cause de certaines garanties données
aux riverains, notamment à ceux d'Orly, ne paraît,
à l'heure actuelle, pas réellement possible, ni
même souhaitable.
La Cour relève dans sa conclusion qu'"Au cours de
ces dernières années, ADP qui a su faire face à
un développement considérable du trafic, a gardé
son rang parmi les grands aéroports mondiaux, en restant
dans une situation financière relativement saine".
En cinq ans, de 1996 à 2000, Aéroports de Paris
a su, en effet, recevoir 20 millions de passagers supplémentaires,
soit une croissance de + 70 %, et relever le défi de cette
croissance exceptionnelle du trafic aérien en réalisant,
sans jamais interrompre le trafic :
- la construction de deux nouvelles pistes à Roissy-Charles
de Gaulle, ainsi que les équipements associés, et
en particulier une deuxième tour de contrôle,
- la mise en service de l'aérogare 2F et la réalisation
du gros oeuvre de l'aérogare 2E,
- la rénovation intégrale d'Orly Sud, et le lancement
de la rénovation de CDG1,
- la plate-forme cargo de Federal Express.
Pour autant, les grands agrégats économiques et
financiers ont été non seulement stabilisés,
mais confortés. L'excédent brut d'exploitation n'a
cessé de progresser pendant la période considérée,
tant en valeur absolue (+ 40 %) qu'en pourcentage du chiffre d'affaires
(+ 10 %).
La capacité d'autofinancement a augmenté de + 55
% entre 1996 et 2000 et a permis en ratio d'endettement à
moyen et long terme sur CAF de redescendre au cours de la même
période de 5,1 à 4,6 malgré l'ampleur des
investissements réalisés.
Le résultat net a pratiquement doublé en cinq ans
passant de 410 MF en 1996 à 798 MF en 2000. L'ensemble
des capitaux propres a cru de + 36 %, du fait de l'incorporation
aux réserves des bénéfices successifs (cf.
tableau en annexe).
C'est dans ces conditions, il est vrai, qu'Aéroports de
Paris a été confronté en 2001 à un
renversement brutal de tendance du fait de la chute du trafic
aérien dans le monde, due en particulier, aux événements
du 11 septembre 2001 mais aussi, à la disparition d'un
nombre significatif de compagnies aériennes européennes
: une période faste s'est ainsi terminée, et les
derniers résultats financiers sont à peine à
l'équilibre, le résultat ayant chuté de 121,7
M¤ en 2000 à moins de 7 M¤ en 2001.
La Cour relève à juste titre les contraintes environnementales
dont la forte croissance ne cesse de se poursuivre ainsi que les
difficultés dans la période, de la compagnie nationale,
qui reconnaît de son côté, la part positive
prise par le hub de Roissy à son redressement.
On se doit de souligner que les aéroports internationaux
tels que Roissy-Charles de Gaulle et Orly doivent se préparer
à un développement à long terme avec des
investissements lourds et complexes, et en même temps s'adapter
à des conjonctures aéronautiques fluctuantes à
court terme, à des évolutions technologiques rapides
(par exemple, l'arrivée des Airbus A380), à
des habitudes très évolutives des passagers, sans
compter les nouvelles exigences en matière de bruit ou
de sécurité.
Les années récentes ont imposé également
l'adaptation des règles communautaires à la gestion
aéroportuaire transférant au secteur concurrentiel
des activités précédemment monopolistiques
et donc de nouvelles exigences auxquelles Aéroports de
Paris doit s'adapter.
Dans ce constat global de profondes évolutions, on ne saurait
oublier l'engagement de l'ensemble des personnels des Aéroports
de Paris, dont on peut souligner les compétences professionnelles
avérées, et les capacités d'adaptation qui
ont permis à l'établissement public, dans la période
considérée, d'avoir le taux de conflictualité
le plus faible du secteur public en France.
La capacité d'accueil des aéroports parisiens
La cour souligne le poids essentiel des nuisances sonores
parmi les contraintes au d éveloppement des aéroports
parisiens et après avoir analysé les capacités
physiques des plates-formes de CDG et d'Orly conclut : "s'il
revient au pouvoir politique d'arbitrer finalement entre les intérêts
des riverains et des passagers, il est souhaitable que toute les
dispositions techniques et financières permettant de mieux
les concilier soient prises".
Aéroports de Paris souhaite au regard des arguments développés
apporter quelques compléments ou précisions.
La Cour considère que la capacité annuelle
des pistes de CDG se situe dans une fourchette de 750 000 à
900 000 mouvements. Il faut bien évidemment remarquer que
toute prévision à long terme est délicate,
et force est cependant de constater qu'il n'existe aujourd'hui
aucun consensus d'experts sur la partie haute de cette fourchette.
En particulier, la comparaison avec des aéroports nord
américains qui sous tend parfois cette analyse doit être
amendée par des différences de réglementation
et de conditions météorologiques qui atténuent
la capacité des systèmes de pistes parisiens.
Pour autant, les possibilités d'évolution de l'emport
sont importantes comme en témoigne la comparaison avec
certaines plates-formes européennes.
S'agissant des futurs terminaux, la réalisation du
terminal S3, dont l'enjeu stratégique pour le fonctionnement
du hub d'Air France est incontestable, ne pourra en effet être
entreprise par Aéroports de Paris qu'après avoir
vérifié que l'évolution attendue de ses revenus
et en particulier des redevances lui permettent d'assurer la rentabilité
de cet investissement.
Cette décision est aujourd'hui envisagée au printemps
prochain. La Cour appelle, par ailleurs, l'attention sur les indispensables
investissements à réaliser pour améliorer
les voies d'accès de CDG, routières et ferroviaires.
Aéroports de Paris partage cette analyse. La plate-forme
de CDG figure d'ores et déjà parmi les plates-formes
de villes majeures les moins bien desservies avec un taux de desserte
routière parmi les plus élevés du monde.
Avec RFF et la SNCF l'entreprise a créé un GIE afin
d'étudier et de proposer aux pouvoirs publics la réalisation
d'un lien ferroviaire dédié entre la gare de l'Est
et la gare TGV de CDG. L'entreprise considère que la réalisation
de ce projet qui est pour l'instant suspendue à une décision
des pouvoirs publics est un des enjeux majeurs pour la qualité
de la desserte de CDG.
Le coût de la qualité des infrastructures.- Les
compétences du conseil d'administration
Il a paru, en effet, nécessaire de renforcer les pouvoirs
de contrôle du conseil d'administration, ce à quoi
s'attache le décret du 17 septembre 2002, décret
qui a renouvelé récemment le cadre juridique d'Aéroports
de Paris ; sur le cas particulier, le nouvel article R. 252-12
du code de l'aviation civile dispose : "le conseil d'administration
arrête les grands projets d'ouvrages et d'installations
et définit le "programme pluriannuel d'investissements."
Le coût des investissements
S'agissant plus particulièrement du coût et de
la qualité des infrastructures, l'estimation du coût
des projets ramené au coût final révèle,
en effet, des écarts quelquefois significatifs, comme le
note la Cour.
En premier lieu, les conditions économiques restent rarement
identiques entre la période des estimations et celle de
la passation des marchés ; pour les grands projets, cet
intervalle atteint plusieurs années.
Dans le bâtiment et les travaux publics, l'ampleur des variations
de prix dépasse largement celle des indicateurs de conjoncture,
comme l'ont montré les exemples en sens inverse des projets
de CDG 2F, dont l'APS a été préparé
en période de conjoncture soutenue (1991-1992) et les marchés
passés en année de faible conjoncture (1993-1997)
et de CDG 2E dont les estimations datent d'une période
de conjoncture basse (1995-1996) et les appels d'offres d'une
autre où au contraire, la conjoncture était soutenue
(1999-2000).
Les calculs de rentabilité sont systématiquement
réalisés et contrôlés a priori dès
lors que l'estimation dépasse 1,96 M¤ HT. Les investissementsconcernés
couvrent plus des trois quarts des crédits de paiement.
Certains investissements, importants par leur volume et leur nature
(sûreté aéronautique et sécurité
publique), échappent en pratique à la possibilité
de valoriser les taux de rentabilité interne car leurs
retombées économiques, c'est-à-dire la valeur
des vies épargnées et des accidents évités
ne peuvent être aisément intégrés dans
les calculs économiques.
ADP met à jour régulièrement sa base de données
des coûts détaillés des projets dont il a
été maître d'uvre à Paris et en ingénierie
aéroportuaire internationale et les utilise systématiquement
dans un but de parangonage et d'optimisation financière
des nouveaux projets.
Des essais de comparaison avec les autres membres du club des
grands aéroports européens ont rapidement tourné
court, nos partenaires allemands et néerlandais ayant choisi
de se retirer. Cette attitude ne peut s'expliquer à l'évidence
par de seules considérations techniques, car ces éléments
mettent en cause des secrets industriels.
L'organisation de la direction de l'équipement
La Cour apr ès avoir rappelé les principaux objectifs
de la réorganisation de 1997, souligne que cette réforme
a de fait conduit à la création d'une direction
très puissante.La réorganisation de 1997 poursuivait,
en effet, plusieurs objectifs majeurs :
- créer une fonction de maîtrise d'ouvrage des investissements,distincte
de la maîtrise d'oeuvre,
- identifier une fonction de programmation et de responsabilité
des plans de masse,
- faire évoluer les services de maintenance d'une organisation
par métier vers une organisation géographique,
- préparer la filialisation d'une partie du département
télécommunication dont les missions devaient à
terme être réparties entre une filiale, les services
de maintenance et les services informatiques.
Cette organisation a conduit entre 1997 et 2001 à la
création d'une direction très importante, mais la
réunion de ces différentes composantes a permis
non seulement de conduire à bien un très important
programme d'investissement, mais également de préparer
avec succès un certain nombre d'évolutions majeures
qui ont abouti à réduire très significativement
la dimension de cette direction :
- la filialisation des télécommunications avec la
création à l'été 2001 dans un contexte
social difficile d'ADP Télécom,
- la séparation du département informatique aujourd'hui
directement rattaché à la direction générale
en raison de ses compétencestransversales,
- le transfert du département achats-marchés au
sein de la direction du contrôle de gestion des affaires
financières et juridiques dans la perspective de sortie
du code des marchés publics, depuis intervenue par l'effet
du décret du 17 septembre 2002.
Ainsi l'essentiel des recommandations formulées par la
Cour se trouve-t-il aujourd'hui satisfait en même temps
que l'entreprise a pu se préparer au départ, aujourd'hui
intervenu, du directeur auprès du directeur général
chargé de l'architecture, dont le rôle éminent
nécessitait que soit anticipée l'évolution
de l'organisation.
Il demeure que ces grands chantiers d'organisation achevés,
l'entreprise doit à l'avenir soutenir l'affirmation de
la maîtrise d'ouvrage et le rôle des responsables
de projet utilisateurs.
La réforme engagée de la procédure de gestion
des investissements tend à satisfaire cet objectif et devrait
être prochainement achevée avec l'adaptation des
outils informatiques.
L'architecture des aérogares
S'il est vrai qu'en mati ère architecturale, la conception
et la construction des aérogares ont révélé
la complexité des ouvrages et leur évolutivité
relative, l'ambition des aéroports parisiens a été
de donner une image dynamique de Paris et de sa région.
Des solutions novatrices aux problèmes fonctionnels et
techniques ont été apportées par l'agence
et le bureau d'études d'Aéroports de Paris.
Un nombre croissant de villes et de pays partage aujourd'hui cette
ambition, ce qui explique le succès de nos équipes
à l'étranger.
Comme la sanction des appels d'offres internationaux le montre,
la compétence et la maîtrise d'Aéroports de
Paris sont reconnues et permettent depuis plusieurs décennies
une présence française dans de très nombreux
pays, notamment dans le Golfe persique, en Chine et au Japon.
L'équipe des architecte d'ADP vient également d'obtenir
(en octobre 2002) par sa filiale ADPI, le contrat du projet d'un
nouveau terminal international à Fort Lauderdale (Floride),
en association avec des architectes américains, dans une
compétition où figuraient tous les majors américains
et où ADPI était le seul participant étranger.
Ce succès français doit évidemment beaucoup
à l'expérience accumulée au sein d'ADP par
une équipe qui a ainsi bâti une notoriété
de niveau mondial.
Les architectes et les ingénieurs du groupe ADP s'imposent
aussi dans des compétitions qui requièrent un profil
très équilibré entre rigueur conceptuelle,
créativité formelle, solidité technique,
maîtrise du coût de la construction : ainsi ADPI a
remporté en 2001 le concours pour la maîtrise d'oeuvre
de l'usine d'assemblage final de l'Airbus A380 à Toulouse,
en groupement avec Technip et des architectes toulousains, et
en novembre 2002, une compétition internationale similaire
pour le centre de maintenance de la flotte d'Emirates Airlines
à Dubaï.
Aéroports de Paris juge par ailleurs très sévères
les critiques formulées par la Cour sur les conditions
de fonctionnement et de réalisation des terminaux de CDG2.
Il est exact que les terminaux A, B, C, D de la gare 2 ont été
conçus au début des années 80 à la
demande d'Air France afin de favoriser le trafic origine-destination.
La conception de ces terminaux répondait également
à la double volonté d'adapter le rythme des investissements
à la croissance du trafic et d'en réduire le coût
par passager de près de 20%.
Le changement radical de stratégie de la compagnie nationale
et l'adoption d'une organisation en "plate-forme de correspondance",
a bien évidemment rendu ces terminaux moins pertinents
à ce type d'utilisation. Il n'en demeure pas moins que
pendant quinze ans Air France a pu profiter d'installations particulièrement
efficaces et adaptées à son type detrafic et qu'Aéroports
de Paris a su, dès 1996, apporter, dans de très
brefs délais, des modifications très substantielles
à ses terminaux pour accueillir le trafic de correspondance.
Enfin, Aéroports de Paris souhaite nuancer l'appréciation
portée par la Cour sur la réalisation du hall F.
Les années qui ont précédé l'ouverture
du hall 2F ont, en effet, été caractérisées
par de très difficiles négociations avec la compagnie
nationale, sur les modalités de son installation dans le
terminal 2F.
La solution finalement mise au point a permis de trouver un accord
équilibré et Aéroports de Paris se félicite
d'avoir su, dans le très court délai de cinq mois,
apporter des modifications nécessaires à l'accueil
d'Air France.
Redevances et taxes
A éroports de Paris partage de façon générale
les préoccupations de la Cour quant à la sécurité
juridique des redevances. Après plusieurs contentieux intervenus
dans la décennie 1990,l'entreprise a engagé :
- un chantier de sécurisation juridique en sollicitant
des pouvoirs publics certaines évolutions réglementaires,
intervenues pour partie par décret du 17 septembre 2002,
- une réflexion plus large sur le fondement économique
des redevances réglementées.
Ainsi, l'entreprise a-t-elle confié à un groupe
d'experts et d'économistes présidé par M.
Claude Martinaud, président d'honneur de RFF, vice-président
du conseil général des Ponts, la mission de formuler
des propositions en ce sens.Ce rapport a été présenté
au second semestre 2002 au conseil d'administration d'Aéroports
de Paris et ses conclusions doivent guider à l'avenir l'évolution
du système de redevances sur les aéroports parisiens.
D'après une étude menée sur les principaux
aéroports européens (Londres, Francfort, Amsterdam,
Rome, Madrid), le chiffre d'affaires des boutiques sur la période
1997/2001 a augmenté de 28 % à ADP contr 19 % pour
la moyenne des aéroports cités ci-dessus. Simultanément,
pour les commerces, les redevances commerciales générées
pour ADP ont augmenté de 18 % sur la période alors
qu'elles baissaient de 7 % sur la moyenne des aéroports
européens. Ces résultats proviennent de deux facteurs
:
- l'accroissement des surfaces commerciales,
- une politique systématique d'appel d'offres.
La suppression des ventes hors taxes à l'intérieur
de l'Europe le1er juillet 1999 a eu un effet négatif important
sur le chiffre d'affaires par passager dans les boutiques (- 8
% au global ADP et surtout 36 % surOrly).
ADP, par renégociation serrée avec les concessionnaires,
a pu limiter l'effet négatif de cette suppression sur les
redevances générées par l'activité.
ADP demeure, en Europe, un des aéroports ayant le marché
le plus ouvert à plusieurs concessionnaires européens,
alors que pour les trois autres "majors", un seul opérateur
représente plus de 90 % du marché.
La Cour critique, de façon très incisive, ce que
serait le "grand désordre qui caractériserait
la gestion des autorisations d'occupation temporaire du domaine
public" et les incertitudes qui règneraient sur la
signature des conventions domaniales. Cette situation, si elle
a pu justifier à un moment un jugement aussi sévère,
ne paraît plus d'actualité. Depuis plusieurs années,
a été conduite une remise en ordre progressive et
complète : tous les occupants désormais ont un titre
et une facturation provisoire intervient systématiquement
lorsque l'AOT tarde à être signée.
La Cour regrette que le tarif appliqué à la convention
passée sur le Bourget avec la société "Paris
Le Bourget parcs des Expositions" PLBPE soit
inférieur à celui normalement pratiqué. En
fait, il faut distinguer deux parties à cette convention
qui concerne 45 ha. Pour la première partie de 32,6 ha,
le tarif fixé par le conseil d'administration est strictement
appliqué.
Les 12,4 ha restants, qui constituent le terrain d'assiette historique
du "salon international de l'aéronautique et de l'espace"
et comprend des bâtiments construits par la société
PLBPE, sont facturés forfaitairement en tenant compte des
investissements réalisés par cette dernière.
Le niveau de
redevances a été recalé de façon très
importante (+ 77%) en 1999 avec un rattrapage progressif d'ici
2004. A partir de 2004, le niveau de redevances atteindra 2,6
M¤ soit 80 % de ce qui résulterait de l'application
du tarif de référence sur l'ensemble des surfaces
louées.
D'une façon générale, Aéroports de
Paris a décidé d'accroître sa maîtrise
de la gestion de l'aéroport du Bourget et des aérodromes
d'aviation générale. Un département spécifiquement
chargé des missions afférentes a été
créé fin 2002. Parmi ses missions, le département
s'attachera à déterminer le juste niveau des redevances
domaniales par référence aux tarifs des marchés
pour des activités de nature comparable et notamment des
tarifs pratiqués sur les aéroports d'aviation d'affaires
concurrents.
Les interventions d'ADP en France et à l'étranger
Les interventions en province
Le Rapport de la Cour fait mention "d'acquisitions"
"réalisées dans une certaine précipitation
à des prix de cessions qui se sont rapidement révélés
excessifs". S'agissant d'une filiale importante acquise en
1999 (S&Aa), ADP s'est trouvé confronté à
une situation complexe. Quelques mois d'activité ne permettaient
pas à l'époque de fonder un diagnostic définitif
sur la viabilité de chaque escale. Le retour à une
rentabilité normale de l'activité avait été
escompté au travers des fortes ambitions affichées
par le principal partenaire, Air Liberté et ses actionnaires
successifs.
L'entreprise souhaite appeler l'attention de la Cour sur le fait
que toutes les difficultés liées au sort d'Air Liberté
sont apparues postérieurement à l'acquisition de
S&Aa et ont pris une ampleur qu'il était impossible
de prévoir à l'époque compte tenu de la solidité
des acteurs. Tout laisse penser que si les conditions du marché
étaient restées celles existant à l'époque
de l'acquisition de ses activités par le groupe ADP, S&Aa
serait parvenu rapidement à l'équilibre d'exploitation.
Cette situation est aujourd'hui réglée puisque la
filiale a été cédée.
Les interventions à l'étranger
Le projet de rapport public fait valoir que l'établissement
"en rupture avec ses pratiques antérieures est intervenu
comme investisseur et non plus seulement comme prestataire de
services en dehors des 50 km autour de Paris". Il convient
de relativiser cette "rupture" puisque, ainsi que l'indique
le rapport à la page suivante, "les premiers engagements
d'ADP dans la gestion d'aéroports étrangers remontent
au début des années 1990". Ainsi ADPM a investi
en 1990 pour 34 % du capital de ADEMA (Madagascar), 29 % du capital
de SOGEAC (Guinée) et pour 34% du capital de ADC
(Cameroun).
Cette expérience a permis à ADP de tester sa capacité
à exporter son savoir-faire de façon durable dans
le cadre des contrats pluriannuels, de mettre au point un régime
d'expatriation adéquat et de prouver que l'accompagnement
financier de l'investissement humain d'ADP permettait d'obtenir
des retombées bien plus significatives, en dividendes,
que la simple facturation d'expatriés.
Si l'on prend la période contrôlée (1996 à
2000), les prises de participations ont été les
suivantes :
- la CAMS (Cambodge) en 1996,
- la SAB (Belgique) en 1999,
- BCIA (Chine) en 2000,
- Financière Assistance/S&Aa (France) en 2000.
Si l'on étend l'analyse à 2001, 2002, il faut ajouter
la société OMA au Mexique. Le total des sociétés
s'élève donc à 4 ou 5 sur une période
respectivement de 5 ou 7 ans.
Les concessions aéroportuaires lointaines
La Cour relève que : "les participations () constituent
une immobilisation importante de capitaux d'une liquidité
réduite voire incertaine et dont la rentabilité
n'est pas assurée."
Si l'on reprend les données fournies aux autorités
de tutelle dans le cadre de la procédure d'approbation
des investissements "CIES", le montant cité par
la Cour concernant ADP soit 107 M¤ est à rapprocher
du total des immobilisations réalisées dans la période
sous revue 1996-2000 (1 948 ¤) et en représente
moins de 5 %.
La "liquidité" de ces participations n'est pas
"réduite voire incertaine" dans le cas de l'opération
majeure que constitue la participation d'ADPM au capital de BCIA
(Chine). Celle-ci est une société cotée sur
le marché de Hong Kong en devises convertibles. La filiale
ADPM n'est plus contrainte de conserver sa participation à
son niveau initial, l'accord de participation ne prévoyant
qu'une année de blocage.
ADP/ADPM souhaitent néanmoins la conserver en totalité
ou en partie pour recueillir les bénéfices, en dividendes
et valorisation du titre, de l'investissement financier et de
l'apport de savoir-faire. Ce dernier est déjà rémunéré,
au travers du contrat d'assistance technique d'une durée
de 5 ans et renouvelable, qui dégage une marge positive.
Dans le cas de l'opération mexicaine, seule la part d'ADP
représentant 10 % du capital du partenaire stratégique
sur un total de 25,5 % est immobilisée pour une durée
de 7 ans. De plus, l'Etat mexicain s'est engagé à
introduire en Bourse au moins 36 % du capital de la société
concessionnaire et dans un délai de 4 années à
compté de la prise de participation.
La rentabilité des participations à l'étranger
doit s'apprécier sur une durée pertinente, le moyen-long
terme. Ainsi, à titre d'exemple dans le cas du Mexique,
la rentabilité du capital investi par ADP a été
calculée en 2001. Le taux obtenu s'élève
à 15 %.
L'utilité pour l'établissement public
ADP considère, sous le contrôle des Autorités
de tutelle, que les actions à l'international sont "le
complément de sa mission" comme cela a été
reconnu pour d'autres établissements publics et "présente
un intérêt direct pour l'amélioration des
conditions d'exercice de celle-ci". ADP a pu démontrer
que son positionnement comme investisseur et assistant technique
a permis à son activité d'architecture et d'ingénierie
d'emporter des contrats de conception d'ouvrages publics. Ce fut
le cas tant au Mexique (confections des plans masses de 13 aéroports)
qu'à Liège ou à Pékin.
La gestion d'aéroports ou le conseil de gestionnaire étranger
nécessite sur le plan des multiples techniques employées
à l'utilisation d'un savoir-faire dont ADP dispose pour
l'exercice de sa mission en région Ile-de- France. L'application
de cette expérience accumulée au sein d'ADP et la
confrontation ou l'adaptation de ces méthodes aux spécificités
locales non seulement constitue le prolongement du savoir-faire
d'ADP en la matière mais permet, en retour, de renforcer
et valoriser les compétences des équipes de management
d'ADP pour la gestion des installations aéroportuaires
en région Ile-de-France.
En outre, par ces interventions, ADP participe à la stratégie
de développement des participations d'entreprises françaises
dans ces pays.
En revanche, ADP rejoint tout à fait la recommandation
de la Cour que les contrats d'assistance technique ne "sauraient
systématiquement" être accompagnés de
prises de participation. Dans un cas récent, l'exploitation
du nouvel aéroport touristique égyptien de la Mer
Rouge (Marsa Alam)
ADPManagement a pu conclure, début 2001, un contrat de
préparation du démarrage de l'aéroport et
d'exploitation sans participation financière.
Conclusion
Après avoir connu une période de forte croissance
de ses activités et réussi à faire face à
un développement rapide, ADP est aujourd'hui confronté
aux conséquences de la crise du transport aérien
et des mutations qui en découlent. Ceci appelle des évolutions
qui sont en cours et nécessite une capacité d'adaptation
et une mobilisation des compétences dont l'entreprise se
pense capable.
Grâce au cadrage qui a été fait par le ministre
de l'équipement pour son développement à
long terme et le traitement essentiel des questions environnementales,
ADP est en mesure de préparer l'avenir et de dégager
des marges de progrès substantiels, à la fois dans
les domaines de la gestion, de la qualité de service et
de l'efficacité opérationnelle : c'est en tout cas
son projet d'entreprise.